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Wednesday, September 9, 2026

Sénégal: entre gestion de la dette et vie chère, le Premier ministre dévoile sa feuille de route devant l'Assemblée

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Au Sénégal, le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô, nommé le 25 mai dernier, a présenté ce mardi 8 septembre 2026, sa déclaration de politique générale, véritable feuille de route de l'exécutif, devant l’Assemblée nationale. Une formalité institutionnelle mais qui, dans le contexte de tensions entre le chef de l’État Bassirou Diomaye Faye et le président du Parlement Ousmane Sonko est aussi très politique.

Avec notre correspondante à Dakar, Léa-Lisa Westerhoff

Pendant plus de deux heures, le chef du gouvernement Ahmadou Al Aminou Lô a joué sa crédibilité politique avec l’image d’un Premier ministre qui vient exposer sa feuille de route sous le regard de son prédécesseur, qui plus est très critique : Ousmane Sonko, désormais président de l’Assemblée nationale.

Ahmadou Al Aminou Lô n’a pas manqué de saluer cette particularité, rappelant selon lui qu’« au Sénégal, les institutions priment sur les personnalités ».

Ses défis sont de convaincre les Sénégalais et une assemblée potentiellement hostile dominée par le Pastef d’Ousmane Sonko, tenter de réconcilier les deux camps, celui de Diomaye Faye et d’Ousmane Sonko, autour desquels le pouvoir se déchire depuis des mois.

Pour cela, le Premier ministre alterne les gages de continuité vis-à-vis du Pastef, la promesse de poursuivre le programme économique Sénégal 2050 – initié par Diomaye Faye et Ousmane Sonko lorsqu’ils étaient encore un tandem.

Mais il n’a pas hésité à tacler le camp Sonko : « Je regrette le climat de clivage politique extrême et de violence verbale », a dit Ahmadou Al Aminou Lô dès le début de son discours, appelant à « placer le pays au-dessus d’un camp ».

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Rassurer les Sénégalais face à la dette et au prêt du FMI

Avec ce discours, il s’agit aussi de rassurer les Sénégalais, alors que le pays fait face à une dette vertigineuse de 132 %. Al Aminou Lô a donc choisi un discours de realpolitik, alors que huit millions de personnes, soit 40 % de la population, sont vulnérables et pauvres au Sénégal, a rappelé le Premier ministre : « Nous sommes un pays pauvre actuellement très endetté », a-t-il dit, assurant qu’il n’avait « pas le droit de faire la politique de l’autruche et fuite en avant ».

« Avec une croissance de 2,2 % en 2025 et un taux de natalité de 3 %, le pays s’est appauvri. » Des conditions empirées par « des rentrées fiscales pas aussi importantes qu’espérées » et un « choc pétrolier » suite à la guerre en Iran : pour le chef du gouvernement, il n’y avait donc plus d’autre choix que celui de « reprofiler la dette du Sénégal » et de négocier avec les créanciers.

Le chef du gouvernement assure que toutes les mesures de restauration de la santé financière du pays exigées par le FMI pour décrocher un prêt – via la fiscalité et un meilleur ciblage des subventions – sont aussi celles qui sont contenues dans le plan de redressement financier du Pastef.

« L'autarcie n’existe pas, on a besoin de l’étranger », a plaidé le chef du gouvernement pour défendre l’idée d’un accord avec le FMI. « Il nous faut renouer avec la communauté internationale, le FMI, nous sommes membres du FMI. »

« Nous ne sacrifierons pas les intérêts du Sénégal : il n’y aura pas d’ajustement sauvage comme dans les années 1980, il n’y aura que ce qui est dans le programme Diomaye président », a encore affirmé Al Aminou Lo, assurant que tant qu’il y aurait de l’incertitude, il y aurait de nouvelles dégradations de la note du Sénégal.

Le chef du gouvernement a promis qu'il n'y aurait pas de réduction sur les dépenses sociales et à destination des 8 millions de Sénégalais qui en ont besoin, mais plutôt un assainissement rationnel des finances publiques. Le Premier ministre a assuré qu'il allait continuer ce qu’avait démarré l’ex-Premier ministre Ousmane Sonko.

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« Nous ne sacrifierons pas les intérêts du Sénégal », promet le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô

La déclaration critiquée par les députés du Pastef

La longue déclaration, qui a duré 2 h 30, est loin d'avoir convaincu tout le monde. Les députés du Pastef ont été nombreux, plus de 54, à publiquement challenger le Premier ministre Al Aminou Lô. Sa décision de renégocier la dette du pays, plutôt que de poursuivre les réformes fiscales entreprises par Ousmane Sonko, a été particulièrement critiquée. « Vous cédez au diktat de l’impérialisme et du Fonds monétaire international », ont lancé des députés du Pastef.

La promesse d'Ahmadou Al Aminou Lô de poursuivre le programme économique du Pastef, Sénégal 2050, mais aussi les mesures d’assainissement budgétaires (comme la suppression d’institutions budgétivores ou la maîtrise de la masse salariale) n'ont pas convaincu El Hadji Ousmane Fall, élu pastef à Dakar. « Il a dit qu’il change de méthode, c'est pour ça que nous ne sommes pas convaincus, explique-t-il. Il y a beaucoup d'incohérences. »

Moustapha Sarré, l'un des conseillers spéciaux d'Ousmane Sonko, est lui aussi déçu. Pour lui, la restructuration d'une partie de la dette est une erreur, il craint une perte de souveraineté. « Nous avons eu des recettes de l’ordre de 173 milliards. Nous étions sur des rails. Il fallait donner plus de temps à ce plan de redressement économique et social pour qu’il n’y ait pas de restructuration de la dette », estime-t-il.

Enfin, pour la coalition Takku Wallu de l’ex-président Macky Sall, la feuille de route du Premier ministre n'apporte rien de nouveau.  « Ils n'ont pas de cap. Voilà un Premier ministre qui est venu faire une déclaration de politique générale et qui n’a donné aucun engagement, à part ce qu'Ousmane Sonko avait prévu et qu'il n'a pas réalisé. Ils n'ont que des slogans et des vœux pieux », déplore Abdou Mbow. 

Le président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko, qui a conclu les 8 heures de débat, a promis que tous les accords internationaux, comme celui avec le FMI, ferait l’objet d’un contrôle parlementaire. Pas un mot, en revanche, sur une éventuelle motion de défiance.

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