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Wednesday, October 14, 2026

Au procès Nord Stream, l’avocat de l’accusé plaide que les gazoducs étaient une «arme» de la Russie

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Les gazoducs Nord Stream étaient une « arme » politique et économique de la Russie, a affirmé mercredi l’avocat d’un ex-officier ukrainien accusé en Allemagne de crime de guerre, au premier jour de son procès pour le sabotage en 2022 de ces infrastructures énergétiques germano-russes.

Premier à comparaître dans cette affaire spectaculaire survenue sept mois après l’invasion russe de l’Ukraine, Serguiï Kuznietsov, ex-commandant de l’armée ukrainienne, est accusé par le parquet allemand d’avoir élaboré « à la demande des autorités ukrainiennes, un plan en vue de détruire les gazoducs ».

« Il a commis un crime de guerre en attaquant, avec des moyens militaires, des infrastructures civiles », a estimé le procureur Stefan Schmidt, dans l’acte d’accusation.

Vêtu d’un costume gris, d’une chemise blanche et portant une cravate sombre, l’accusé de 50 ans est entré souriant dans la salle, selon un journaliste de l’AFP. S’il est reconnu coupable, il risque plusieurs années de prison.

Mains liées

« En sa qualité d’officier, il a un devoir de réserve et de confidentialité, ce qui l’empêche de s’exprimer sur certains aspects de l’affaire », a souligné son avocat, Nicola Canestrini.

« Il doit se défendre avec les mains liées dans le dos », a-t-il ajouté, avant d’accuser la Russie de commettre des « crimes de guerre dans cette guerre », et Gazprom, le géant russe du gaz, d’y avoir « sa part ».

L’Ukraine dément avoir orchestré le sabotage, mais juge légitime toute attaque en mesure d’affaiblir la capacité du Kremlin à financer sa guerre.

Jusqu’à l’invasion de l’Ukraine, les Européens, et avant tout l’Allemagne, dépendaient largement des hydrocarbures russes, en particulier le gaz.

Ils se sont débarrassés de cette dépendance pour tenter de freiner l’effort de guerre russe et s’émanciper d’une Russie hostile.

Russie « terroriste »

Devant le tribunal, quelques dizaines de manifestants hostiles à Moscou ont brandi des banderoles portant l’inscription « La Russie est une terroriste » et des drapeaux européens.

Arrêté le 21 août 2025 en Italie, où il passait ses vacances avec sa famille, l’accusé, père de quatre enfants, a été extradé le mois suivant en Allemagne.

Les enquêteurs allemands pensent qu’il dirigeait un commando composé de plongeurs professionnels, d’un artificier et d’un skipper chargé de mener l’opération contre les gazoducs.

Entré en Allemagne début septembre 2022 avec un faux passeport ukrainien après avoir transité par la Pologne, Serguiï Kuznietsov aurait rejoint ses complices à Rostock, un port sur la Baltique (nord-est), à bord d’un voilier loué par des intermédiaires.

Le groupe aurait ensuite acheminé un puissant explosif militaire jusqu’aux abords de l’île danoise de Bornholm, où des charges à retardement auraient été fixées sur les gazoducs avant d’exploser le 26 septembre 2022.

À ce moment-là, les deux gazoducs ne transportaient rien. Les autorités russes avaient déjà suspendu les livraisons de gaz via Nord Stream 1, probablement en réponse aux sanctions occidentales liées à la guerre en Ukraine. Nord Stream 2, tout juste achevé, n’est quant à lui jamais entré en service.

Après l’explosion, de nombreuses pistes avaient été évoquées, avec en toile de fond l’hypothèse d’un État commanditaire : la Russie elle-même, les États-Unis et enfin l’Ukraine que la justice allemande a fini par accuser en juillet 2026.

Une situation délicate car l’Allemagne est le premier soutien militaire de Kiev et se dit régulièrement victime d’actes de sabotage et d’espionnage russes sur son sol. Officiellement, le gouvernement allemand insiste sur la séparation des pouvoirs et ne commente pas l’affaire.

Questionné mercredi à Berlin, le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, a déclaré : « pour moi, ce qui est déterminant, c’est que le président ukrainien ait déclaré que cela n’avait pas été initié à la demande de l’État ukrainien ».

« J’attends l’issue de la procédure, après quoi le gouvernement allemand prendra position », a-t-il dit.

Interrogé par l’AFP, un haut responsable du gouvernement ukrainien a répondu n’avoir « aucune attente particulière » de ce procès, tandis que le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a déclaré espérer « une procédure objective et un verdict ».

La prochaine audience est prévue pour le 27 octobre, suivie par plusieurs autres jusqu’à février 2027.

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