"Ici le monde" Irlande, la tendance des freebirth, les accouchements délibérément non assistés

Elle s’appelait Naomi James. Elle avait 38 ans. Elle est morte lors de son 4ème accouchement. Très déçue des services de maternité hospitaliers irlandais, et après 3 césariennes qu'elle jugeait abusives, la photographe avait choisi, contre l'avis des médecins, un "freebirth", un accouchement à domicile, sans aucune assistance médicale ou présence de sage-femme. Après avoir donné naissance à un fils, Naomi a fait une hémorragie massive. Transportée à l'hôpital, elle y est décédée. Sa mort a bouleversé le pays et mis en lumière une tendance " vantée " sur les réseaux sociaux, celle des freebirth.
En Irlande, il existe une possibilité, comme ailleurs en Europe, d’accoucher à domicile, et cette pratique est strictement encadrée.
" Une sage-femme doit être présente et une ambulance doit pouvoir intervenir rapidement en cas d'urgence " explique Clémence Pénard, correspondante RTBF sur place. " Dans un freebirth, aucun professionnel de santé n'est présent. Le nombre de ces accouchements libres serait en augmentation en Irlande, même si personne ne connaît leur ampleur réelle, car les services de santé n'en ont souvent connaissance que lorsqu'un problème survient. "
Les risques sont bien réels, le cas de Naomi en est un exemple criant. " Avant les progrès de la médecine, l'accouchement était l'une des premières causes de mortalité chez les femmes " ajoute la correspondante RTBF. " Si les risques ont considérablement diminué aujourd'hui, c'est justement grâce aux interventions médicales. "
Une évidence pour Afif El Koufache, néonatologiste et professeur de pédiatrie au Royal College of Surgeons in Ireland. " Aujourd'hui encore, nous ne parlons pas de grossesse à faible risque. Une grossesse présente un risque normal ou un risque élevé. Mais le risque zéro n'existe pas. Nous ne disons pas que chaque accouchement va mal se passer. Le problème, c'est que lorsque les choses tournent mal, vous avez besoin d'une aide médicale presque immédiate. Et les complications peuvent être très graves. Une hémorragie, on en parlait, qui reste l'une des principales causes de mortalité maternelle, y compris à l'hôpital. Et du côté du bébé, il peut manquer d'oxygène, par exemple à la naissance. Et là, chaque minute, chaque seconde compte. "
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Comment expliquer le succès des freebirth ?
La défiance croissante envers les maternités est une réalité. " Certaines femmes disent ne pas se sentir suffisamment écoutées à l'hôpital et dénoncent une médicalisation qu'elles jugent excessive. Déclenchement du travail, césarienne, elles estiment que ces pratiques sont devenues trop fréquentes " ajoute encore Clémence Pénard.
Exactement ce que constate Géraldine Connolly, ancienne obstétricienne à l'hôpital Rotunda de Dublin. " Elles ont le sentiment de ne pas être écoutées, et je comprends parfaitement pourquoi. À l'hôpital, nous recevons entre 80 et 100 personnes en une seule après-midi. Nous n'avons tout simplement pas le temps de parler avec ces femmes, comme elles le mériteraient. Le système finit alors par se concentrer avant tout sur la sécurité médicale. Le vécu de la femme, son expérience de l'accouchement, passe au second plan dans un environnement clinique. Il y a une tension réelle entre la nécessité de protéger les enfants et les bébés et celle de leur offrir un accompagnement plus humain. Ces deux dimensions sont tout aussi importantes. "
D’autant que les difficultés d'accès ou les critères stricts de la HSE (service irlandais de santé) pour un accouchement à domicile assisté par une sage-femme poussent certaines mères vers l'absence totale d'assistance, y compris parfois pour des grossesses à haut risque.
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L’influence... des influenceuses
La prolifération de groupes sur les réseaux sociaux et de mouvements, tels que la Free Birth Society, banalisent ou idéalisent l'accouchement solitaire.
Naomi James, par exemple, suivait des influenceuses qui défendent cette pratique.
" En Irlande, le Irish Birth Movement se présente comme un mouvement populaire de militantes de la naissance, principalement implanté dans le Midwest du pays " explique la correspondante RTBF. " Et leur compte Instagram suit d'ailleurs celui du Free Birth Society, un mouvement très présent aux Etats-Unis qui publie des contenus qui peuvent contribuer à renforcer la défiance envers le système de santé. "
Selon le professeur Afif El Koufache à nouveau, il y a aujourd'hui beaucoup de personnes sur les réseaux sociaux qui exploitent les peurs des femmes. " Ils exagèrent les dangers des soins hospitaliers pour servir leurs propres intérêts. Le problème, c'est qu'ils ne sont jamais tenus responsables. Ils n'ont aucun compte à rendre et ce sont les premiers à prendre la fuite lorsqu'un problème survient. "
Un collectif comme l'Irish Birth Movement demandent une réforme en profondeur du système de maternité en Irlande. Ses membres militent pour que l'État élargisse l'accès aux accouchements à domicile officiels et sécurisés, afin que les femmes ne se sentent plus obligées d'accoucher seules pour éviter l'environnement hospitalier.
L'alerte des professionnels de santé
Les directeurs de la maïeutique en Irlande ont alerté le HSE sur les dangers graves de ces pratiques, associées à une hausse de la mortalité et de la morbidité maternelles et périnatales. Les directeurs des maternités et les syndicats de sages-femmes en Irlande tirent la sonnette d'alarme. Ils rappellent que si l'accouchement est un processus naturel, des complications critiques (hémorragies, détresse fœtale) peuvent survenir de manière imprévisible et nécessitent une intervention immédiate.
Pour Géraldine Connolly, le système de santé doit aussi regarder sa part de responsabilité. " Si certaines femmes se détournent des maternités " explique-t-elle, " il faut aussi se demander pourquoi. Mais derrière cette question de confiance, ou plutôt de méfiance, il y a aussi une réalité très concrète, le manque de moyens. "
L'Irlande ne compte que deux unités publiques dirigées par des sages-femmes et le nombre de prestataires qui proposent des accouchements à domicile reste limité. " Autrement dit " ajoute Clémence Pénard, " entre l'accouchement très médicalisé à l'hôpital et le freebirth sans aucune assistance, il existe encore peu de solutions intermédiaires en Irlande. "
Les directeurs des maternités et les syndicats de sages-femmes ont en tout cas décidé de tirer la sonnette d'alarme. Ils rappellent que si l'accouchement est un processus naturel, des complications critiques (hémorragies, détresse fœtale) peuvent survenir de manière imprévisible et nécessitent une intervention immédiate.
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