Le Système Autonome Multisensoriels (SAM) : quand la réalité virtuelle vient appui à la médecine

En pénétrant dans cette salle d’à peine quelques mètres carrés, c’est un monde presque infini qui s’offre à nous. Les images projetées à 360° peuvent reproduire des décors aussi variés que la surface de Mars ou de la Lune, des musées, une île de pirates, la haute montagne, un vol en montgolfière, le fond des océans ou le bois de la Cambre. Que ce soit sur terre, sous l’eau, dans les airs où dans l’espace, les possibilités de voyage semblent infinies.
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Une immersion en 4D
"Le but était de créer un espace d’immersion naturelle dans lequel on peut marcher librement sans devoir mettre un casque VR pour vivre l’expérience", explique Maxime Jacobs, Cofondateur et Directeur Technique d’InMersiv Technology. "Nous fabriquons nous-même nos décors, un peu comme dans l’univers du jeu vidéo. Avec l’intelligence artificielle, on modélise les rochers et les arbres, et tous les autres éléments de décor pour les insérer dans un monde interactif dans lequel on peut modifier le climat ou le moment de la journée, par exemple."
Diana Borcescu et Maxime Jacobs, les deux jeunes cofondateurs de la start-up inMersiv Technology © RTBF
On peut ainsi se promener pendant des heures dans le bois de la Cambre, de jour ou de nuit, sous le soleil, la pluie ou la neige, sans quitter les quelques mètres carrés du SAM. Le cube étant équipé d’enceintes et de ventilateurs, on peut même y recréer le bruit et la sensation du vent. Mais ce dispositif de "téléportation" n’est pas un jeu de réalité virtuelle. C’est un outil qui pourrait bien révolutionner les soins de santé pour toutes sortes de patients.
Une visite du bois de la Cambre en plein été. © RTBF
Des effets positifs sur la mémoire
"On a débord testé notre dispositif dans une maison de repos avec un public de personnes fragiles, dont certaines étaient au stade 3 de la maladie d’Alzheimer, explique Diana Borcescu, CEO et cofondatrice d’InMersiv Technology. L’idée était d’abord d’offrir une expérience de voyage à des personnes âgées rencontrant des difficultés à se déplacer, en les plongeant dans un univers virtuel à 360°. Mais on a rapidement découvert que cette expérience avait des aussi des effets positifs sur leur mémoire et sur les interactions qu’ils avaient avec le personnel soignant et les membres de leur famille."
La même visite en plein hiver. © RTBF
Cette découverte a convaincu le monde médical du gigantesque potentiel de cet outil de réalité virtuelle. Le Centre Neuro Psychiatrique St-Martin, à Dave, a ainsi recours à SAM pour permettre aux adolescents hospitalisés d’effectuer des balades virtuelles en forêt, ce qui s’avère bénéfique sur leur santé mentale.
A la Clinique Intégrée de la Mémoire (CIMe) de l’hôpital Erasme, le Dr Jean-Christophe Bier, neurologue, utilise SAM comme un outil de diagnostic et d’évaluation pour des patients atteint de la maladie Alzheimer à qui il demande de faire des courses dans © RTBF
Un outil d’évaluation pour les patients souffrant d’Alzheimer
Depuis un an, la clinique de la mémoire de l’hôpital Erasme l’utilise également comme outil de diagnostic et d’évaluation. Des patients atteints de la maladie d’Alzheimer y sont plongés dans un décor virtuel de supermarché, ultraréaliste, où ils doivent sillonner de nombreux rayons à la recherche d’une série d’articles figurant sur une liste de courses.
"Grâce à ce dispositif on peut placer le patient dans des situations similaires à celles du quotidien, explique le Dr Jean-Christophe Bier, neurologue, responsable de la Clinique Intégrée de la Mémoire (CIMe) à l’hôpital Erasme. Avec ce supermarché virtuel, par exemple, on peut voir comment il se débrouille, le nombre d’erreurs qu’il commet, comment il réagit face à de l’inattendu, etc. C’est un outil qui nous permet de mieux évaluer le comportement du patient que lors des tests que nous faisons en face-à-face avec du papier et crayon, car ceux-ci ne correspondent pas à son quotidien."
L’outil n’est pas uniquement adapté à la maladie d’Alzheimer, il est aussi utile pour les patients souffrant de troubles cognitifs liés à la maladie de Parkinson ou de troubles de l’attention. Il s’avère également bien adapté pour tester les capacités motrices et d’équilibre de patients en revalidation après un accident ou une opération.
Faire du kayak sur un lac de haute montagne… en toute sécurité. © RTBF
"On a un projet en cours qui consiste à placer des patients dans un kayak virtuel sur un lac de montagne, par exemple, poursuit le Dr Jean-Christophe Bier. L’avantage est qu’on ne prend aucun risque pour sa sécurité et qu’on peut observer en détail ses mouvements grâce aux caméras qui le filment. On peut décliner l’exercice sur une piste de ski et dans beaucoup d’autres contextes encore pour tester les capacités motrices du patient. Mais peut aussi utiliser cet environnement comme un espace de détente, ce qui peut être bénéfique aux patients anxieux, voire phobiques."
Plus qu’une machine de téléportation ludique, le dispositif SAM mis au point par inMersiv Technology semble ainsi ouvrir une nouvelle méthode de traitement pour de nombreuses pathologies à l’avenir. Et il n’a pas encore révélé tout son potentiel.
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