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Thursday, August 20, 2026

Le passé numérique des candidats, une arme à double tranchant pour les formations politiques

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L’environnement numérique est un terrain incontournable pour la compréhension des luttes politiques, des tendances culturelles et des mouvements sociaux d’aujourd’hui. Dans la rubrique Sur le fil, Le Devoir propose chaque mois d’en décortiquer un phénomène. Aujourd’hui : à l’approche de la campagne électorale, comment les partis politiques scrutent les antécédents et les réseaux sociaux de leurs candidats — et ceux de leurs adversaires.

À quelques jours du déclenchement de la campagne électorale, les partis politiques québécois s’activent en coulisses pour scruter le passé et les déclarations en ligne potentiellement compromettantes de leurs candidats, mais aussi de leurs opposants, tant pour se parer des controverses que pour nuire aux autres formations.

L’été a déjà été marqué par quelques incidents. Le 22 juillet dernier, le Parti libéral du Québec annonçait l’exclusion de l’acteur Michel Savard dans la circonscription de Gouin, après qu’il fut révélé que le candidat, dans un commentaire sur Facebook publié au début de 2026, avait notamment écrit que tous ceux qui suivent le Parti québécois (PQ) sous Paul St-Pierre Plamondon étaient de « petits nazis sans envergure ». Deux jours plus tard, ce fut au tour de la candidate de Québec solidaire dans la circonscription de Westmount–Saint-Louis, Vanessa Durand, d’abandonner la course en raison de propos homophobes tenus à l’endroit des personnes queers qui soutiennent le PQ.

Ces révélations témoignent des limites du processus de vérification des partis politiques concernant le passé numérique ou le comportement en ligne de leurs candidats, estime Victor Henriquez, stratège et fondateur de la firme Public Stratégies et conseils.

Il soutient que les partis politiques du Québec détiennent des moyens financiers et logistiques limités en matière de recherche devant l’imposant volume de publications et de commentaires qui existent désormais en ligne, après presque deux décennies d’existence des réseaux sociaux traditionnels. « La vérification est de plus en plus compliquée. […] On y va beaucoup à la mitaine [chez les partis], avec des recherches qui sont quand même assez exhaustives, mais qui sont assez inégales d’un parti à l’autre, et même d’un candidat à l’autre. »

L’analyste politique et conseillère spéciale chez TACT en affaires publiques Antonine Yaccarini indique que l’épluchage des réseaux sociaux s’ajoute à un éventail de mesures traditionnellement mises en œuvre par un comité dans chaque parti pour fouiller le passé d’une recrue potentielle. Celles-ci comprennent des discussions avec le candidat envisagé, des formulaires de déclaration, une analyse des résultats d’une recherche Google sur la personne, la vérification des expériences inscrites sur le curriculum vitæ ou, encore, la recherche d’antécédents judiciaires et financiers.

« Et pourtant, il y a encore des choses qui passent à travers les mailles du filet », constate la stratège, ajoutant que le processus repose sur un nombre limité d’employés et de bénévoles ainsi que sur un budget restreint. Elle fait valoir que la pression de recruter 127 candidats à l’échelle de la province peut amener les partis à tourner les coins ronds lors de la vérification de certaines candidatures, surtout lorsque les chances de remporter la circonscription en question sont minimes. Une imprudence qui peut parfois rattraper le parti, fait-elle remarquer.

Faire dérailler le message de son adversaire

Mme Yaccarini rappelle que les partis politiques effectuent en parallèle des recherches sur leurs adversaires afin de débusquer de possibles informations embarrassantes, et de les divulguer à un moment opportun pour leur faire mal. « Pendant la campagne, c’est encore plus dommageable pour un parti, et pour un chef, d’avoir un propos du passé de l’un de ses candidats qui ressurgit et qui te fait perdre une journée de campagne », résume-t-elle.

Ce type d’offensive peut être particulièrement efficace. « C’est de plus en plus difficile pour un parti de vivre avec une mauvaise réputation d’un candidat, note M. Henriquez. Ça vaut rarement la peine [de le défendre], parce que ça fait dérailler votre message et votre campagne, et ça vous amène à réagir [à] des choses qui sont insignifiantes dans une campagne. »

En cas de gestion de crise, le stratège invite à miser sur « une transparence totale ». « Il faut que [le candidat] soit très ouvert sur les raisons qui l’ont poussé à faire [certaines déclarations], et surtout qu’il explique au public pourquoi ce n’est plus le même contexte, qu’il a évolué dans sa pensée. Les gens ont tous le droit de faire des erreurs, mais le public est le premier et le dernier juge. »

Antonine Yaccarini observe qu’il s’agit, pour le parti en cause, de procéder à un « calcul coût-bénéfice » de la situation. Chaque formation évaluera s’il vaut la peine ou non de défendre un candidat à la lumière de ses valeurs, de la gravité de l’information révélée et de l’importance du candidat. « Est-ce qu’on l’a vu venir ou pas ? Si [le parti] savait, il y a des chances qu’on défende le candidat pendant un bout de temps, parce qu’on a jugé […] qu’on allait réussir à justifier “ce squelette dans le placard”. […] Des fois, ça fonctionne. »

Les circonstances peuvent cependant acculer un parti au mur, poursuit Mme Yaccarini. Les formations vont parfois attendre la fin des mises en candidature pour les élections, laquelle survient habituellement deux semaines avant la date du scrutin, pour rendre publiques certaines informations sur un candidat adverse. « Et là, le parti ne peut plus remplacer son candidat. Donc, comme parti, il y a des chances que tu défendes ton candidat “jusqu’à la mort”, parce que tu n’as pas d’autres options », relève-t-elle.

Éviter l’expulsion et l’humiliation

Victor Henriquez explique que, en cas d’impasse, un parti politique invitera d’abord le candidat à se retirer volontairement de la course, avant de considérer l’expulsion forcée. Un choix souvent plus judicieux pour la personne concernée. « Pour une question de réputation, c’est mieux d’être celui qui décide par lui-même de quitter [la course], poursuit le stratège. Avant d’être un candidat, les gens sont des professionnels, des parents, des citoyens, des amis. Les conséquences de ces situations-là sont dures […]. C’est tout ça qu’on veut gérer. »

Les formations ont toutefois aussi beaucoup à gagner d’une conclusion à l’amiable, soutient Antonine Yaccarini. « Si ton candidat ou ta candidate repart fâché et aigri de son expérience et de la gestion de la crise, ça devient aussi un risque potentiel. » La personne pourrait faire une sortie en règle dans les médias contre son parti, voire révéler des informations qui pourraient lui nuire.

« Tu vas essayer le plus souvent possible [comme parti] de bien terminer les choses avec un candidat et que ce ne soit pas trop humiliant, explique Mme Yaccarini. Parce qu’une personne humiliée est une personne dangereuse. »

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