Les pertinentes originalités de l’Orchestre de l’Agora
L’Orchestre de l’Agora et Nicolas Ellis présentaient mardi à la salle Bourgie le cycle Le Récital des anges de Ian Cusson sur des poèmes d’Émile Nelligan, paru récemment sur disque. Le concert a confirmé l’éminence patrimoniale de cette œuvre chantée par Élisabeth St-Gelais.
Il y avait une tonalité nocturne au programme de l’Orchestre de l’Agora, lequel débutait par une composition de Sophie Lacaze, Après avoir contemplé la lune, inspirée par cinq tableaux.
L’orchestre avait très bien fait les choses, puisque les œuvres étaient projetées en tout ou partie (pour Le domaine d’Arnheim de Magritte, dont il manquait la perspective sur la montagne où se dessine un profil d’oiseau). On pouvait donc percevoir ce qui avait fait vibrer la compositrice, qui a clos son cycle avec intensité sur La nuit étoilée de Van Gogh. Le langage est d’un modernisme accessible.
Orchestrations
Clair de lune de Debussy, comme les trois autres mouvements de la Suite bergamasque dans la seconde partie, ont été orchestrés pour petit ensemble par Lisa Heute. Cela marche assez bien, la transcription faisant la part belle aux bois. Ce qui frappe et lasse, notamment dans Passepied, c’est la manie un peu systématique, en traitant une phrase pianistique, de la scinder en deux, avec un début assumé par un groupe d’instruments et la fin par un autre, souvent complètement différent.
Ce que nous avions dit du Récital des anges lors de la parution du disque reste vrai : sous sa forme orchestrée en 2023, la tonalité générale de ce cycle sur des poèmes de Nelligan s’associerait parfaitement avec Miroir de peine d’Andriessen.
Banquet macabre et la dernière mélodie, Communion pascale, sont les deux bijoux de ce regroupement de six poèmes mis en musique par Ian Cusson. La voix ample d’Élisabeth St-Gelais rend très bien justice aux lignes vocales, un peu moins à l’intelligibilité du texte.
Quant à la Sinfonietta dans laquelle Poulenc sait si magistralement sauter du coq à l’âne, ce fut une conclusion parfaite au concert. C’est une composition irrésistible, où Poulenc s’amuse à juxtaposer moments quasi mystiques et accents canailles. Nicolas Ellis a parfaitement mis en valeur ces contrastes et l’orchestre, mené par Julie Triquet, a suivi avec panache.
Si le chef veut creuser la piste du Debussy orchestré pour petit ensemble, nous lui conseillons de s’intéresser au Danois Niels Rosing-Schow : c’est un musicien raffiné qui a notamment travaillé sur les Préludes pour piano.
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