Crise au fédéral : "Sans projet ni méthode, qu’est-ce qui tient encore la coalition ensemble ?" interroge François Gemenne

François Gemenne impute cette crise à un manque de projet. Selon lui, le gouvernement traiterait davantage le pays comme une entreprise, avec une opposition entre l’augmentation des recettes et la diminution des dépenses : "Ce gouvernement s’était présenté, non pas vraiment avec une proposition de projet, mais surtout avec une proposition de méthode. On voit bien qu’il y a aujourd’hui une trahison sur la méthode. Et donc, s’il n’y a même plus de projet, on se demande ce qui tient encore les choses ensemble".
Parmi ces projets, le politologue plaide pour une réforme fiscale visant à rééquilibrer la taxation entre le travail et le capital. Au-delà des enjeux économiques, il déplore surtout une perte de confiance dans l’avenir et dans le progrès : "C’est comme si on avait perdu une certaine forme de confiance quant au fait que demain sera meilleur qu’aujourd’hui. Et si vous n’avez plus cette confiance dans le progrès, le risque, évidemment, c’est de vous réfugier dans un passé fantasmé". Une tendance qui, selon lui, est particulièrement dangereuse pour la démocratie.
© BELGA PHOTO / BENOIT DOPPAGNE
Le roi, seul capable de débloquer les discussions budgétaires ?
La crise met en lumière le rôle de la monarchie dans le fonctionnement de la politique belge. Alors que les partis obéissent souvent à des logiques électorales, le roi peut apparaître comme une figure neutre et comme intermédiaire pour un dialogue entre partis. Mais Joan Condujts nuance : selon lui, d’autres mécanismes pourraient exister afin de remplir cette fonction à la place du roi.
François Gemenne souligne néanmoins que, dans un pays traversé par des clivages linguistiques et communautaires, un président serait inefficace : "on attendrait de lui qu’il soit un réformateur et donc qu’il se mette nécessairement une partie de la population à dos. C’est impossible, à mon avis, en Belgique, de cumuler les deux rôles". Il pointe notamment le paradoxe de voir Bart De Wever, nationaliste flamand, participer régulièrement à cette mise en scène du rôle politique du souverain.
► Écoutez ci-dessus l’intégralité de cette discussion dans le podcast de Matin Première.
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