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Tuesday, October 6, 2026

À l’arraché, oui, mais un mandat

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Cette année-là, le premier décembre tombait un mardi. Le temps était couleur maussade. En particulier dans la tête de l’homme qui venait d’être élu premier ministre du Québec. La veille, 43 % des électeurs — et une petite moitié de francophones — lui avaient donné 78 sièges. C’était moins que prévu. En tout cas moins que voulu. D’autant que l’adversaire libéral, qui avait pourtant fait une campagne à ce point catastrophique qu’on lui précisait une carrière politique québécoise mort-née, avait grappillé davantage de voix encore.

Une victoire plus nette avait échappé à Lucien Bouchard précisément parce qu’il avait clairement indiqué qu’une fois élu, et si les « conditions gagnantes » étaient réunies, il allait reposer aux Québécois la question qui avait failli les rendre indépendants en 1995, trois ans plus tôt. Les derniers sondages sur la souveraineté donnaient le Oui à 46 %, donc à un niveau supérieur aux saisons qui avaient précédé le grand rendez-vous de 1995.

C’est précisément parce que le chef du Parti québécois avait insisté sur cette perspective que, en fin de campagne, des Québécois hésitants avaient mis le pied sur le frein, lui ravissant l’honneur d’avoir une pluralité des voix, mais reportant leur appui sur l’autre acteur référendaire, Mario Dumont, qui en récoltait 12 %.

Mon opinion de conseiller du premier ministre est que nous avions pour ainsi dire payé, en fin de parcours, notre droit de se réengager dans le chemin référendaire. Nous l’avions payé, nous l’avions donc acheté ; nous le possédions, donc. C’était précieux.

Aucun virage n’était envisagé dans la préparation de la conférence de presse post-victoire du premier ministre. C’est donc sidéré que je l’ai entendu dire ce qui suit : « La signification du mandat, c’est que les Québécois nous ont clairement dit qu’ils souhaitaient que nous gouvernions. […] Ils ne veulent pas de référendum actuellement. C’est clair. Les Québécois veulent que l’on finisse le travail que nous avons commencé. […] Il n’y a aucun doute, c’est ce que nous allons faire. »

Le chef du camp souverainiste venait d’annoncer, sans avoir consulté qui que ce soit, que la fenêtre ouverte par le résultat serré de 1995 était officiellement fermée, que la période supplémentaire de la grande partie historique avait pris fin, par une sorte de sudden death auto-infligée, qu’il n’était plus nécessaire d’aiguiser nos patins. On entrait, ce jour, dans une période de léthargie stratégique.

Notre espérance

Il appartient au vainqueur de donner du sens au mandat qu’il obtient. Les événements, ensuite, lui donneront raison ou tort. Et il sera l’un des principaux acteurs du déroulement de ces événements. Véritable miroir inversé de Lucien Bouchard, Paul St-Pierre Plamondon a conclu lundi son discours de victoire en faisant siens ces mots de Gaston Miron : « Ça ne pourra pas toujours ne pas arriver, nous entrerons là où nous sommes déjà, car il n’est pas question de laisser tomber notre espérance. »

Le système électoral étant ce qu’il est, les Québécois s’étant doté de cinq partis compétitifs et la Coalition avenir Québec ayant saboté sa propre réforme du mode de scrutin qui lui aurait donné cinq ou six députés, il suffit désormais de 28 % du vote pour obtenir une pluralité de députés et avoir le mandat d’appliquer son programme. La condition de gouvernement minoritaire rend évidemment la chose plus ardue. Dans aucun sens raisonnable elle ne l’invalide.

Le Parti québécois a évidemment le mandat d’éliminer la TVQ sur les biens usagés, de réduire la taxe sur l’essence et de proposer une passe nationale de 95 $ l’an pour les transports en commun. Il a aussi promis des États généraux sur l’éducation, une meilleure première ligne en santé, une réduction d’impôt pour les PME, un grand chantier sur l’itinérance et de mettre en œuvre tout le reste de son programme. C’est vrai aussi de sa raison d’être, l’indépendance.

Il a aussi obtenu lundi — à l’arraché, certes, mais obtenu tout de même — le mandat de préparer et de proposer la souveraineté. Il a payé pour. Davantage qu’il ne l’avait voulu. Mais il le détient, ce mandat. C’est précieux. Majoritaire, il aurait pu dérouler son plan de match sans se soucier des embûches que l’opposition allait lui opposer. Minoritaire, il doit maintenant y arriver en acquérant un sens aigu de la manœuvre. Au budget du printemps, il ne pourra que s’appuyer sur Québec solidaire pour obtenir les votes nécessaires pour dégager les sommes prévues de préparation à la souveraineté que contient son programme.

Les deux années et demie qui nous séparent du départ tant espéré du président orange ne doivent pas être du temps perdu pour la préparation au grand rendez-vous. Autant la micro-équipe de PSPP s’est-elle illustrée dans la publication de documents de grande qualité — budget de l’an 1, livre bleu — autant le chef du Parti québécois le plus déterminé depuis Jacques Parizeau peut-il aujourd’hui user des leviers et de la compétence du pouvoir québécois pour ajouter, en toute transparence et malgré les assourdissants quolibets de l’opposition et du commentariat, des jalons supplémentaires.

L’acquisition par le Québec de son indépendance ne peut résulter que d’une série ininterrompue de gestes de volonté politique. Ne pas laisser tomber notre espérance est la première et indispensable étape. Détenir le pouvoir en est une autre. Reste à l’utiliser avec doigté, intelligence, avec autant de persévérance que d’esprit de rassemblement.

PSPP a confondu les sceptiques en relevant tous ses défis précédents. Qu’il continue.

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