Bulletin modifié | Une commission scolaire rappelée à l’ordre

Un enfant présentant des difficultés scolaires a été privé à tort d’une évaluation normale et des apprentissages auxquels il avait droit, conclut le Protecteur de l’élève, qui a enjoint une école de l’ouest de l’île de Montréal de corriger le tir. La décision révèle aussi à quel point les notes ne sont pas une science exacte.
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La mère de l’enfant a porté plainte au Protecteur national de l’élève en mai. Pour elle, c’est tout simple : son fils a été mis sur une voie de garage lourde de conséquences, dit-elle à La Presse. En raison de la mention erronée à son bulletin, son fils n’a pas été pris en considération pour le programme de sports de 1re secondaire de l’école qu’il convoitait.
L’élève*, qui était en 6e année dans une école de la commission scolaire Lester-B.-Pearson, a une dyslexie, une dysorthographie et un trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité.
En novembre 2024, ses enseignants ont décidé qu’il tomberait désormais sous le régime du bulletin modifié et que les attentes à son égard, en français et en anglais, seraient plus basses que pour les autres élèves.
Ce type de bulletin est choisi lorsqu’un enfant accuse un retard scolaire très important rendant sa réussite hors de portée.
« Ce sont des bulletins qui sont typiquement utilisés pour des jeunes qui présentent une déficience », explique Égide Royer, psychologue, chercheur et spécialiste de la réussite et de l’adaptation scolaire.
Ainsi, au lieu d’avoir 30 mots de vocabulaire à apprendre, par exemple, ces enfants n’en auront que 15. Les notes de ces élèves sont exclues des moyennes de classe et des calculs des taux de réussite des établissements scolaires.
Et, à l’évidence, avec des exigences ainsi abaissées d’année en année, très rares sont les jeunes qui décrochent leur diplôme d’études secondaires, ajoute Égide Royer.
Un élève qui « n’a jamais échoué »
Les bulletins modifiés, selon Maia Aziz, qui a rédigé la décision au nom du Protecteur régional de l’élève, ne devraient être mis en œuvre « que lorsque l’élève a démontré des échecs persistants » et seulement après qu’une aide particulière lui a été prodiguée.
Or, « non seulement [X] n’a jamais été en échec selon ses résultats scolaires, mais les adaptations n’ont pas été utilisées de manière optimale ».
L’élève a bel et bien des difficultés d’apprentissage, mais il « n’a jamais échoué dans aucune matière, y compris l’anglais et le français », fait observer Mme Aziz.
La décision de modifier ses attentes dans certaines matières « a été prise en partie à titre préventif, car l’école s’attendait à ce qu’il éprouve des difficultés accrues » éventuellement.
Le Protecteur national de l’élève insiste : la mesure de modification « n’est pas une mesure préventive, mais une mesure exceptionnelle à prendre uniquement lorsque l’élève persiste en échec malgré toutes les autres mesures d’adaptation mises en place ».
La décision a été motivée par la perception des enseignantes que l’enfant avait deux ans de retard par rapport aux acquis attendus en anglais. « Il est difficile de comprendre comment il a pu réussir l’anglais s’il avait deux ans de retard et pourquoi il a reçu une mesure de modification s’il réussissait bien. »
Qui plus est, la décision a été prise précipitamment et sans respecter les règles de l’art de la communication.
« Ni la direction, l’équipe ressource, la conseillère pédagogique, ni vous, ni [l’élève] n’avez été suffisamment impliqués dans les interactions qui ont suivi », est-il écrit.
« Aucune discussion sérieuse sur un sujet aussi important qu’une mesure de modification ne peut être menée à bien en dix minutes d’appel téléphonique », poursuit-elle.
Explication exigée
Entre autres recommandations, le Protecteur régional de l’élève demande à ce qu’une lettre d’explication soit envoyée pour indiquer que la modification a été faite erronément. Les enseignants doivent aussi recevoir une formation sur le protocole à respecter dans ce genre de situation.
Sa mère a voulu en parler à La Presse pour éviter que d’autres parents soient placés devant un fait accompli. « Avant toute cette histoire, je n’avais jamais entendu parler de cette histoire de bulletins modifiés », qui, rappelle-t-elle, compromet sérieusement la possibilité pour un enfant de finir son secondaire.
En 2022, La Presse a publié un article concernant d’autres parents qui, eux aussi, avaient su presque par hasard que leur enfant avait été placé sur cette voie parallèle du bulletin modifié.
Une des mères interviewées avait alors expliqué avoir demandé que sa fille en difficulté soit mise dans une classe spéciale, avec une aide particulière. En vain : il n’y avait pas de place. Une autre mère a raconté qu’elle avait su seulement après coup que les attentes avaient été modifiées.
Par courriel à La Presse, le service des communications de la commission scolaire Lester-B.-Pearson, qui dit ne pas commenter une situation particulière par respect pour la confidentialité des dossiers de plaintes, indique collaborer pleinement avec le Protecteur régional de l’élève et accorder « une attention particulière à toute recommandation formulée ».
* Le nom de l’enfant, toujours mineur, n’est pas publié, son dossier scolaire étant de nature privée.
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