Une étude met à mal le mythe du métissage des premiers colons

Plusieurs croient avoir des autochtones dans leurs lointains ancêtres, mais une récente étude montréalaise conclut que les unions avec les colons en Nouvelle-France étaient moins fréquentes que la croyance populaire. L’analyse de 45 dépouilles d’un cimetière remontant au XVIIe siècle n’a montré aucun mélange génétique.
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« Des analyses précédentes concluaient qu’il y avait du métissage dans le cimetière Notre-Dame », explique Diane Martin-Moya, professeure associée à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR). Elle a contribué à l’étude publiée en octobre dans la revue PNAS alors qu’elle était étudiante à l’Université de Montréal. « Je n’étais pas convaincue. Il s’agissait d’études de morphologie crânienne et d’analyses sur les dents. J’ai décidé de faire des analyses génétiques. »
Le cimetière Notre-Dame a été en activité de 1683 à 1796, près de l’actuelle basilique Notre-Dame. L’analyse de l’archéologue montréalaise montre que la seule trace génétique ne correspondant pas au nord-ouest de l’Europe provient d’Italie du Sud, pour une seule dépouille. L’ADN des 45 dépouilles a été comparé à celui d’une base de données génétiques comprenant plus de 2000 personnes autochtones, européennes et africaines.
PHOTO ANDRÉ TREMBLAY, ARCHIVES LA PRESSE
Les os d’une centaine de cadavres du cimetière de Montréal avaient également été découverts sous le parvis de la basilique Notre-Dame entre 2004 et 2006.
« C’est un résultat important parce que l’idée d’un métissage relativement fréquent en Nouvelle-France est souvent citée par les gens revendiquant des ancêtres autochtones », dit Mme Martin-Moya. Ces revendications sont souvent appelées « usurpation de l’identité autochtone » ou en anglais « false indigeneity » ou « pretendian ».
« L’histoire de métissage qu’on racontait à propos de la Nouvelle-France, d’une grande entente entre les Canadiens français et les autochtones, ne se retrouve pas dans le cimetière Notre-Dame », conclut Mme Martin-Moya.
L’idée d’un métissage important en Nouvelle-France provient en partie du fait que la France a envoyé bien peu de colons, donc qu’ils ont eu besoin d’aide. Avant l’arrivée des Filles du Roy entre 1663 et 1673, il y avait surtout des hommes en Nouvelle-France, ce qui rendait le métissage plus attrayant, explique l’article de PNAS.
Le cimetière Notre-Dame a été mis au jour lors de travaux d’infrastructure dans le Vieux-Montréal menés il y a plus de 20 ans. Entre 5000 et 10 000 personnes y auraient été inhumées, en partie sous la Place d’Armes actuelle, site de la première basilique détruite en 1830. Le cimetière était situé le long des actuelles rues Notre-Dame et Saint-Sulpice.
Destruction
Ce type d’analyse génétique permettrait-elle de trancher le débat sur le groupe autochtone qui se trouvait à Montréal quand Jacques-Cartier a visité le village d’Hochelaga en 1535 « Non, parce qu’on ne peut pas distinguer dans la génétique ancienne entre les différents peuples autochtones qui ont fréquenté le Québec », dit Mme Martin-Moya.
Les « Iroquoiens du Saint-Laurent », qui habitaient plusieurs villages dans la vallée du Saint-Laurent, dont Hochelaga, jusqu’au milieu du XVIe siècle, sont mystérieusement disparus. Les Mohawks et les Hurons-Wendats estiment tous deux que les Iroquoiens du Saint-Laurent étaient leurs ancêtres.
Cette utilité limitée des analyses paléogénétiques s’applique donc aux quatre dépouilles dites « de Queen Mary », découvertes en 2019 lors de travaux près de l’Oratoire, selon l’archéologue montréalaise. Cette dépouille a été datée du XVe siècle, donc avant l’arrivée des Français, par une analyse stratigraphique du sol. Elle a depuis été remise aux Mohawks de Kahnawake, sans être analysée, ce qui a indigné certains chercheurs, qui plaidaient qu’il serait important de voir s’il s’agissait de Mohawks, de Hurons-Wendats ou d’Anishnabés. Selon Mme Martin-Moya, la paléogénétique n’aurait pas répondu à cette question.
Biodiversité
Le fait de n’avoir pas fait d’analyse génétique sur la dépouille de Queen Mary reflète une opposition générale des communautés autochtones à la « destruction » partielle de cadavres pour faire des analyses génétiques, dit Mme Martin-Moya. Les techniques actuelles impliquent de réduire en poussière des fragments d’os. « On essaie de trouver d’autres manières d’analyser les dépouilles », dit-elle.
L’une de ces approches est l’analyse de l’ADN du sol. « Ça donne des informations sur les informations entre les humains et les écosystèmes, dit Mme Martin-Moya. On peut travailler avec ces informations sur l’impact des humains sur l’environnement et vice-versa. Ce sont des méthodes plus respectueuses. Elles s’ancrent dans le territoire, pas juste l’humain. »
En savoir plus
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- 10 000 à 12 000
- Taille de la population totale d’Iroquoiens du Saint-Laurent à l’arrivée de Jacques Cartier
SOURCE : Ville de Montréal
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