France: les syndicats dans la rue pour les salaires, le gouvernement sous pression et «vigilant»

La journée interprofessionnelle de grèves et de manifestations pour les salaires de ce jeudi 5 novembre va-t-elle faire tourner le pays au ralenti ? Tour d'horizon des principaux impacts attendus, alors que les syndicats, rejoints par les jeunes et les gilets jaunes, appellent secteurs public et privé à se mobiliser.
Plus de 250 rassemblements sont prévus partout en France, mais des parcours de manifestations sont sujets de bras de fer avec les autorités. Annoncée début octobre, cette journée doit rassembler salariés du privé, du public et retraités, mais aussi lycéens et étudiants mobilisés depuis des semaines.
Quelque 252 actions et manifestations ont été annoncées, selon une carte de la CGT. Les autorités attendent 500 000 à 700 000 personnes hors Paris et 40 000 à 80 000 personnes dans la capitale, soit davantage que les 550 000 dénombrées par le ministère de l'Intérieur le 17 octobre.
Le gouvernement est « extrêmement vigilant », selon sa porte-parole Maud Bregeon, « parce qu'il est hors de question qu'on revive, de quelque manière que ce soit [...] ce qu'on a pu traverser le 17 octobre », quand des scènes de violences et de pillage s'étaient déroulées en marge des défilés dans plusieurs villes.
Mardi, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a demandé aux préfets et responsables de sécurité de prévoir des « dispositifs robustes » pour cette journée « sensible », selon un télégramme consulté par l'AFP, préconisant notamment des contrôles en amont des rassemblements pour « limiter la circulation de profils à risques ».
À Paris, le parcours des syndicats interdit, un parcours alternatif proposé par la préfecture
À Paris, à moins de 24 heures du départ du cortège, la préfecture de police a interdit le parcours entre les places de la Bastille et de la Concorde souhaité par les syndicats, lui substituant un parcours entre République et Nation. Un parcours contesté par l'intersyndicale mais validé par le tribunal administratif. Un parcours qui ne réjouit pas les commerçants situés dans ce quartier.
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À l'approche d'une nouvelle manifestation, les commerçants se barricadent
Pierre Olivier
Les secrétaires générales de la CGT et de la CFDT ont fustigé les conditions d'organisation des manifestations, déplorant des cortèges souvent éloignés des centres-villes et des décisions tardives qui compliquent leur sécurisation.
Selon Sophie Binet, de la CGT, 20 départements sont concernés par des restrictions autour des parcours.
Jeunes et gilets jaunes en soutien
Cette journée fait suite à trois samedis consécutifs de mobilisation contre la vie chère, épousant les codes des gilets jaunes et soutenue seulement par certains syndicats. Jeudi, toutes les principales organisations de travailleurs – même le syndicat de l'encadrement CFE-CGC, initialement plus réservé – reprennent la main.
Insatisfaits des premières réponses du gouvernement, lycéens et étudiants gonfleront les cortèges après avoir repris les blocages en début de semaine, dès le retour des vacances.
La coordination des Gilets jaunes, qui joue un rôle central dans l'organisation des manifestations depuis le 17 octobre, participera à la grève et aux blocages de jeudi. Des gilets jaunes prévoient en outre des actions sur certaines routes, ronds-points ou autoroutes, dont l'ampleur est difficile à anticiper. Ainsi, à Strasbourg, un blocage est prévu sur l'A35 dès 8H00. En Isère, la Confédération paysanne doit organiser un barrage filtrant à Voreppe, près d'un péage sur l'A48.
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Grève à l'Éducation nationale et dans le privé
Le ministère de l'Éducation nationale table sur environ 17 % de grévistes à l'école primaire.
S'il juge « difficile de figer une moyenne nationale » dès mercredi, le Snuipp-FSU, premier syndicat du primaire, dit s'attendre à une forte mobilisation jeudi, avec « un enseignant sur deux gréviste dans l'Oise, 40 % en Eure-et-Loir et entre 50 et 70 % en Ille-et-Vilaine ». « En Seine-Saint-Denis, les prévisions atteignent jusqu'à 75 % dans certains secteurs, tandis qu'à Paris, nous recensons déjà près de 80 écoles fermées », ajoute le syndicat.
Pour Sophie Vénétitay, la secrétaire générale du Snes-FSU, premier syndicat des collèges et lycées, la grève devrait être « bien suivie » dans le second degré.
Les syndicats de l'enseignement privé appellent aussi à la grève.
Trafic « perturbé » en régions et en Île-de-France, 1 TGV sur 10 supprimé
La SNCF prévoit un trafic ferroviaire « perturbé » à « fortement perturbé » ce jeudi sur les lignes régionales, ainsi que sur certaines lignes de RER et de trains en Île-de-France, en raison d'un mouvement social interprofessionnel, mais il sera plus préservé sur les grands axes, avec 1 TGV sur 10 supprimé, a indiqué la SNCF mercredi soir.
En Île-de-France, le trafic sera affecté sur les RER B, C, D, E, ainsi que sur les lignes de train J, L, H, N, R et U, mais il sera normal sur les trams, bus et câbles, ainsi que sur le RER A et les lignes K, P et V, ont indiqué SNCF Voyageurs Île-de-France et Île-de-France Mobilités (IDFM).
Les voyageurs du quotidien seront affectés dans leurs déplacements sur l'ensemble des réseaux régionaux.
En Auvergne-Rhône-Alpes, Bretagne, Occitanie, sur certains axes de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur et dans les Hauts-de-France, la circulation des trains régionaux TER sera « fortement perturbée » jeudi, et le restera vendredi matin notamment dans les Hauts-de-France, a indiqué la SNCF sur ses sites régionaux.
Ailleurs, le trafic sera au minimum « perturbé », et ce jusqu'à vendredi matin, comme en Bourgogne-Franche-Comté.
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Les dockers de la CGT en grève dans tous les ports français
Côté maritime, les dockers de la CGT seront en grève dans tous les ports français. Ils ont donné le ton dès vendredi avec une grève de 24 heures qui a bloqué tous les ports.
Un préavis de grève pour les contrôleurs du trafic aérien (fonctionnaires de la DGAC) a été déposé par la CGT (USACcgt), FO (FEETS-FO), SUD Aérien et Unsa Aérien.
Dans les hôpitaux publics parisiens (AP-HP), FO et la CGT appellent à la grève pour obtenir le retrait des coupes budgétaires prévues dans les projets de budget de l'État et de la Sécurité sociale.
Plusieurs syndicats de la Poste (CFDT, CGT FAPT, Sud PTT, FO) appellent à la grève. La CGT, deuxième syndicat, a même déposé un préavis de grève illimité à partir du 5 novembre.
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