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Wednesday, August 19, 2026

Santé Québec, un nom à conquérir

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La décision récente de Santé Québec (SQ) d’inscrire son nom avant chaque désignation d’un lieu public de soins nous pousse à remettre en question la raison de cette imposition nominale. Certes, il importe de faire connaître le rôle prédominant que le gouvernement a donné à cette nouvelle institution par voie légale. Par contre, cet exercice de « branding », car il s’agit bien ici de la diffusion d’une image de marque, semble omettre l’histoire de la constitution même du réseau de la santé québécois.

Hôpital Notre-Dame, Hôtel-Dieu, Institut de cardiologie, CHU Sainte-Justine. Chaque lieu est empreint d’efforts pour constituer des lieux de services médicaux distinctifs, en fonction d’une mission qui a été portée par des médecins, des infirmières et d’autres membres du personnel, et soutenue par des fondations et des communautés qui ont forgé l’innovation et permis de faire progresser la science médicale sur notre sol.

C’est aussi méconnaître le fait que le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) a profité de ces expertises particulières pour offrir au peuple québécois la possibilité d’une espérance de vie plus longue, des options pour vivre mieux malgré la maladie. Plusieurs critiquent maintenant l’hospitalocentrisme de notre réseau de la santé. Cependant, l’histoire démontre bien que ce modèle émane directement de ce qui a véritablement mené les destinées médicales du Québec et qui continue de le faire.

D’ailleurs, pendant des décennies, le MSSS a continué de financer les hôpitaux sur une base historique, comptant sur les spécialités offertes et sur le développement proposé par les équipes de soins locales. Cette voie était gérable tant que les capacités hospitalières pourvoyaient, bon an, mal an, aux besoins de la population. Surtout en comptant sur la collégialité naturelle entre les intervenants, portant à l’aiguillage vers l’expertise et à la reconnaissance de besoins émergents. Par contre, les salves successives de compressions ont sapé les ambitions, réduit la capacité et l’engagement de ceux qui ont tenu à bout de bras l’objectif d’offrir mieux.

SQ ne peut pas clamer avoir développé le système de santé alors que cet organisme l’administre depuis moins de deux ans. Il est donc étonnant, voire perturbant, de constater l’insistance non pas à s’intégrer aux renommées inscrites dans l’histoire, mais à imposer son nom en premier, sans souci de reconnaissance des spécialités locales, régionales et provinciales implantées bien avant que SQ ne soit instituée par une loi constitutive.

Santé Québec–Hôpital Notre-Dame. Pourquoi pas Hôpital Notre-Dame de Santé Québec pour bien signifier que l’identité de chaque lieu s’inscrit dans un désir d’associer l’engagement passé et actuel dans la mission que SQ veut incarner ? Il y a là une occasion manquée d’indiquer que la société d’État vise à dépasser l’intention de centralisation, que cette instance soutient les disparités régionales tout en agissant avec prévoyance pour offrir à tous des soins suffisants et adaptés.

Les derniers mois ont été l’occasion de démonstrations par trop nombreuses que tant le MSSS que SQ se formalisent peu des acteurs du réseau, disant agir dans le seul but de combler les besoins de la population. Il y a là une occasion de débat pour oser demander à ces autorités de faire part de leur réel plan d’organisation et de desserte de soins. Y a-t-il dénombrement des activités pour montrer l’adéquation avec des besoins répertoriés ? Quelles mesures sont appliquées pour diriger une transformation clinique et médicale démontrant une compréhension des besoins changeants de la population ? Quelles sont les actions prioritaires autres que celle de cibler des indicateurs restreints du nombre de personnes en attente de soins dans les urgences ou inscrites auprès d’un médecin de famille ?

Le MSSS devrait démontrer un leadership pour statuer sur des objectifs de santé et des ressources considérables, tandis que SQ devrait présenter des plans nationaux et les actualiser dans chaque lieu de soins avec des échéanciers concertés et pas simplement imposés.

Ce genre de preuves fournirait une justification naturelle pour utiliser SQ dans la désignation des cliniques, des hôpitaux, etc. En Colombie-Britannique, toutes les cliniques d’oncologie portent le nom de l’agence BC Cancer. Que ce soit à Vancouver, à Kelowna, à Victoria, l’agence provinciale du cancer assure des ressources en fonction de plans convenus entre les autorités et les directions médicales, avec une prévision basée sur des statistiques solides, des programmes d’assurance qualité mesurant l’efficacité des mesures mises en place.

BC Cancer (BCC) existe depuis 1938 et s’est lentement intégrée au discours public grâce à la valeur de ses actions, devenant une instance provinciale officielle en 1974. Ne devrait-il pas en aller de même pour SQ ? Depuis 1974, BC Cancer est responsable de toute action pour offrir, superviser, évaluer et modifier tous les soins en oncologie. Le nom est reconnu mondialement comme un modèle d’organisation de soins, capable de suivre l’évolution de chaque patient au moyen d’un registre rigoureux tenu depuis 1969 et de mesurer l’effet et le coût de chaque décision implantée.

SQ ne peut, à ce moment de son histoire, prétendre à une telle intégration de ses activités.

« L’estime vaut mieux que la célébrité, la considération vaut mieux que la renommée. » De Chamfort a écrit ceci, il y a près de 300 ans. L’humilité se conjugue mal avec le pouvoir. Des actions au sud de notre frontière en sont le rappel sévère alors que le président applique et impose son nom sur diverses institutions.

Il faut espérer que la valeur de SQ portera naturellement à utiliser son nom et pas seulement par la contrainte d’un ordre exécutif d’un conseil d’administration soutenu par les autorités politiques. Ainsi, on atteindrait, comme le suggérait Syrus, et comme on l’a vu en Colombie-Britannique avec BCC, « une bonne renommée comme un second patrimoine ».

Entre-temps, maintenir l’engagement des médecins et des autres professionnels de la santé passe par bien d’autres mesures que celle consistant à dénaturer leur appartenance en modifiant le nom des hôpitaux auxquels ils sont rattachés, physiquement et sur le plan émotif. Assurer leur nécessaire contribution constitue une signature, une bannière, plus significative et productive.

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