École primaire | Les enfants apprennent maintenant à écrire de trois manières différentes

Mine de rien, les enfants du primaire apprennent maintenant à écrire de trois manières différentes au lieu de deux : en écriture script, en écriture cursive et au clavier. Est-il souhaitable d’enseigner les deux styles d’écritures manuscrites tout en intégrant le clavier dès le premier cycle, comme le prescrit le programme actualisé de français ?
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Pour l’Ordre des ergothérapeutes du Québec (OEQ), la réponse à cette question est non.
Il y a un peu plus de deux semaines, l’organisation a écrit à la ministre sortante de l’Éducation, Sonia LeBel, afin de lui faire part de ses préoccupations par rapport à cette orientation.
Le problème, c’est que « l’apprentissage simultané de deux styles manuscrits, auquel s’ajoute celui du clavier, multiplie inutilement les exigences durant une période déterminante pour l’acquisition et l’automatisation de l’écriture », a écrit le président de l’OEQ, Alexandre Nadeau, dans une missive datée du 4 septembre dernier.
« Deux modalités, soit un style manuscrit et le clavier, nous apparaissent suffisantes et préférables », poursuit-il.
Il invite le ministère de l’Éducation « à reconsidérer l’enseignement obligatoire des deux styles d’écriture manuscrite et à privilégier l’apprentissage approfondi d’un seul style, notamment le script jusqu’à la fin du deuxième cycle du primaire, en complément de l’apprentissage du clavier, tout en permettant l’apprentissage facultatif de la cursive ».
La démarche de l’OEQ est « vraiment très pertinente », corrobore Alexis Martini, doctorant en sciences de l’éducation à l’Université de Montréal.
Quand on apprend deux styles d’écriture en même temps, ou en apprentissage successif, ça vient beaucoup jouer sur les capacités cognitives des élèves.
Car le double enseignement fait en sorte que les élèves « ont un petit peu moins d’attention et de capacités cognitives à consacrer à autre chose comme l’orthographe, l’idéation, la ponctuation, la syntaxe », enchaîne celui qui a consacré son mémoire de maîtrise sur l’apprentissage des styles d’écriture en première année du primaire1.
Une recherche réalisée en 20122 a d’ailleurs démontré que les résultats des élèves qui apprenaient l’écriture scripte en première année et l’écriture en lettres attachées en deuxième année, comme c’est le cas dans de nombreuses écoles dans la province, avaient de moins bons résultats, fait valoir Alexis Martini.
Un obstacle de plus
L’obligation d’enseigner les deux styles d’écriture au premier cycle pourrait, on le devine, nuire aux élèves en difficulté sur le plan moteur ou sur le plan des apprentissages.
L’ajout d’exigences graphomotrices dont le bénéfice n’est pas clairement démontré peut constituer pour ces élèves un obstacle supplémentaire à leur participation aux activités scolaires, aux autres apprentissages requis en parallèle de la graphomotricité et, ultimement, à leur réussite éducative.
D’où l’invitation à produire « une orientation ministérielle claire en faveur d’un seul style », ce qui assurerait par le fait même « une plus grande continuité entre les écoles, notamment lors d’un déménagement », lit-on dans la missive de l’OEQ, à laquelle la ministre n’a pas répondu, selon son président.
Sollicité par La Presse, le cabinet de Mme LeBel – qui ne se représente pas aux élections – n’a pas souhaité faire de commentaires. On a renvoyé la balle dans le camp du ministère de l’Éducation, qui n’a pas répondu spécifiquement à la demande de l’OEQ.
« Le programme actualisé prescrit les deux styles d’écriture afin de miser sur la continuité entre les programmes de 2001 et celui de 2026 au regard des prescriptions relatives à l’enseignement de la scripte et de la cursive », a indiqué dans un courriel la porte-parole Esther Chouinard.
Les ergothérapeutes au front
Si cette question interpelle directement l’expertise des ergothérapeutes en milieu scolaire que représente l’OEQ, on n’a aucunement l’intention d’empiéter sur l’autonomie professionnelle des enseignantes, tranche son président en entrevue téléphonique.
Au contraire. « Les ergothérapeutes ont été extrêmement sollicités par les enseignants, parce qu’eux-mêmes ne voyaient pas la pertinence, et se sentaient coincés en raison de cette obligation qui n’a pas de sens, parce que ça fait plusieurs années que ce n’était plus la directive souhaitée », relate-t-il.
Là encore, Alexis Martini abonde dans le même sens : « C’est une bonne chose qu’ils [l’OEQ] aient envoyé cette lettre. Je pense que les enseignants attendent quelque chose de la part du gouvernement sur ce plan, parce que quand j’ai publié mon mémoire, il y avait beaucoup d’inquiétude à ce propos. »
Le programme actualisé de français doit entrer en vigueur l’an prochain dans les écoles primaires et secondaires.
1. Lisez le mémoire d’Alexis Martini sur l’apprentissage des styles d’écriture 2. Lisez l’étude publiée dans Language & Literacy (en anglais)
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