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Tuesday, October 6, 2026

Défaite de la CAQ : « J’attends l’aide politique à mourir »

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TROIS-RIVIÈRES – En 1961, après le fiasco de l’opération de la baie des Cochons, où les États-Unis ont tenté d’envahir Cuba et de renverser Fidel Castro, le président John F. Kennedy avait déclaré à la presse américaine : « Il y a un vieux dicton qui dit que le succès a des centaines de pères, mais que la défaite est orpheline. »

Et Christine Fréchette l’était, orpheline, sur la scène de la grande salle de l’hôtel Delta, où il n’y avait presque personne pour l’écouter. Quelques partisans. Très peu. Des collaborateurs épuisés après 39 jours de campagne. Des policiers. Des journalistes.

Ce zéro pointé, elle l’a assumé d’une voix ferme. J’en prends l’entière responsabilité. La voix était ferme, mais on sentait, tout de même, une grande fragilité, tout en retenue. Un désir de rester bien droite malgré la lourdeur immense de ce zéro sur ses épaules. L’exercice de s’adresser à ses troupes clairsemées était clairement difficile.

De la CAQ des beaux jours, il n’y avait personne non plus, sinon l’ancien ministre Lionel Carmant, qui est venu faire un tour, et le député sortant de Trois-Rivières, Jean Boulet, qui a fait le tour de la salle pour serrer quelques mains avant de tirer sa révérence.

Il n’y avait presque pas de larmes non plus. Une sorte de stupéfaction se lisait plutôt sur les visages. Le buffet est demeuré à peine entamé. L’assistance n’avait pas d’appétit. Une employée de la CAQ a commencé à ramasser les affiches électorales éparpillées dans la salle avant que les gens quittent.

Lionel Carmant regarde le photographe de côté.

L’ancien ministre Lionel Carmant est parmi les rares figures de proue de la CAQ à s'être pointé au rassemblement de campagne lundi soir.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Catafard

Sachant qu’elle allait perdre ses élections et que son parti allait mordre la poussière, une députée sortante de la CAQ m’a dit, il y a quelques jours : J’attends mon aide politique à mourir. Ça va être une délivrance. Mais allons-nous mourir dans la dignité? Ça, c’est la vraie question que je me pose.

Dans les rangs caquistes, la défaite historique du parti sous Christine Fréchette n’a donc surpris personne. C’était la chronique d’une mort annoncée, pour reprendre le titre du célèbre roman de Gabriel García Márquez, qui raconte un meurtre que tout le monde sait imminent, mais que personne ne parvient, ou ne veut vraiment, empêcher.

On savait donc que le parti allait mordre la poussière, mais on savait aussi, dans le parti, que, depuis des semaines, la campagne déraillait.

Écoute, je vais te le dire à quel point ça roulait carré : les communications étaient tendues, pour ne pas dire rompues, entre le war room et l’autobus de Christine Fréchette, m’a soufflé à l’oreille un membre de l’organisation qui ne désire pas être nommé.

Le war room, dans le jargon politique, désigne les gens qui donnent l’orientation à la campagne, décident des stratégies et des réactions, coordonnent, lisent et écoutent les commentateurs politiques, étudient les sondages, etc. C’est le cerveau d’un parti, le général de l’armée qui décide du terrain de la bataille et des soldats à qui confier les armes. Une rupture entre la cheffe et son war room donne une bonne idée du désordre qui a régné dans l’équipe Fréchette sur les derniers milles.

En fait, ça a été le bordel pas mal depuis le début de la campagne, m'a dit une autre source bien au fait de ce qui s’est passé dans le parti. Fréchette et son entourage ne sont pas de mauvaises personnes, mais le problème, c’est que c’était des gens qui n’avaient pas assez d’expérience politique.

Des chaises vides dans une salle devant un écran géant.

Peu de gens se sont présentés au rassemblement électoral de la CAQ, lundi soir.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Catafard

C’est humain de vouloir s’entourer de gens en qui on a confiance, mais le résultat, c’est qu’il y avait trop de juniors dans son équipe. Et personne n’était capable de lui dire : Ben non! Ça, c’est une erreur! Ce n’est pas une bonne idée. Par exemple, sa déclaration sur l’ingérence étrangère, ce n’était pas fort, fort, et quand elle a dit qu’elle n’était pas François Legault, c’était un très mauvais flash, m'a confié un autre observateur privilégié des rangs caquistes.

Cette déclaration, faite durant le Face-à-face de TVA, a particulièrement été mal reçue chez les caquistes. C’était tellement arrogant! Tu connais la fable de Jean de La Fontaine, La Grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf ? m’a demandé une ex-ministre. La fable raconte l’histoire d’une grenouille qui décide de gonfler son corps pour devenir aussi grosse qu’un bœuf qu’elle envie. Elle finit par éclater. C’est ça qui se passe avec Christine.

La CAQ arrive au pouvoir en 2018, mettant fin à près de 50 ans d’alternance exclusive entre le Parti libéral du Québec (PLQ) et le Parti québécois (PQ). Elle est réélue en 2022, par un véritable raz-de-marée d’appui populaire : 90 sièges et 41 % des voix. Puis, pendant son deuxième mandat, la CAQ va perdre du lustre, écorchée par l’usure du pouvoir et des erreurs qui ont écoeuré le public. Northvolt. SAAQclic. La lune de miel était bien terminée entre la CAQ, François Legault et le Québec, de plus en plus désireux d’obtenir le divorce avec ce parti.

Le lutrin vide sur la scène, sur lequel on peut lire : « avançons ».

Le lutrin vide au rassemblement de la CAQ.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Catafard

Un proche de Christine Fréchette, qui encaissait la défaite monumentale de sa candidate, m’a dit : Ne me cite pas, mais je trouve ça injuste. Elle a fait un travail exceptionnel comme première ministre. Elle était là pour les bonnes raisons. Elle voulait sincèrement faire avancer le Québec. Mais que veux-tu? On partait de loin.

À n’en point douter, la cheffe qui a succédé à François Legault avait hérité d’une tâche difficile.

On a fait le mieux qu’on pouvait. On était à zéro quand elle est arrivée. Et puis Trump, ça nous a donné un bon coup de main, et puis on est retourné à zéro. C’est ça. Qu’est-ce que tu veux, la politique, c’est un concours de popularité à un moment précis. À un moment donné, notre chef a été populaire, pis là, ben… non.

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