Visa d'étudiants palestiniens : "la solidarité académique sacrifiée sur l’autel du marchandage politique"

14 étudiants ayant obtenu des bourses d’études en Belgique sont toujours bloqués à Gaza. La ministre de l’Asile et de la Migration refuse d’assouplir le processus d’octroi des visas, qui doit obligatoirement se faire en présentiel, alors qu’il est physiquement impossible pour ces étudiants et chercheurs de se rendre au consulat belge à Jérusalem.
La N-VA a tenté un jeu de marchandage politique avec le ministre des Affaires étrangères Maxime Prévot : accepter les étudiants gazaouis si l’élu des Engagés accepte de durcir la politique d’accueil des Afghans et d’avancer sur le dossier des hubs de retour. "Un chantage sur le dos de la misère", a dénoncé Maxime Prévot.
Des étudiants triés sur le volet
Parmi ces profils en attente, on retrouve Aïcha, médecin psychiatre à Gaza, qui a obtenu une bourse de l’ULB pour poursuivre une formation internationale financée par l’ARES en méthodologie de la santé publique. "Cette bourse me donne l’espoir de poursuivre mes études et de continuer ma vie." explique-t-elle. "Elle a quand même été sélectionnée parmi 335 candidats", contextualise Anne Weyembergh. "Il n’y avait que 10 bourses qui pouvaient être attribuées et elle est l'une de ces 10 personnes. C’est vous dire donc qu’Aïcha présente vraiment un profil excellent sur le plan académique. Elle est d’ailleurs déjà médecin et elle ne tient qu’à une chose, c’est venir se former plus avant en Belgique."
La vice-rectrice aux relations extérieures de l’ULB souligne en effet le profil exceptionnel de ces Gazaouis. La sélection pour ces bourses se fait sur base des résultats académiques, du CV et de la motivation de l’étudiant. Pour les chercheurs postdoctorants, la sélection est encore plus difficile. L’ULB en attend trois bloqués à Gaza. "Eux aussi ont été sélectionnés par un comité interdisciplinaire d’une dizaine de personnes. Et là, il y a trois critères qui sont pris en compte. D’une part, l’excellence académique : leurs publications, l’excellence de leur projet de recherche. Par ailleurs aussi leur capacité à s’intégrer dans notre université. Chacun d’entre eux doit être supervisé par l'un de nos académiques, donc un de nos académiques doit accepter de le ou la superviser. Et enfin, troisième critère : le critère du danger puisqu’il s’agit là d’un fonds que nous avons mis sur pied il y a une dizaine d’années pour accueillir des chercheurs en danger."
Un blocage uniquement politique
Les étudiants gazaouis sont confrontés à un double blocage : l’octroi de leur visa, qui leur demande de se rendre à Jérusalem, et la nécessité de mettre en place un couloir de sécurité par les autorités belges pour les évacuer de la bande de Gaza. Baptiste Hupin rappelle que, dans les deux cas, les moyens sont là pour mener ce projet à bien. "La possibilité existe de faire ces évacuations, puisque d’autres pays l’ont fait pour des chercheurs, des étudiants, puisque la Belgique l’a fait aussi pour des raisons médicales. Et la possibilité administrative, elle existe aussi. Certains pays acceptent déjà des procédures à distance pour des visas, même étudiants. C’est le cas de pays en Amérique latine, par exemple. Mais donc, cette procédure, elle existe. Ici, c’est bel et bien un blocage politique."
L'étudiante palestinienne Mine el-Hatib est photographiée après avoir obtenu une note de 99 points à ses examens de fin d'études secondaires, malgré la guerre et les conditions de vie difficiles dans le quartier de Nasr, à Gaza, le 5 janvier 2026. Soutenu © Khames Alrefi/Anadolu via Getty Images
Le mépris de la solidarité académique
Ce comportement de marchandage des autorités politiques a été très mal perçu côté académique. Le monde universitaire s’est d’ailleurs dit "consterné". Anne Weyembergh dénonce ici un double langage. D’une part, les gouvernements belges demandent aux universités d’exceller sur la scène internationale, de faire rayonner leur région et leur pays. La vice-rectrice rappelle d’ailleurs que les échanges internationaux sont une condition sine qua non d’une recherche scientifique et d’un enseignement de qualité. Mais d’autre part, ce même gouvernement "nous met des bâtons dans les roues quand il s’agit d’accueillir des étudiants internationaux, des académiques et des chercheurs internationaux". Elle dénonce donc un comportement totalement contradictoire.
Anne Weyembergh tient aussi à rappeler le rôle de la solidarité académique. "On l’a vu dans l’histoire, on sait combien les universités et les communautés académiques, étudiants, professeurs, chercheurs sont pris pour cible dans les conflits, dans les autocraties, dans les dictatures. Donc on sait à quel point cette solidarité académique est importante, pour faire prévaloir le droit à l’éducation et le droit de chercher librement, notamment. C’est un peu cette solidarité académique ici qui est sacrifiée sur l’autel, je dirais, de ce marchandage politique."
► Découvrez aussi les issues politiques possibles en écoutant l’entièreté du podcast des Clés ci-dessus ou sur Auvio.
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