« Un accord terrible » : pourquoi Donald Trump ne veut absolument pas que l’archipel des Chagos soit cédé par le Royaume-Uni à Maurice


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Il y a quelques mois, l’archipel des Chagos avait déjà fait parler d’elle lorsque, dans les premières semaines de la guerre en Iran, des missiles iraniens avaient été lancés vers la base américano-britannique de Diego Garcia. Depuis, cet archipel situé en plein milieu de l’océan Indien avait retrouvé un relatif anonymat. Mais depuis quelques jours, cet archipel on ne peut plus strégique est à nouveau au coeur de l’actualité.
À première vue, les îles Chagos ont tout d’un paradis tropical. Éparpillées au cœur des eaux scintillantes de l’océan Indien, bordées de plages de sable blanc et de palmiers, elles pourraient facilement accueillir hôtels de luxe, jeunes mariés en voyage de noces et écoles de plongée. Mais les touristes ne sont pas près d’y poser leurs valises.
Car derrière leur décor de carte postale, ces quelque 60 îles occupent une position stratégique exceptionnelle entre l’Afrique et l’Asie. Ce rôle stratégique, le 47e président des États-Unis Donald Trump l’a de nouveau souligné cette semaine lors de sa rencontre avec le Premier ministre britannique Andy Burnham. Le président américain s’oppose en effet au projet prévoyant le transfert de la souveraineté des Chagos à Maurice et a qualifié l’accord de « terrible ». L’accord, qui avait été négocié sous le gouvernement du Premier ministre britannique Keir Starmer, prévoyait en effet que le Royaume-Uni transfère la souveraineté des îles Chagos à Maurice. Ce que le Royaume-Uni et les Etats-Unis ne veulent plus .

Mais pourquoi ce petit archipel situé à près de 10.000 kilomètres du Royaume-Uni est-il devenu aussi important pour la sécurité occidentale ? Et pourquoi Londres avait-il accepté d’en transférer la souveraineté à Maurice ? Les Chagos sont constituées de sept atolls coralliens et se trouvent sous contrôle britannique depuis 1814. Pendant la période coloniale, elles étaient administrées depuis Maurice, située à environ 2.000 kilomètres de l’archipel.
Leur intérêt militaire est apparu pendant la Seconde Guerre mondiale. En 1942, la Royal Air Force a en effet installé une base sur Diego Garcia, la plus grande île de l’archipel, afin de permettre aux avions de guerre de traquer les sous-marins allemands et japonais. Cette position, pratiquement à mi-chemin entre l’Afrique et l’Asie, leur vaut alors d’être comparées à un immense porte-avions fixe et insubmersible.
Compensation
En 1965, le Royaume-Uni avait récupéré Chagos de Maurice, contre une compensation de 3 millions de livres. Comme souvent, les États-Unis avaient joué un rôle important dans cette décision. Washington souhaitait en effet installer une base militaire sur Diego Garcia. Dans le cadre de l’accord conclu à l’époque, le Royaume-Uni s’était toutefois engagé à céder les îles à Maurice lorsqu’elles ne seraient plus nécessaires à des fins de défense.
Mais au fil des décennies, Diego Garcia est devenue une plateforme majeure des opérations militaires américaines. La base a notamment joué un rôle important pendant la guerre du Golfe de 1991, puis lors de l’invasion de l’Irak en 2003 et dans les opérations menées contre les talibans et Al-Qaïda en Afghanistan.
Aujourd’hui encore, son aérodrome peut accueillir certains des appareils les plus importants de l’arsenal américain. Plus récemment, en 2024 et 2025, les États-Unis ont utilisé les Chagos dans le cadre de frappes contre les Houthis au Yémen.
Le port de Diego Garcia reste parallèlement un point de ravitaillement stratégique pour les navires opérant dans la région indo-pacifique. Mais ce n’est pas tout, l’île constitue également un important centre de renseignement et de surveillance. Les équipements installés sur place servent notamment à recueillir des renseignements et à surveiller certaines menaces.

L’archipel accueille par exemple l’une des quatre antennes terrestres dans le monde contribuant au maintien de la précision du système GPS, aussi bien pour les usages civils que militaires.
Il y a quelques années, le gouvernement de Keir Starmer a finalement conclu un accord prévoyant le transfert de la souveraineté des Chagos à Maurice tout en permettant au Royaume-Uni de conserver l’usage de Diego Garcia dans le cadre d’un bail de 99 ans. Le dispositif devait ainsi permettre aux installations militaires britanniques et américaines de continuer à fonctionner.
Donald Trump change la donne
Mais si Washington avait initialement soutenu le principe de l’accord, Donald Trump est passé par là et a demandé au Royaume-Uni de ne pas « donner Diego Garcia ». Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient ont encore renforcé le débat autour de la valeur stratégique de la base.

Lors de sa rencontre avec Andy Burnham en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, mardi, Donald Trump est donc revenu directement sur le dossier. Le président américain a qualifié le projet de transfert des Chagos de « terrible deal ».
Le Royaume-Uni doit désormais chercher une formule susceptible de répondre à la fois aux enjeux liés à Maurice, aux contestations juridiques entourant l’archipel et aux exigences stratégiques des États-Unis.
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