Procès Ullens : le psychiatre évoque une "éclipse de la personnalité" au moment des tirs

Le professeur Philippe de Timary, chef du service de psychiatrie des Cliniques universitaires Saint-Luc, a témoigné jeudi devant la cour d’assises du Brabant wallon. Il connaît Nicolas Ullens depuis sa sortie de prison sous bracelet électronique et l’a rencontré à une quarantaine de reprises, parfois en présence de son épouse.
Le médecin est intervenu comme psychiatre traitant, et non comme expert judiciaire. Son témoignage vise donc à éclairer la personnalité et le fonctionnement de l’accusé à partir de ce qu’il a pu observer en consultation.
"Hors de son corps"
Pour tenter de comprendre ce qui a pu se produire le 29 mars 2023, le psychiatre a notamment travaillé sur les notions d’impulsivité et de dissociation.
Nicolas Ullens lui aurait décrit une sensation très particulière au moment des tirs : celle d’être "hors de son corps", comme s’il observait la scène à distance. Pour Philippe de Timary, il s’agit d’un moment où les émotions auraient pris le dessus sur les capacités habituelles de contrôle. "Il y a quelque chose qui a explosé. Les émotions ont pris le contrôle de la conscience", a expliqué le psychiatre.
Il y a quelque chose qui a explosé. Les émotions ont pris le contrôle de la conscience
Le médecin a parlé d’une "éclipse de la personnalité" et d’un "état de démence temporaire" pour décrire cet épisode.
Ces termes doivent toutefois être replacés dans le contexte de son témoignage : le psychiatre n’a pas diagnostiqué chez Nicolas Ullens une maladie psychiatrique. Il a au contraire expliqué que son patient ne présentait pas de fonctionnement habituellement impulsif.
Un sentiment d'injustice au cœur du récit
Le matin du 29 mars 2023, plusieurs sujets auraient ravivé ce sentiment de rejet. Nicolas Ullens était notamment venu voir son père avec des demandes concernant ses enfants. Selon son récit, ces demandes n’ont pas reçu la réponse espérée.
Quelques minutes plus tard, il a croisé la voiture de son père et de sa belle-mère, Myriam Lechien, à la sortie de la propriété d’Ohain. Il a alors tiré à plusieurs reprises sur le véhicule, tuant sa belle-mère.
Un précédent violent, mais pas un comportement impulsif permanent
Le psychiatre a également évoqué un épisode plus ancien raconté par son patient. Lorsqu’il était étudiant en droit, Nicolas Ullens avait giflé un professeur après s’être senti injustement traité.
Pour Philippe de Timary, cet épisode ne permet cependant pas de conclure à un fonctionnement impulsif chronique. Près de quarante ans séparent en effet cet incident des faits de 2023.
Le psychiatre a également évoqué les expériences professionnelles de Nicolas Ullens, notamment son passage à la Sûreté de l’État. L’accusé lui aurait expliqué avoir voulu y dénoncer ce qu’il considérait comme des malversations dans un dossier impliquant Didier Reynders, avant de se sentir lui-même calomnié et menacé et de quitter l'institution.
Ces différents épisodes participent, selon le médecin, à la compréhension d’une personnalité particulièrement sensible au sentiment d’injustice.
Une autre lecture des faits que celle des experts
Le témoignage de Philippe de Timary intervient quelques jours après celui des experts désignés dans le cadre de l'instruction.
Lundi, un psychologue et un neuropsychiatre avaient notamment conclu que Nicolas Ullens ne souffrait pas de maladie mentale et qu’il était capable de contrôler ses actes au moment des tirs. Ils avaient également relevé certains traits de personnalité, sans pour autant parler de trouble psychiatrique.
Le témoignage du psychiatre traitant apporte donc un autre éclairage : non pas celui d’une maladie mentale, mais celui d’un possible débordement émotionnel ponctuel.
La préméditation reste au cœur du procès
Car derrière ces différentes analyses se trouve la question centrale de ce procès : Nicolas Ullens avait-il prémédité son geste ?
L’accusé reconnaît avoir tiré sur sa belle-mère, mais conteste avoir décidé à l’avance de la tuer. La chronologie des faits, et notamment les minutes qui précèdent les tirs, sont donc particulièrement importantes pour les jurés.
Le procès s’est ouvert le 24 septembre à Nivelles. Depuis, la cour a entendu l’accusé, les enquêteurs, des experts, des proches de Myriam Lechien et des membres de la famille de Nicolas Ullens. Les témoignages ont notamment fait apparaître les tensions familiales anciennes, les questions liées au patrimoine et le sentiment de mise à l’écart évoqué par plusieurs proches de l’accusé.
Nicolas Ullens est poursuivi pour l’assassinat de sa belle-mère, Myriam Lechien, tuée par balles le 29 mars 2023 à Ohain, dans la commune de Lasne. Il comparaît libre et bénéficie de la présomption d’innocence jusqu’à la décision du jury.
Vendredi, place aux parties civiles
Ce vendredi, après les derniers témoignages de moralité de l’accusé, les avocats des parties civiles doivent commencer leurs plaidoiries.
Ils auront notamment pour objectif de présenter aux jurés leur lecture des faits et de répondre à la thèse développée par la défense. La suite des débats doit ensuite conduire au réquisitoire de l’avocate générale, puis à la plaidoirie de la défense.
Le jury devra finalement se prononcer sur la culpabilité de Nicolas Ullens, et notamment sur la question de la préméditation qui distingue juridiquement le meurtre de l’assassinat.
Le procès, ouvert le 24 septembre, doit se poursuivre début octobre avant le délibéré du jury.
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