« J’ai envie d’être plus proche des gens » : de retour au JT de la RTBF, Véronique Barbier évoque avec nous ses nouveaux projets

La dernière fois que vous nous aviez donnés de vos nouvelles, c’était pour le Télévie. Comment se sont passés ces derniers mois ?
Je n’ai pas fini mes traitements, je suis toujours en thérapie ciblée encore pour un mois. On me donne ce qu’il faut pour que les effets secondaires soient atténués et que j’aie une vie normale. C’est pour cette raison que je voulais, en accord évidemment avec mon médecin, reprendre le boulot.
Quand vous regardez dans le rétro de ces quinze derniers mois, qu’est-ce que vous vous dites ?
Au début, je trouvais ça interminable. Oui, il y a eu des moments difficiles, des moments de découragement. Et je suis fière d’avoir tenu le coup et d’avoir gardé, quand même, le plus souvent le moral. Aujourd’hui, c’est la joie qui prédomine : la vie reprend son cours.
La colère vous a traversée, ou le sentiment d’une injustice ?
Non, vraiment. Ça n’a pas été mon état d’esprit. Je me suis dit tout de suite : « Il faut garder confiance. La colère ne va rien t’apporter. » Donc oui, quelque part, ça me semblait un peu injuste, mais voilà : qu’est-ce qu’on fait, après, avec sa colère ? Elle ne fait pas avancer.
Qui vous a le plus encouragée à reprendre le travail ?
Les enfants, ils me laissent faire. Mon mari avait un peu peur que ce soit trop tôt. J’en ai discuté avec mon médecin au mois de juillet. C’était lui qui devait avoir le dernier mot dans l’histoire. Et je commence avec un mi-temps médical parce que je dois être prudente. Je reçois plein de messages de gens qui me conseillent de ne pas y aller trop vite. Et c’est vrai, je me connais : je veux toujours tout donner. Il faut effectivement que je fasse attention et que j’écoute mon corps. Cet été, surtout au mois d’août, je me suis vraiment mise dans mon petit cocon. J’avais besoin de calme, d’être sûre de mon choix pour la rentrée
Qu’avez-vous ressenti quand vous êtes retournée dans le studio ?
Revoir mes collègues m’a fait du bien. Et pour ce J.T. du retour, c’était surtout la joie qui prévalait. Être là était un aboutissement ! Je me suis dit : « Ben voilà, je suis encore capable de faire mon métier. » J’avais besoin d’être rassurée à ce niveau-là parce que ce sont quinze mois de doute et de moments compliqués. Il m’a vraiment fait du bien, ça fait tellement de bien de remettre les deux pieds dans sa vie d’avant.
Des doutes, disiez-vous ?
Mais oui ! Est-ce que je vais pouvoir retravailler ? Est-ce que je vais retrouver tous mes réflexes ? Est-ce que je vais être différente physiquement ? Est-ce que ça va changer quelque chose ? Ce sont des questions qui m’ont traversée et qui traversent tout malade. Quand on perd ses cheveux, ce n’est quand même pas simple. On n’est plus comme avant. Ces quinze mois, ils ont été compliqués au niveau de la confiance en soi. Et là, aujourd’hui, je reviens chez moi et je suis apaisée parce que je me dis : « Ça va, je peux encore. »
Mais justement, votre nouvelle coupe, elle vous va à ravir !
Ah vous voyez, comme quoi il y a des choses positives ! Je n’aurais jamais osé une coupe si courte. Et les garder gris, c’est aussi dire : « Voilà, c’est mon histoire. » Ce n’est pas pour rien, c’est parce que j’ai vécu tout ça. Et je tiens à m’en souvenir aussi, c’est une trace. Quand on perd ses cheveux, c’est une partie de son identité qui s’en va. On a du mal à se reconnaître. On ne peut s’empêcher de se demander : est-ce qu’on représente encore quelque chose ? Et puis là, ça va. En me voyant je me suis dit : « Ouf, c’est moi, je suis différente, mais je peux encore me sentir bien dans mon corps. »
Tout au long de votre parcours, il y a eu un élan d’amour autour de vous sur les réseaux sociaux. À quel point tout cela a-t-il été thérapeutique pour vous ?
C’était à double sens. C’était thérapeutique pour moi. Et je pense que j’ai aussi pu aider certaines personnes, je le vois à travers les messages. Je n’ai pas su répondre à tout, mais je crois qu’il y a eu un bel échange. On se soutient entre personnes qui vivent un peu la même chose. Ça porte, vraiment. J’ai une pensée pour tous ceux qui vivent ça tout seuls, parce qu’avoir du soutien, ça fait aussi partie de la guérison. Mais bon, le cancer fait parfois peur, je comprends qu’on se demande ce qu’il faut dire à la personne malade.
Parce qu’on n’est pas que son cancer…
Mais oui. Moi, je voulais justement qu’on me parle d’autre chose que de ma maladie. Je disais parfois : « OK, je vous donne des nouvelles pendant trois minutes, mais on ne passe pas la soirée à parler de ça. »
Le cancer, et finalement toute épreuve, nous change fondamentalement. La Véronique d’aujourd’hui, elle est comment ? Qu’est-ce qu’elle a laissé derrière elle et qu’est-ce qu’elle a gagné ?
C’est difficile, là maintenant, de faire un bilan, je suis dans l’émotion encore. J’espère avoir gagné un peu en bienveillance. J’espère avoir compris qu’il fallait parfois se poser et s’occuper de soi. Même si on a des enfants, même si on a un mari qui demande de l’attention aussi, même si on a une famille, il faut parfois s’arrêter et se dire : « Maintenant, je m’occupe de moi. » Je crois qu’on croit encore plus à la vie, ou en tout cas qu’on se rend compte qu’elle est précieuse.
La vie gagne peut-être en intensité, en fait ?
Pas nécessairement en intensité, mais dans la conscience de l’instant présent. Moi, je peux savourer un chant d’oiseau, un beau paysage, ce que je ne faisais pas avant.
Et au niveau de votre métier, cette épreuve a amené une autre sensibilité, d’autres envies ?
Je ne sais pas encore. C’est vrai que j’ai envie d’être peut-être plus proche des gens, mais probablement en dehors du J.T. Je ne sais pas encore, c’est vraiment très vague. Je me dis qu’il y a peut-être matière, effectivement, à réfléchir, à lancer des projets, mais ce n’est pas encore mûr du tout. Ce n’est que le début de ma seconde vie.
Enfin, un message pour nos lecteurs ?
Oui, et à tous ceux qui sont malades, je réitère ce que j’ai dit : ce n’est pas du tout ce que vous attendiez de la vie, mais battez-vous, parce que ça vaut la peine. Il y a un après, j’en suis la preuve vivante. Il y a moyen de reprendre une vie normale. Gardez confiance en vous, en la médecine. Et tout ce que vous pourrez construire après, ce sera autant de choses de gagnées.
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