La résilience d’Ismaël Koné, blessé à la Coupe du monde

En un instant, le temps d’un tacle, le rêve d’Ismaël Koné s’est envolé en juin dernier. Une catastrophe qui aurait pu l’anéantir. Mais ce serait bien mal connaître le jeune Québécois. Il a accepté de revenir sur les derniers mois difficiles qu'il vient de traverser dans une entrevue exclusive avec Radio-Canada Sports.
Après des moments compliqués, notamment une expérience plutôt décevante avec l’Olympique de Marseille, Ismaël Koné venait de connaître une bonne saison avec le club de Serie A italienne Sassuolo. Il arrivait à la Coupe du monde gonflé à bloc, en pleine possession de ses moyens. Son entraîneur, Jesse Marsch, le voyait comme l’un des rouages importants de l’équipe canadienne.
Je me dis que c'est le moment pour moi d'aller me donner à fond dans cette compétition. Surtout que c’est à la maison, il y a beaucoup de fierté là-dedans. C'était un grand moment pour moi parce que je m'étais préparé pour ça, j’avais tout fait pour être prêt et je me sentais vraiment bien
, raconte Koné.
Le milieu de terrain dispute les 90 minutes du premier match du Canada contre la Bosnie-Herzégovine dans un verdict nul de 1-1. Lors du deuxième match, contre le Qatar, il fait encore partie du onze partant. L’unifolié est en plein contrôle, avec une avance de 3-0, jusqu’à ce tacle fatidique du Qatari Assim Mabido, à la 57e minute.
J’espérais que c’était pas lui, se souvient son agent Nick Mavromaras, demeuré à Montréal. J'étais blanc, je ne savais pas quoi dire.

Ismaël Koné a été gravement blessé en deuxième mi-temps du match contre le Qatar à la Coupe du monde.
Photo : Associated Press / Abbie Parr
Sa crainte s'est avérée. Ismaël Koné est au sol. Son tibia est déformé, fracturé. À la caméra, on voit le visage du Québécois, un visage de stupéfaction alors qu’il constate l’état de sa jambe. Les pensées se bousculent alors dans sa tête. Rapidement, il réalise que c’est la fin.
Sur le moment, je ne sens pas trop la douleur. Je vois ma jambe, je suis sous le choc. Je comprends vite que je ne pourrai pas la recoller et revenir au jeu dans cinq minutes ou au prochain match. C’est ça qui me fait le plus mal. Après tous les efforts que j’ai mis pour vivre ce moment.
Le personnel médical s’active autour de lui pendant que les autres joueurs ont du mal à se contenir. Koné se souvient d’avoir d’abord vu la réaction de Richie Laryea, ce même joueur qui est rapidement allé dire sa façon de penser à Mabido. Ses coéquipiers qui sont sur le banc, à quelques mètres de la scène, constatent la gravité de l'état de Koné. Certains placent leurs mains sur leur tête, d'autres se cachent les yeux, tous sont envahis par l'émotion.
Rapidement, je pense à ma mère qui me voit par terre et qui ne sait pas ce qui se passe. Je veux lui montrer que ça va aller. C'est pour ça que sur la civière, je m’assois et je fais un thumbs up. Pour mes coéquipiers aussi c'était important parce que ça les a bouleversés.

Ismaël Koné avec son entraîneur Jesse Marsch à la Coupe du monde.
Photo : Getty Images / Emilee Chinn
La première personne qui est venue me voir, c'est Moïse (Bombito). Il m'a dit que ça allait bien aller, qu'on allait prendre soin de moi. D'entendre ça de quelqu'un dont je suis proche, ça m'a apaisé et rassuré, d'autant plus que Moïse l'a vécu lui aussi il n'y a pas longtemps. Beaucoup de coéquipiers viennent me toucher le bras pour me dire que ça va bien aller, et Jesse me dit la même chose
, ajoute-t-il.
Pendant ce temps, son agent est rongé par l'impuissance à l’autre bout du pays. Mavromaras ne peut s’empêcher de penser à la suite de choses.
Je suis dégoûté. Je pense à l’impact qu’aura cette blessure, à la prochaine étape. Ismaël aurait été impliqué dans un gros transfert, mais là c’est mort. Ce n'est pas juste une question de commission. C’est son salaire, c’est son futur. Le Canada gagne, plusieurs de mes gars marquent, mais c’était une journée triste.
Comme agent, tu dois rapidement tourner la page. Tu occupes un peu un rôle de père, tu es comme un modèle. Je ne peux pas rester dans mon coin à pleurer.
Au-delà de l’aspect financier ou d’un potentiel transfert perdu, c’est le côté humain qui prime. L’agent québécois travaille avec Ismaël Koné et sa mère depuis qu’il jouait pour le CS Saint-Laurent, à l’adolescence.
On parle de son fils. Une blessure grave, une opération, il y a de quoi paniquer pour sa mère. Est-ce que mon fils va récupérer? Est-ce que mon fils va pouvoir rejouer au football? C'est important pour moi de la réconforter.

Le Canadien Ismael Kone (8) quitte le terrain sur une civière au cours de la deuxième mi-temps du match contre le Qatar, à Vancouver, le 18 juin 2026.
Photo : La Presse canadienne / DARRYL DYCK
Alors que Koné quitte le terrain, la foule se met à scander son nom. Koné, Koné, Koné.
Je ne m'attendais pas à ce qu'ils applaudissent, ça m'a fait vraiment plaisir et ça va rester gravé à jamais dans ma mémoire. Il y a eu tellement d'étapes pour devenir joueur professionnel au Canada et porter le maillot de mon pays à la maison. Je n'ai jamais été aussi fier d'être Canadien qu'à ce moment-là.
Au même moment, on demande à Nathan Saliba de se préparer afin de le remplacer. L’un de ses meilleurs amis a la lourde tâche d’entrer dans le match alors qu’il a les larmes aux yeux. Quelques minutes plus tard, il inscrit un but magnifique et célèbre en montrant le maillot de son frère
à la foule. Un scénario digne d’un film.
Ça m'a beaucoup ému, confie Koné. Nathan est comme un frère pour moi. Quand je l'ai vu murmurer "c'est pour Ismaël", j'ai vu à quel point la situation l'avait touché. J'ai vu son émotion.

Nathan Saliba rend hommage à son coéquipier montréalais Ismaël Koné après sa blessure.
Photo : Getty Images / Fran Santiago
Mavromaras, qui est aussi l’agent de Saliba, répète souvent à ses joueurs qu’une carrière se bâtit sur les blessures des autres. Ironiquement, c’est peut-être la blessure de son grand ami qui aura permis à Nathan Saliba de connaître l’envol espéré. Il est devenu par la suite l’un des hommes de confiance de Jesse Marsch et s'est éventuellement joint au club de Villareal, dans la Liga, en Espagne.
Une fois à l’hôpital, tout s'enchaîne très rapidement pour Koné. Il voit sa mère, ses amis, Moïse Bombito et Jesse Marsch qui se sont tous déplacés. Il a le temps de parler à son agent, qui réussit à le rassurer. Arrivé en soirée, il subit une chirurgie quelques heures plus tard à peine pour réparer une fracture du tibia-péroné.
Je suis vraiment reconnaissant parce que je n'ai pas eu de douleur, ni sur le terrain ni à l'hôpital. Avec l'adrénaline et les médicaments donnés sur la civière, je n'ai rien senti. Même après l'opération, le processus s'est très bien passé.
Puis, il prend le temps d’envoyer un message à ses coéquipiers.
Je voulais leur dire que j'allais bien, que j'étais très positif, que je voyais la lumière au bout du tunnel. Je voulais qu'ils ne lâchent rien et leur dire que je les aime.
Le joueur de 24 ans a connu une progression fulgurante depuis qu’il a fait le saut chez les professionnels en 2021, du CF Montréal, en passant par Watford en Angleterre, puis l’Olympique de Marseille. Et c’est là que les choses se sont compliquées.

Le conseiller sportif Fabrizio Ravanelli, Ismaël Koné et le président de l'OM, Pablo Longoria
Photo : afp via getty images / CHRISTOPHE SIMON
Il semblait finalement avoir retrouvé le droit chemin et puis, d’un coup, tout s'est s’écroulé. Il aurait pu vivre un moment de découragement. Au contraire, depuis cette effroyable blessure, Ismaël Koné démontre un positivisme et une résilience qui ont de quoi surprendre.
Je me dis que rien n'arrive pour rien et que ça fait partie du foot. Mon moment de tristesse et de douleur, je l'ai vraiment eu quand on s'est fait éliminer contre l'Afrique du Sud. Je me sentais impuissant sur le banc, je voulais tellement aider.
Koné a pu compter sur le soutien de coéquipiers qui ont vécu des situations similaires, dont Moïse Bombito, Tajon Buchanan et Maxime Crépeau qui ont tous été touchés au tibia au cours des dernières années.
Max m'a donné beaucoup de conseils. Le voir revenir aussi fort après une blessure pareille, c'est très motivant et positif pour moi.
L’échéancier établi à la suite de la chirurgie est jusqu’ici respecté. Pas de mauvaises surprises ou de rechute. Il a recommencé à courir et espère pouvoir revenir au jeu et être à 100 % de ses habiletés en décembre.
Avec l’accord de son club, il a passé les trois derniers mois à Montréal, auprès de sa mère. Son entraîneur personnel, avec qui il travaillait en Italie, a fait le voyage pour l’aider dans sa réadaptation. Dimanche, il quittera Montréal pour rejoindre son équipe en Italie.
À son retour au jeu, il aura six mois pour prouver qu’il est toujours le joueur qu’il était avant cette Coupe du monde.
On a raté un gros transfert, ça c'est clair. Je pense qu’on aurait eu des offres entre 25 et 30 millions d’Euros, avoue son agent. On espère qu’il aura un bon six mois et qu’il pourra rattraper le temps perdu avant le mercato de l’été prochain.
Les ambitions d’Ismaël Koné sont toujours aussi grandes. Il y a ces grands clubs auxquels il rêve. Mais il y a aussi cette Coupe du monde, dans quatre ans, à laquelle il pense constamment. Sky is the limit.
Le Québécois est catégorique : il sera de retour et il n’a pas dit son dernier mot.
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