Sécheresse en Belgique : les pluies d’octobre ont fait du bien, mais les réserves restent sous pression

Après un été marqué par la chaleur et le manque de pluie, l’automne a fini par apporter un peu d’eau. Plusieurs épisodes pluvieux ont traversé la Belgique en octobre, notamment les 13 et 18, avant le passage des tempêtes Austen et Boelo entre le 22 et le 25 octobre.
Les précipitations ont parfois été copieuses, surtout sur les reliefs ardennais, où les cumuls ont atteint 50 à 80 litres d’eau par mètre carré.
Une bonne nouvelle pour des régions qui avaient cruellement manqué d’eau durant l’été et le début de l’automne. Mais quelques journées pluvieuses ne suffisent pas à effacer plusieurs mois de déficit.
Nivelles le 3 novembre © Anna Tatarczuk – RTBF Ciel Partagé
Une sécheresse qui recule, sans disparaître
Les dernières cartes de l’Institut royal météorologique, datées du 6 novembre, confirment une amélioration.
L’indice de sécheresse SPI-3, qui compare les précipitations accumulées sur trois mois aux valeurs habituelles, se rapproche désormais de la normale sur une grande partie du pays.
Mais la situation reste contrastée. La plupart des régions affichent des conditions proches de la normale. En revanche, plusieurs zones du sud-est, principalement en province de Luxembourg, présentent encore un déficit de précipitations.
Le graphique de l’IRM retraçant l’évolution des précipitations sur 90 jours illustre bien cette longue période de sécheresse.
La situation s’est progressivement dégradée pendant l’été. Fin août, puis début octobre, les précipitations accumulées sur trois mois ne représentaient plus qu’environ 40 à 50% des quantités habituelles.
Les pluies de la seconde moitié d’octobre ont permis une remontée sensible de cet indicateur. Au 6 novembre, il atteint environ 82% de la normale. Il manque donc encore près de 20% des précipitations normalement attendues sur les trois derniers mois, à l’échelle de la Belgique.
Des rivières toujours à la peine
C’est l’un des constats les plus préoccupants du dernier bilan de la Cellule sécheresse wallonne, réunie le 5 novembre sous la coordination du CORTEX, le Centre de Coordination des Risques et de la Transmission d’Expertise.
Malgré les pluies d’octobre, les cours d’eau wallons restent à des niveaux particulièrement faibles.
Les tempêtes ont provoqué une hausse temporaire des débits. Mais cette embellie n’a pas duré. Sur les voies navigables, les débits restent globalement bas pour la saison et se rapprochent des valeurs minimales observées.
Le constat est similaire pour les plus petits cours d’eau. Plusieurs présentent encore un étiage marqué, c’est-à-dire un débit particulièrement faible. Une situation comparable à celle rencontrée en juillet.
Les barrages-réservoirs ne sont pas beaucoup mieux lotis. Leurs niveaux restent légèrement inférieurs aux moyennes des dernières années. À la Plate Taille, dans le complexe des Lacs de l’Eau d’Heure, la situation se rapproche même de celle de 2022, une année particulièrement sèche.
Les pluies ont donc offert un répit, mais les réserves attendent toujours une recharge plus durable.
Bruges le 30 octobre © Lieven Massez – RTBF Ciel Partagé
Eau du robinet : des restrictions dans 11 communes
La sécheresse continue aussi de peser sur la distribution d’eau potable. Malgré les pluies généreuses d’octobre, 11 communes wallonnes maintiennent des restrictions d’utilisation de l’eau, contre 17 au début du mois dernier. Il s’agit de Bouillon, Saint-Hubert, Trois-Ponts, Tenneville, Theux, Stoumont, Chiny, Libin, Libramont, Musson et Attert. La situation reste particulièrement délicate en province de Luxembourg. À Libin, les restrictions sont toujours d’application. À Libramont, des camions doivent même assurer une partie de l’approvisionnement. Les mesures varient selon les communes et concernent certains usages de l’eau. Elles ne signifient pas pour autant que l’eau du robinet est impropre à la consommation.
Un avant-goût inhabituel des couleurs d’automne, en plein mois d’août, Herve, le 19 août dernier © Janine Ploemmen – RTBF Ciel Partagé
Des nappes phréatiques qui peinent à se recharger
Le problème se joue aussi sous nos pieds. Les pluies d’octobre ont parfois permis de stabiliser les réserves souterraines, mais leur remontée reste faible et souvent temporaire. Dans le Condroz et la Calestienne, certaines nappes affichent des niveaux inférieurs aux normales de saison, parfois même sous ceux observés durant les années sèches de 2019 à 2023. Localement, des niveaux exceptionnellement bas sont enregistrés. La bonne nouvelle, c’est que l’automne et l’hiver sont généralement les saisons les plus favorables à leur recharge. Avec des températures plus basses et une végétation au repos, une plus grande partie des précipitations peut s’infiltrer dans les sols. Encore faut-il que les pluies soient suffisamment régulières et durables. Les prochains mois seront déterminants pour reconstituer les réserves avant l’été prochain.
Navigation : des restrictions levées, mais pas pour les kayaks
Malgré cette sécheresse persistante, quelques mesures ont pu être assouplies. Depuis le 26 octobre, toutes les restrictions liées à la navigation commerciale ont été levées sur les voies navigables wallonnes. Les centrales hydroélectriques, dont l’exploitation avait été limitée pour préserver les débits des cours d’eau, peuvent également reprendre leurs activités.
En revanche, les parcours de kayak restent fermés par arrêté ministériel. Les niveaux d’eau demeurent trop faibles pour permettre la reprise de cette activité. Autre nouvelle plus rassurante : le risque d’incendie est actuellement jugé faible, tant dans les forêts que dans les milieux naturels ouverts.
Vresse sur Semois le 20 septembre © Daisy Bogaert – RTBF Ciel Partagé
Peu de pluie à l’horizon
Et la météo des prochains jours ne devrait pas accélérer le retour à la normale.
Les prévisions annoncent un temps généralement sec jusqu’au 11 novembre. Quelques épisodes pluvieux pourraient ensuite traverser nos régions en fin de semaine prochaine, mais les quantités attendues restent limitées et devront encore être précisées.
Les projections de l’IRM à dix jours montrent d’ailleurs très peu de changements sur la carte de sécheresse. Le sud-est du pays resterait la région la plus concernée.
Il faudra donc davantage que quelques averses pour combler le déficit accumulé. Si les pluies d’octobre ont permis d’inverser la tendance sur le plan météorologique, le retour à une situation hydrologique plus confortable prendra encore du temps.
La Cellule sécheresse wallonne se réunira à nouveau le 26 novembre pour faire le point sur l’évolution des réserves et les éventuelles mesures à maintenir.
Nieuport (Flandre occidentale) © Catherine Léonard – RTBF Ciel Partagé
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