« De nombreuses PME ont épuisé leurs réserves » : le nombre de faillites pourrait atteindre son plus haut niveau depuis dix ans


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Unizo estime que près de 12.000 PME (petites et moyennes entreprises) belges comptant au maximum 49 salariés feront faillite cette année. 2026 serait ainsi « l’année la plus noire pour les PME » depuis au moins 2017, a redouté vendredi l’organisation patronale dans un communiqué.
Cette estimation a été établie sur la base de chiffres officiels relatifs aux faillites pour la période de janvier à juillet, fournis par Statbel, l’office des statistiques. Concrètement, Unizo s’attend à 11.486 faillites parmi les entreprises comptant de 0 à 9 salariés et 379 parmi celles comptant de 10 à 49 salariés.
Une barre symbolique
De plus, le taux de faillite devrait atteindre 1,02 %, dépassant ainsi pour la première fois depuis des années la barre d’un pour cent. Ce sont surtout les petites PME qui font faillite, mais le taux de faillite des PME comptant entre 10 et 49 salariés serait « nettement plus élevé », à 1,25 %.
« Ces données montrent que de nombreuses PME ont épuisé leurs réserves. Des années de crises successives ont érodé leurs marges », affirme Bart Buysse, directeur général d’Unizo. « Il y a d’abord eu l’explosion des prix de l’énergie et le choc inflationniste, puis les fortes indexations salariales, et aujourd’hui, les coûts de financement élevés pèsent de plus en plus lourd ». Les prêts sont en effet nettement plus chers et le refinancement devient beaucoup plus difficile, selon M. Buysse.
Il évoque également une pression concurrentielle croissante. « Les entreprises qui ne parviennent pas à suivre le rythme de la transition numérique perdent de plus en plus souvent du terrain face aux grands acteurs et aux plateformes étrangères, ce qui affaiblit encore davantage leur position. »
Unizo plaide dès lors pour renforcer le climat des affaires et maîtriser les coûts liés à l’activité entrepreneuriale. L’organisation patronale prône notamment des coûts salariaux maîtrisables, des simplifications et une réduction des charges administratives.

Ce sont des records dont on se passerait volontiers : 11.697 entreprises ont été déclarées en faillite en 2025, du jamais vu depuis 2013, selon le bureau Graydon. Et cela ne s’arrange pas : au cours des six premiers mois de 2026, il y a eu 6.267 entreprises qui ont suivi ce mouvement. Un record pour un premier semestre et des dizaines de milliers d’emplois perdus en un an et demi.
Légère baisse en Wallonie
Une hausse qui touche surtout la Flandre ; en Wallonie, les faillites sont légèrement en baisse. Les secteurs concernés sont principalement la construction, le transport, le service aux entreprises ou l’Horeca.
Il y a néanmoins un autre élément alarmant : le nombre croissant de dissolutions judiciaires. « L’instrument a été amélioré en 2023 », intervient Eric Van den Broele, Director Research & Development chez GraydonCreditsafe Belgium. « Au début des années 2000, une centaine de dissolutions judiciaires étaient prononcées chaque année ; on parle de 5.329 dossiers en 2024 et de 4.714 en 2025. »
Une partie de ces dissolutions judiciaires consiste à écarter des sociétés fantômes et des entreprises manifestement frauduleuses, c’est un fait. Mais en additionnant faillites et dissolutions, le nombre d’entreprises cessant leurs activités à la suite d’une décision judiciaire a augmenté de plus de 30 % depuis 2019, calcule Graydon.
« Si le gouvernement a aidé les entreprises lors du Covid, il l’a fait aussi pour celles qui étaient déjà en mauvais état et dont il a prolongé la survie »
Bref, les nouvelles ne sont pas bonnes. Dans ces cas-là, on cherche les responsables. Qui sont les coupables ? Si on pose la question aux syndicats ou à l’opposition, le gouvernement Arizona sera pointé du doigt. « Le contexte économique et international ne peut pas tout justifier », répète le président du PS, Paul Magnette. « En un an, le Gouvernement des droites a fait exploser les comptes et il a aussi pris des mesures négatives pour le pouvoir d’achat. Ces attaques et le manque de stratégie pour créer de l’emploi et soutenir l’activité des entreprises impactent aussi les finances du pays durablement. »
Chocs successifs
L’analyse de Graydon pointe les chocs successifs et la responsabilité du gouvernement… précédent, celui dirigé par Alexander De Croo (Anders). « Covid, crise énergétique avec la guerre en Ukraine, choc salarial, etc. Ces sociétés manquaient de réserves ; elles n’étaient clairement pas préparées à ça », estime l’expert. « Si le gouvernement de l’époque a aidé les entreprises, il l’a fait aussi pour celles qui étaient déjà en mauvais état et dont il a prolongé en quelque sorte la survie. »
La possibilité de déclarer une faillite a été mise en pause durant plusieurs mois en 2020 et 2021. « Que le nombre de faillites se soit ensuite envolé n’est pas donc pas illogique », reprend l’expert. « On avait averti le gouvernement de ne pas soutenir les entreprises qui étaient déjà en péril, mais il n’a pas retenu notre raisonnement. »
Créer des réserves redondantes
Cette remarque n’exonère toutefois pas ces entreprises de leur « lourde responsabilité », pour reprendre les mots de Graydon. « Le monde a changé. Depuis 2008 (et la crise financière, NdlR), on est passé à un monde géré par des chocs, souvent imprévisibles. Avant, les chocs impactaient les entreprises en difficulté ; maintenant, chaque entreprise peut en subir l’impact. On sait que l’on en vivra encore. Il faut donc un autre raisonnement financier et une société doit se créer des réserves redondantes pour y répondre. L’entreprise qui ne le fait pas ne pense pas à sa continuité en fait. »
Ce qui inquiète aussi M. Van den Broele, c’est la faible croissance nette d’entreprises, soit la différence entre les entreprises créées et toutes les autres qui cessent leurs activités, quelle que soit la raison. « On a une croissance nette de 18.000 entreprises, là où l’année passée, il y en avait un quart de plus et il y a cinq ans, la moitié de plus », constate l’expert qui y voit un souci, car créer des entreprises, c’est aussi relancer l’innovation et créer des emplois.
« Créer des entreprises, c’est aussi relancer l’innovation et créer des emplois. Là, le gouvernement de Bart De Wever a un rôle à jouer »
Là, le gouvernement actuel, celui de Bart De Wever, a un rôle à jouer, selon M. Van den Broele : « Il peut utiliser des instruments fiscaux pour promouvoir cette nouvelle vision financière. Revaloriser un système comme celui des intérêts notionnels, j’y suis assez favorable. Cela coûterait au début, mais je suis certain qu’après deux années, ce serait déjà une opération à coût zéro pour l’État. »
L’expert avance aussi un mécanisme de solidarité extra-entrepreneuriale, un fonds qui pourrait soutenir les entreprises qui en ont besoin, au moment où elles en ont besoin, pour autant qu’elles répondent à certains critères démontrant leur validité à terme. « Cela ne coûterait pas grand-chose à l’État, peut-être l’octroi de certains avantages fiscaux. »
« L’année de la simplification »
Du côté de la Fédération des entreprises de Belgique (FEB), on pense aussi qu’il est essentiel de mieux aider les entreprises, en matière de reporting financier, par exemple. La FEB cible les coûts énergétiques, les coûts salariaux, problème persistant qui pèse sur la rentabilité des entreprises, dit-elle. Pour reprendre l’expression de son administrateur délégué, Pieter Timmermans : « L’année 2025 a été l’année des réformes. 2026 doit être l’année de la simplification pour les entreprises ».
Sans surprise, sa liste de demandes au gouvernement est « longue » : simplification administrative, mise en œuvre des mesures pour flexibiliser le marché du travail, encadrement du retour au travail des malades de longue durée, futures hausses de salaires qui ne doivent pas annuler l’avantage que les entreprises tireront en termes de modération salariale (le plafonnement limité de l’indexation automatique des salaires). Elle regrette d’ailleurs que le gouvernement ne se soit pas emparé du compromis, trouvé entre patrons et syndicats, pour atténuer l’impact de la hausse des prix de l’énergie sur l’indexation automatique des salaires.
Terminons sur une note d’optimisme. Dans son tout récent Baromètre des PME, Exact dit ceci : « Si plus de la moitié des entrepreneurs (56 %) jugent le climat entrepreneurial actuel difficile, voire morose, pas moins de 95 % des PME prévoient malgré tout d’investir cette année. »
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