« Un professeur frappé dans le Nord, un proviseur blessé par un tir de mortier » : journée sous tension dans les lycées français, 440 interpellations et des dizaines de blessés ! (vidéo)

La grogne des lycéens, née du manque de moyens et de la « dégradation » des conditions d’apprentissage, pourrait se poursuivre jeudi, la principale organisation représentative appelant à reconduire les blocages, après une journée de mobilisation émaillée selon le gouvernement de violences « inqualifiables » et de 440 interpellations.
« Nous lycéennes, lycéens, nous nous mobilisons pour avoir des professeurs remplacés, pour une augmentation des moyens (…) pour avoir des conditions d’apprentissage décentes », fait valoir l’Union syndicale lycéenne (USL).
L’organisation demande au ministère de l’Éducation nationale de « recevoir au plus vite » ses représentants et appelle à « une reconduction des mouvements » jeudi.





Né la semaine dernière en Île-de-France, le mouvement est progressivement monté en puissance, l’USL appelant les lycéens à converger mardi avec la grève des agents de la fonction publique.
L’organisation lycéenne revendique 400 établissements bloqués sur les quelque 3.700 en France.
De son côté, le ministère de l’Education nationale recensait en fin de journée 338 établissements encore affectés, dont 45 bloqués, sur un total de 416 établissements touchés depuis le matin. Il signalait 31 blessés, entre élèves et personnels.
La mobilisation a été émaillée d’incidents : « il y a eu 440 interpellations », les deux tiers ayant « donné lieu à des gardes à vue », « essentiellement pour dégradations » ou « violences sur agents dépositaires de l’autorité publique », a indiqué mardi soir le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, sur BFMTV.
« 10 personnels » blessés
« Au moins 10 personnels de l’Éducation nationale » ont été blessés, a déclaré sur X le ministre de l’Education Édouard Geffray, déplorant « un professeur frappé dans le Nord, un proviseur blessé par un tir de mortier dans les Hauts-de-Seine » ou « un autre menacé de mort en Essonne ».
« Les violences sont inqualifiables (…) Les légitimer ou appeler, dans ce contexte, à étendre les blocages, c’est mettre en danger nos élèves comme les agents publics. C’est irresponsable », a-t-il écrit.
Selon la préfecture du Rhône, 41 personnes y ont été interpellées. Dans les Alpes-Maritimes, 18 lycées ont été touchés par des blocages dans la matinée, dont sept à Nice, selon la préfecture.
A Saint-Denis, au nord de Paris, devant le lycée Paul-Éluard, où plusieurs centaines d’élèves se sont rassemblés mardi matin, une « interpellation pour des faits qui ne se sont pas produits aujourd’hui (…) alors que tout se passait bien » a mis le feu aux poudres, a rapporté à l’AFP le député LFI Eric Coquerel, disant tenir cette information du commissaire de quartier.
Un mouvement de foule s’est aussitôt déclaré. Des forces de l’ordre ont donné plusieurs coups de boucliers sur des lycéens et sur une journaliste de l’AFP. BFMTV a déposé plainte après l’agression de ses journalistes « molestés et insultés ».
En Île-de-France, 75 établissements ont été perturbés, dont 20 touchés par des affrontements, violences ou dégradations, selon la Région, qui déplore 20 blessés.
Selon Valérie Pécresse, présidente LR de la Région, la facture « se chiffre à près d’un million d’euros » depuis le début du mouvement, entre portails « hors service », incendies, tags, ou vitres brisées.
Accusant le maire de Saint-Denis d’avoir « encouragé les casseurs », Mme Pécresse a prévenu qu’elle lui enverrait la facture, d’environ 100.000 euros.
Le maire LFI, Bally Bagayoko, venu devant le lycée Paul-Éluard mardi matin, a estimé sur BFM que « la violence, à un moment donné, peut être légitime ». « Mais chaque fois qu’on peut l’éviter, c’est mieux », a-t-il aussitôt nuancé.
A Paris, « alors que le mouvement a été bien suivi, très peu d’interpellations de mineurs ont eu lieu », selon le parquet.
Le mouvement a gagné l’enseignement supérieur. Les universités de Clermont-Ferrand, Poitiers, Toulouse 2 et Toulouse 3, Pont de Bois à Villeneuve-d’Ascq, Lyon 2 et Sciences Po Lyon étaient bloquées mardi matin, selon l’Union étudiante.
LFI en première ligne
A sept mois de la présidentielle, ce mouvement bénéficie du soutien de responsables de LFI, régulièrement présents devant les lycées mobilisés, comme Paul Vannier devant le lycée Julie-Victoire-Daubié d’Argenteuil ou le député de l’Essonne Antoine Léaument, ovationné devant un lycée de Sainte-Geneviève-des-Bois pour avoir promis l’abrogation de Parcoursup.
La veille, le Premier ministre Sébastien Lecornu avait déploré la « surenchère irresponsable » d’élus du mouvement de gauche radicale.
« LFI, c’est les pompiers pyromanes », a dénoncé mardi matin sur RMC Valérie Pécresse.
« Ce Premier ministre croit que c’est nous qui créons les problèmes », a rétorqué mardi le candidat LFI à la présidentielle Jean-Luc Mélenchon. « Nous sommes fiers d’être aux portes des lycées pour défendre nos gamins. Parents, militants Insoumis, mobilisez-vous pour vous interposer face à la sauvagerie policière ».
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