"Pour moi, il y aura toujours une place pour le bon pain malgré les difficultés" : à Charleroi, ces jeunes qui croient encore à la boulangerie artisanale

Onze heures, les premiers pains disparaissent déjà du comptoir. La Fête du pain a commencé quelques heures plus tôt autour d’un copieux petit-déjeuner local à cinq euros. Histoire de créer du lien et, bien sûr, de donner envie aux 120 carolos présents.
Puis les artisans ont donc ouvert leurs échoppes. Le stand principal est tenu par des étudiants de l’Université du travail de Charleroi (UT), épaulés par leurs professeurs.
Ils ont travaillé dès 3 heures pour pouvoir garnir les étals de pains, cramiques et autres pâtisseries.
Pour eux, Rita a fait le déplacement depuis Châtelineau. Près de chez elle, assure-t-elle, les boulangeries artisanales se font rares. "Il ne reste plus que le pain surgelé ou industriel des supermarchés", déplore-t-elle. Mais pas question pour autant de renoncer au bon pain. "Je suis prête à me déplacer, même si c’est dommage de devoir faire des kilomètres. Et oui on paie peut-être un peu plus cher, mais on tient plus longtemps avec un vrai pain frais ! Celui acheté en supermarché est bon pour la poubelle après 2 jours et ne goûte pratiquement rien."
Martine, venue de Jumet, fait le même choix. "Je préfère les petites boulangeries où on sait que le pain est encore fait avec de bons produits. Quitte à payer plus cher, même si je comprends que ce n’est pas possible pour tout le monde."
C’est vrai que les écarts de prix sont parfois importants. Dans les supermarchés, le pain campagne blanc de 800 grammes coûte actuellement 1,85 euro en moyenne. Et dans la quinzaine de boulangeries carolo contactées ce week-end pour rédiger cet article, les prix oscillent entre 2,8 et 3,3 euros. Cinquante centimes de plus si la farine est bio. Plus surprenant : pour ce même type de pain, une chaîne carolo bien implantée dans la région affiche un prix de 3,40 à 3,50 euros. Un tarif qui dépasse donc ceux relevés dans les boulangeries artisanales contactées, alors que l’enseigne travaille à plus grande échelle.
L’autre défi – sans doute lié à ce contexte économique – est de retenir les jeunes diplômés. Former des jeunes ne garantit en effet pas qu’ils resteront dans le secteur. Attilio Panzarella, président de la Fédération des boulangers-pâtissiers de Charleroi pendant 20 ans et membre du jury à l’Université du Travail, dit voir plusieurs diplômés choisir ensuite une autre voie. Selon lui, le coût d’une installation, les horaires et le travail le week-end constituent autant de freins.
"Il y a aussi la question du financement. Des boulangers remettent leur boulangerie à un prix exorbitant, impayable pour les jeunes qui n’ont pas de parents derrière."
Difficile, en revanche, de mesurer la disparition des boulangeries artisanales. Le Service fédéral de l’Économie annonçait en 2024 avoir observé une diminution de 25% des boulangeries en 10 ans, mais les chiffres utilisés englobaient boulangeries et commerces de dépôt de pain. En 10 ans, la Wallonie aurait perdu 1000 boulangères et boulangers.
De son côté, la fédération du secteur estime qu’il reste un peu moins de 1000 ateliers en Wallonie, ces ateliers pouvant alimenter un ou plusieurs points de vente. "Et les entreprises en faillite ont souvent moins de 5 ans, preuve qu’il est difficile de pérenniser une nouvelle activité", nous précise-t-on.
C’était aussi tout l’enjeu de cette Fête du pain. "Montrer que c’est encore possible et qu’il y a encore des jeunes qui en veulent", résume Michel Costins, président du comité d’initiative de Gilly et lui-même ancien boulanger-pâtissier.
À noter que le Forem, l’Institut wallon de Formation en Alternance (IFAPME) et l’enseignement pour adultes (EA) proposent aussi des formations pour devenir boulanger-pâtissier. Le métier est toujours sur la liste des professions en pénurie.
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