Le Nouveau-Mexique de "Breaking Bad" : décryptage d’un décor entre fiction, pauvreté et histoire

Ce matin, nous sommes à Mesilla, Nouveau-Mexique, ville où Billy the Kid fut jugé et condamné à mort en 1881. À quelques dizaines de kilomètres seulement de la frontière mexicaine. Ici, aux présidentielles, on vote démocrate.
Le Nouveau-Mexique est le quatrième plus grand État des États-Unis. Et l'un des moins peuplés. Deux millions d'habitants dans un territoire grand comme dix fois la Belgique. Sur le plan démographique, on y trouve 49 % d’Hispaniques ou Latinos, 11 % d’Amérindiens et 36 % de Blancs non hispaniques.
C’est aussi, avec le Mississippi, l’État le plus pauvre des États-Unis. Il se positionne dernier ou avant-dernier sur les questions essentielles de l’éducation, de la santé ou du revenu médian des ménages. C’est aussi ici que l’humanité a créé la bombe atomique.
Pourtant, le Nouveau-Mexique sait aussi vendre du rêve : ses ciels immenses, ses maisons en adobe, la roche rouge, la culture pueblo, les déserts, la Route 66 ou les sublimes peintures de Georgia O’Keeffe.
Aujourd’hui, côté fiction, pour illustrer cet État, nous avons opté pour une série et un film.
Breaking Bad : le reflet glaçant du système américain
La série, c’est Breaking Bad de Vince Gilligan. Cinq saisons diffusées entre 2008 et 2013.
L’histoire de Walter White, professeur de chimie dans un lycée d'Albuquerque. Il a cinquante ans, un fils handicapé, une maison avec une hypothèque et un cancer du poumon de stade 3. Son assurance maladie ne couvre pas le traitement. Il n'a pas les moyens de payer.
Alors, il se met à cuisiner de la méthamphétamine.
Breaking Bad est donc l’histoire d’un homme qui travaille toute sa vie et découvre, à cinquante ans, que le système ne le protège pas quand il en a besoin. Le système américain de santé est en effet le grand personnage invisible de la série. C’est lui qui va plonger Walter dans l’illégalité.
Gilligan filme donc un homme ordinaire qui franchit la ligne rouge par désespoir. Mais surtout, il montre comment la violence engendre toujours une plus grande violence, et c’est peut-être là qu’il dresse le portrait le plus glaçant de son pays.
Breaking Bad est aussi une série géographique. Le désert permet de faire disparaître des corps. La frontière mexicaine est à côté. Les cartels sont donc des partenaires commerciaux à portée de main. Et la pauvreté fournit les clients.
En appelant sa série Breaking Bad, qu'on pourrait traduire par " mal tourner " en français, on se demande si Gilligan parlait de son héros Walter White ou de son pays, qui ne sait pas toujours protéger ceux qui ont pourtant voulu y vivre simplement.
Oppenheimer et la fracture de Los Alamos
Pour évoquer le Nouveau-Mexique, il faut aussi dire quelques mots d’Oppenheimer, immense succès cinéma de Christopher Nolan sorti en 2023, avec notamment Cillian Murphy.
Juillet 1945. Dans le désert du Nouveau-Mexique, à Los Alamos, les scientifiques du projet Manhattan font exploser la première bombe atomique de l'histoire. Nolan filme Oppenheimer comme on filme la chute d’un homme qui sait exactement ce qu’il est en train de faire.
Ce qu’il faut savoir, c’est que le Nouveau-Mexique vit encore avec cet héritage. Le Los Alamos National Laboratory existe toujours. Il emploie dix mille personnes et développe encore des armes nucléaires. Les habitants de Los Alamos ont le revenu médian le plus élevé du Nouveau-Mexique. À quarante minutes de là, des familles autochtones n'ont pas l'eau courante.
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