La PDG de Santé Québec rappelée à l’ordre pour manque d’impartialité

La présidente et cheffe de la direction de Santé Québec, Geneviève Biron, a été recadrée par le gouvernement durant la campagne électorale afin de lui rappeler son devoir d'impartialité et d'intégrité, a appris Radio-Canada. Elle avait écrit au chef du Parti québécois (PQ), qui a dit vouloir abolir la société d'État, afin de le rencontrer et de « corriger certains faits erronés ».
Selon nos sources, cette prise de position n'est pas la seule à avoir créé un malaise au gouvernement, au sein de la société d'État et au PQ, qui s'apprête à prendre le pouvoir.
La publication d'un communiqué de presse avant la prise de parole du chef du PQ, Paul St-Pierre Plamondon, a soulevé des questions, fin août, tout comme la fuite d'un rapport de la firme Deloitte, commandé par Santé Québec, le matin du débat des chefs, le 23 septembre.
Le ministère du Conseil exécutif (MCE) a confirmé à Radio-Canada être intervenu auprès de Geneviève Biron, au mois de septembre.
C'est la Secrétaire générale associée responsable des emplois supérieurs, Julie Gingras, qui a rencontré Mme Biron au sujet de la lettre.
En guise de rappel, en septembre dernier, une rencontre a été tenue entre la Secrétaire générale associée et la présidente pour rappeler les obligations auxquelles sont tenus les administrateurs publics. Ces obligations ont notamment pour objet de préserver et de renforcer le lien de confiance des citoyens dans l’intégrité et l’impartialité de l’administration publique.
Santé Québec confirme que le MCE a rencontré Geneviève Biron afin de revoir les obligations applicables à sa fonction, notamment celles relatives à l’intégrité, à l’impartialité et à la neutralité de l’administration publique
.
Au Québec, les hauts fonctionnaires sont tenus à un devoir de réserve et doivent demeurer impartiaux, peu importe le parti au pouvoir ou les déclarations des partis d'opposition.

Paul St-Pierre Plamondon avait annoncé son intention d'abolir Santé Québec dans une entrevue au «Journal de Montréal», le 20 août.
Photo : Radio-Canada / Mathieu Potvin
Le 21 août, lors d'une conférence de presse pour présenter sa proposition d'abolir Santé Québec, Paul St-Pierre Plamondon avait accusé Geneviève Biron d'avoir posé un geste absolument politique
.
Le chef du PQ n'avait pas apprécié que Santé Québec publie un communiqué juste avant son annonce, dans laquelle la société d'État avait vanté une avancée dans le dossier de la reconstruction de l'hôpital Maisonneuve-Rosemont.
En abolissant Santé Québec, Paul St-Pierre Plamondon espère économiser de 40 à 100 millions $ par année, sur un budget total de 46 milliards $. Il souhaite réduire la bureaucratie et éliminer les dédoublements avec le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS). Le PQ pense ainsi réinvestir dans les soins directs à la population.
Le 21 août, en entrevue à l'émission Zone info, la ministre sortante de la Santé, Sonia Bélanger, avait critiqué l'idée du PQ en rappelant les réalisations de Santé Québec, par exemple la réduction des listes d'attente.
Sonia Bélanger avait aussi appelé la PDG de Santé Québec à la prudence
dans le contexte de la campagne électorale : On a fait toute cette réforme-là pour séparer, justement, le politique de la gestion, et il ne faudrait pas que la gestion rentre dans le politique.
Geneviève Biron écrit de nouveau au chef du PQ
Radio-Canada a appris de sources au Parti québécois que la patronne de Santé Québec a de nouveau écrit à Paul St-Pierre Plamondon, depuis l'élection de lundi, pour solliciter une rencontre avec lui.

Santé Québec a été créée à la fin 2024.
Photo : Santé Québec
Santé Québec réaffirme sa neutralité
Dans une déclaration par courriel, la directrice de l’éthique et de la conformité de la société d'État, Sana Haidara, écrit à Radio-Canada que la neutralité politique est une valeur importante pour Santé Québec et fait partie des principes prévus à son Code d’éthique
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Elle ajoute que cela s’applique à l’ensemble des gestionnaires et des employés de l’organisation
et que dans le contexte de la présente campagne électorale, ces obligations ont été rappelées aux personnes concernées
.
Durant la campagne électorale, Santé Québec assure avoir maintenu des liens
avec les cabinets ministériels et l’appareil gouvernemental.
Par exemple, une gestion de communication coordonnée a été faite dans le dossier des dépassements de coût du projet informatique SIFA. Le bureau de la présidente du Conseil du trésor, France-Élaine Duranceau, avait expliqué à Radio-Canada avoir utilisé des chiffres fournis par Santé Québec, dont certains se sont révélés inexacts.
Santé Québec ajoute avoir fait des démarches pour rencontrer toutes les formations politiques, dès le printemps 2026, afin de leur présenter les enjeux liés à notre mission
.

Un rapport de Deloitte commandé par Santé Québec avait fuité juste avant le débat des chefs.
Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes
Un rapport de Deloitte qui tombe à point
Le 23 septembre, au matin du débat des chefs à Radio-Canada, le journal La Presse a publié le contenu d'un rapport de la firme Deloitte (nouvelle fenêtre), commandé par Santé Québec, qui ne devait être rendu public qu'après la campagne électorale, selon nos informations.
On y apprenait que l'action de la société d'État avait permis des coûts évités
de 1,9 milliard $ dans le réseau de la santé.
Des membres du gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) s'étaient empressés de partager cette nouvelle sur les réseaux sociaux pour défendre Santé Québec et critiquer la proposition du PQ.
Dans un premier temps, Santé Québec nous a dit que le mandat d’analyse a été confié à Deloitte en juillet dernier
par son conseil d’administration.
Les détails rendus publics jeudi, dans le Système électronique d'appel d'offres du gouvernement du Québec, montrent que le contrat de gré à gré de 80 000 $ a plutôt été donné le 10 août.
Santé Québec précise que sa vice-présidente Finances, qui travaillait chez Deloitte jusqu'en 2024, n’a pas été impliquée dans les processus visés
.
Mentionnons que Deloitte est aussi chargée de produire les états financiers annuels de la société d'État depuis mars 2026.
Lors du débat des chefs, Paul St-Pierre Plamondon avait remis en question l'indépendance de ce rapport commandé par Santé Québec : C'était l'équivalent de si vous demandez un sondage à chacun des partis politiques ici et vous vous demandez si votre campagne va bien. On va vous dire que ça va super bien. Qu'il n'y a pas d'inquiétude.
Ça demeure une étude commandée par Santé Québec, à même les fonds publics, pour faire son autopromotion
, avait également déclaré le chef du PQ, lors d'un point de presse, le 23 septembre.
250 gestionnaires au siège social de Santé Québec
Un décompte rendu public par Santé Québec le 30 juillet montre qu'il y a 250 gestionnaires, 735 salariés et 132 postes vacants à son siège social.
Jeudi, Le Devoir a révélé que Santé Québec avait suspendu l'affichage des postes vacants à son siège social. (nouvelle fenêtre)
Selon le PQ, il y a environ 900 employés de plus à Santé Québec et au ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) par rapport à l'effectif du MSSS au 31 mars 2024, avant la création de la société d'État.
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