Aménagement d’une place-école dans Villeray | Petit projet, petite facture, gros impact

Vendredi, 9 h 30. Dans les rues jouxtant l’école primaire Marie-Favery, l’heure de pointe du début des classes est terminée. Et pendant qu’à l’intérieur, les enfants se font à l’idée que les vacances sont terminées, à l’extérieur, les cols bleus s’affairent à leur préparer un prix de consolation.
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« C’est chouette », lance Mélissa Argueta, propriétaire de la microboulangerie-café Margo-Lina. Le commerce, qui a pignon sur la rue Villeray, à l’angle de la rue Boyer, a une vue directe sur la place-école en cours d’aménagement.
Les places-écoles sont essentiellement des prolongements des cours de récréation – ce qui est loin d’être un luxe dans le cas de l’école Marie-Favery, où l’ajout d’unités modulaires, en 2018, a grugé l’espace de jeu des élèves.
Elles visent aussi à assurer la sécurité des enfants et à créer un espace communautaire.
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Vue aérienne des travaux d’aménagement de la place-école, la semaine dernière
Derrière le comptoir, la boulangère affirme adhérer au concept. « Ça amène vraiment les familles, les enfants. Mais c’est vraiment pour la sécurité routière que je suis en faveur. Deux fois, j’ai failli me faire frapper en sortant d’ici », raconte-t-elle.
« Les automobilistes passent sur la rouge, en sens inverse… en fait, ils ne sont tellement pas patients à cause de la lumière cycliste que c’est du n’importe quoi », expose Mélissa Argueta.
D’après ce qu’elle entend en servant ses clients, « les gens sont vraiment contents ».
Des coûts modestes
S’il y a mécontentement citoyen, il ne s’est pas non plus rendu aux oreilles de Martine Musau Muele, conseillère de l’arrondissement de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension depuis 2021.
« Bien au contraire, précise-t-elle en entrevue au Margo-Lina. C’était un projet qui était attendu. Les parents [d’élèves] sont contents, l’école l’est également. Et les élèves, bien entendu… surtout parce qu’ils voient cela comme une extension de leur cour d’école. »
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Martine Musau Muele, conseillère de l’arrondissement de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension
Porté par le conseil d’établissement de l’école, le projet est dans les cartons depuis deux ans, mais l’arrondissement a seulement donné le coup d’envoi aux travaux le 24 août dernier, à quelques jours de la rentrée scolaire, pour des raisons « logistiques », explique l’élue de Projet Montréal.
Le début d’un chantier de remplacement des entrées d’eau en plomb, rue Boyer, « était une parfaite occasion de profiter de l’absence de circulation pour aménager la placette-école ».
Et ça coûte combien, une « placette » ? « Je n’ai pas de chiffres, mais c’est à coût très modeste, répond Martine Musau Muele. Tout ce que vous voyez, comme les blocs de béton, c’est du mobilier urbain qu’on avait déjà. La dynamisation, la peinture, c’est l’école. »
Le projet, en somme, est « petit, mais à haut impact, et à frais très minimes », résume la conseillère municipale.
Vérification faite, la facture s’élève à 6376,37 $, en excluant « les ressources internes mobilisées pour la réalisation du projet, [et] le coût du mobilier qui se trouvait déjà en inventaire », a-t-on ensuite précisé du côté de l’arrondissement.
Préjugé favorable, mais…
D’après Martine Musau Muele, l’impact de la place-école sur la circulation automobile sera tout aussi minime.
Nicolas Pigeon n’en est pas tout à fait convaincu. « Je ne connais pas les plans précis, mais qui dit fermeture à la circulation dit nécessairement rerouting [déviation] de la circulation sur d’autres rues », avance-t-il.
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Nicolas Pigeon
Le père de famille, qui se promenait avec le petit Benjamin, 7 mois, dans un porte-bébé, dit n’être pas opposé au concept : « Souvent, l’idée est bonne, mais dans l’exécution, les conséquences [sur la circulation] ne sont pas toujours bien évaluées. »
Il se retourne pour faire sa propre évaluation. « Les parents qui viennent chercher leur enfant à l’école n’auront pas de place pour se stationner, ça va se stationner en double… ça va faire une espèce de cascade », prédit-il.
Mère de deux enfants qui fréquentent l’école Marie-Favery, Affef Ali confirme que cette portion de la rue est bondée de véhicules de parents qui attendent leur enfant, dès que septembre revient.
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Affef Ali
« Ils ne sont pas toujours attentifs », signale la réfugiée syrienne derrière sa poussette. Et cette place-école qui prend forme devant elle est « très élégant[e] », dira-t-elle.
Elle pourrait redonner un nouveau souffle à un quadrilatère dominé par l’église Notre-Dame-du-Rosaire. Située juste en face de l’école Marie-Favery, elle a abrité une halte-chaleur pour des personnes en situation d’itinérance dans son sous-sol1.
L’école peut s’approprier la placette dès maintenant et y apporter des aménagements complémentaires : le chantier est terminé, a confirmé lundi Anne-Laure Rique, porte-parole de l’arrondissement.
Une table à pique-nique accessible universellement sera ajoutée dans les prochaines semaines, a-t-elle ajouté.
Rien pour déplaire, on présume, à la boulangère Mélissa Argueta.
1. Lisez « Tensions autour de la réouverture d’un abri d’urgence »
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