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Thursday, September 17, 2026

Valérie Plante, candidate au roman

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Valérie Plante lance cette semaine son premier roman, Grenades, chez Leméac. L’ex-mairesse de Montréal rejoint ainsi les rangs des nombreuses personnalités qui se mettent à l’écriture au sortir de leur vie politique québécoise. Avec une grande différence : elle arrive en fiction. Et la fiction est très, très rarement explorée par nos ex-politiciens apprentis écrivains. Pourquoi donc ?

« Quand le politique donne dans la littérature, l’impulsion d’écrire va toujours d’abord vers les mémoires, et ce, depuis l’Antiquité », rappelle Jonathan Livernois, spécialiste des liens entre politique et littérature, et professeur à l’Université Laval.

Pourtant, la France possède « une tradition de personnalités politiques qui se mettent ensuite à la fiction ».

« Ici, c’est beaucoup moins fréquent », confirme M. Livernois. « Les politiciens, semble-t-il, n’écrivent que pour entrer en politique ou pour bien marquer qu’ils en sont sortis », remarquait en 1983 déjà la revue Lettres québécoises.

Outre ce premier roman de Valérie Plante, Jonathan Livernois ne peut nommer qu’un seul autre exemple : Probablement l’Espagne, pondu par Claude Charron en 1987 (Boréal), qui avait débuté comme auteur quatre ans plus tôt en publiant son autobiographie.

« Maintenant, je peux parler des vraies choses, des pulsions profondes des êtres », disait alors en entrevue au Devoir l’ex-député du Parti québécois.

« Comme l’un de mes personnages, je ressens par l’écriture une liberté nouvelle. Celle de ne plus être esclave de l’image que les gens nous font. »

Les exceptions, toutefois : ceux qui écrivaient avant leur entrée en politique, comme Gérald Godin, Franz Benjamin ou Catherine Dorion, par exemple, continuent, eux, en poésie, en théâtre, en fiction pendant ou après leur carrière politique.

Politique-fiction

Si Valérie Plante a scénarisé déjà, pendant son mandat de mairesse, la bande dessinée Simone Simoneau, illustrée par Delphie Côté-Lacroix, l’imagination qui s’y déployait restait près du récit, peut-être de l’autobiographie : on y suivait une mère de famille qui fait le saut en politique municipale.

Dans Grenades, on trouve certes une Andréa, mère et directrice de cabinet d’une ministre du Québec en surmenage, qui peut sembler familière.

Mais ce personnage n’est pas le seul. Le roman est polyphonique. Valérie Plante croise trois voix principales, et quelques autres, avec voyages du passé au présent, et porte ainsi dans sa forme même des ambitions littéraires.

Le livre paraît chez un des éditeurs historiques du Québec. Leméac est la maison des œuvres de Michel Tremblay, de Jacques Poulin et d’Audrée Wilhelmy, entre autres.

« Je pense qu’il y a un vieux fond de préjugé au Québec qui persiste, comme quoi la fiction n’est pas “utile” », réfléchit Jonathan Livernois. Elle serait plus valorisée en France, où nombreux sont les politiques qui écrivent de la fiction.

Le prof nomme, en vrac et en exemple, Alphonse de la Lamartine, dont les Méditations poétiques ont participé à la révolution de la poésie française ; Dominique de Villepin, qui a signé quelques romans ; Valéry Giscard d’Estaing, président de la République de 1974 à 1981, puis membre de l’Académie française jusqu’à sa mort.

On peut ajouter Edgar Faure, qui finira aussi à l’Académie française ; les romans policiers de Jean-Louis Debré ; les romans historiques de Philippe de Villiers.

Ou les livres de Marlène Schiappa, qui donne aussi dans l’érotique et le guide sexuel (comme Les filles bien n’avalent pas et autres clichés sur la vie sexuelle des filles, à la Musardine) sous le pseudonyme Marie Minelli.

À chacun sa profession

Au XIXe siècle, pourtant, les hommes politiques au Québec pouvaient être des hommes de lettres, et vice-versa.

« À cette époque, les hommes de pouvoir et de lettres ont des identités feuilletées, qui leur permettent de naviguer d’un domaine à l’autre », explique Jonathan Livernois.

Comme le premier ministre Félix-Gabriel Marchand, qui a donné dans l’écriture de théâtre, touchant tant au vaudeville qu’à l’opéra-bouffe, entre autres.

C’est autour de 1930 que les choses changent, poursuit M. Livernois. La politique et la littérature se professionnalisent chacune de leur côté.

La littérature devient plus exigeante. Elle circonscrit sa définition de ce qu’est un écrivain.

Et elle peut exclure, dans la foulée. Les Souvenirs politiques du député Charles Langelier, publiés en 1909, se feront déchiqueter férocement dans une critique de 44 pages d’Olivar Asselin, pour qui la littérature manquait là.

Exemple ? « Langelier a découpé au petit bonheur du canif les biographies d’Achintre, la collection de l’Éclaireur et de l’Électeur, le journal de l’Assemblée législative, les fastes de manducation du Club de la Garnison ; il a mêlé à cela quelques citations pédantes du cardinal de Retz, de Tocqueville et de Hanotaux ; il a ajouté encore quelques anecdotes électorales, remarquables surtout par leur antiquité ; puis il a déposé la plume », peut-on lire dans Feuilles de combat.

De là, « on refuse de plus en plus aux politiciens l’accès à la littérature », selon Jonathan Livernois.

Ce fossé tiendra jusqu’aux années 1960, quand la littérature se décontractera, et où naîtra une vague de littérature politique, portée par les éditions du Jour et de l’Homme.

« Des hommes (puis des femmes) politiques publient des ouvrages pour se présenter à leurs électeurs. Le premier à le faire est Jean Drapeau, en 1959 (Jean Drapeau vous parle), suivi du chef du Parti libéral, Jean Lesage (Lesage s’engage) », note aussi le professeur.

Le prix est modique, le papier de mauvaise qualité, le livre écrit par un prête-plume, la couverture représente le plus souvent l’homme politique qui a « écrit » le livre, explique l’historien de la littérature.

Les tirages initiaux ne sont jamais inférieurs à 10 000 exemplaires, et ce genre verra quelques best-sellers, dont Option Québec de René Lévesque, en 1968.

Mais on est encore là dans l’essai, les idées. Même aujourd’hui, « la fiction demeure, je crois, plutôt mal vue au Québec », estime M. Livernois.

« Et peut-être qu’il y a un risque à en écrire, à se lancer dans la réelle recherche littéraire, si on a encore des ambitions politiques », note-t-il, en rappelant à quel point Gérald Godin avait subi moqueries régulières, critiques, boutades et détournement de ses poèmes quand il siégeait comme député.

Pourtant, dans le marché du livre, d’autant plus aujourd’hui où les médias octroient de moins en moins de place au littéraire, une personnalité connue qui risque d’attirer l’attention peut avoir une plus-value considérable quand elle arrive avec un manuscrit, aux yeux d’un éditeur. Et les gens de politique sont de ceux-là.

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