Des figures environnementales invitent à regarder plus loin que l’urne

L’environnement a été écarté de la campagne électorale, qui tire maintenant à sa fin. Les enjeux s'imposeront toutefois d’eux-mêmes après le vote, peu importe qui remportera le scrutin lundi prochain, selon les figures écologistes interrogées par Radio-Canada.
C'est sûr que, pendant la campagne électorale, on a parlé plus de la réduction du nombre de fonctionnaires ou du nombre de règlements que du nombre de gaz à effet de serre à réduire
, illustre le directeur des relations gouvernementales chez Équiterre, Marc-André Viau.
On a reculé au Québec, et c'est préoccupant
, ajoute l’ancien ministre fédéral de l’environnement, Steven Guilbeault. Ce dernier souligne l’effort
du Parti québécois et de Québec solidaire pour leur plateforme électorale, tandis que trois des autres parties n'ont à peu près rien à dire là-dessus
.
Pour sa part, Henri Jacob, le cofondateur de l’Action boréale, déplore que les dirigeants considèrent le discours écologique comme non vendeur
auprès des électeurs. Je crois à l'intelligence des gens quand on les informe comme du monde
, affirme-t-il.
Le gouvernement qui sera formé devra gérer des questions environnementales et certaines sont assez pressantes.
Il donne en exemple les quantités extrêmes de pluie qui tombent de façon irrégulière chaque année
, ou encore les conflits d'usage de l’eau
dans des endroits où il n’y en a pas assez pour alimenter à la fois le secteur agricole et les lotissements résidentiels – au même moment où les besoins en logements sont criants.
Débattre des gaz de schiste, un recul
Tandis que les enjeux environnementaux ont été à peu près absents de la campagne, le débat politique québécois a vu le retour des questions sur l’exploitation des gaz de schiste.
Même si les partis ouverts à leur exploitation n’ont que peu de chance de former le prochain gouvernement, si l'on se fie à l'agrégateur de sondages Qc125, le simple fait que les hydrocarbures soient revenus dans le débat constitue un recul environnemental
, selon Marc-André Viau.
Et les ambitions de certains partis rappellent de bien mauvais souvenirs à Anne-Céline Guyon et à Marie-Josée Béliveau, qui ont mené la fronde contre les énergies fossiles à titre de co-porte-paroles de la campagne Coule pas chez nous, durant les années 2010.
Les citoyens, les communautés autochtones et une partie de la classe politique avaient finalement barré la route au projet de pipeline Énergie Est de TransCanada.
Mme Guyon déplore l’instrumentalisation
du contexte géopolitique actuel et de la peur totalement justifiée [...] chez monsieur et madame Tout-le-Monde
pour ranimer la possibilité de relancer l’exploitation des gaz de schiste.
On l'a eu ce débat de société là au Québec [et] au-delà des enjeux environnementaux, on avait aussi mis de l'avant que, économiquement parlant, ce n'était pas porteur pour le Québec de se lancer dans cette filière. Et au niveau économique, rien n'a réellement changé.
Peu a changé, sinon que des avancées technologiques permettent de meilleurs rendements économiques aux entreprises qui exploitent les gaz de schiste. Sur le plan environnemental toutefois, l’évolution se limite à des procédés de recyclage des liquides de fracturation pour l’instant très coûteux.
Sur la question de la souveraineté énergétique, il n’y a pas de joueur québécois prêt à exploiter une éventuelle filière du schiste, donc ce serait des entreprises étrangères
, a ajouté celle qui est aujourd’hui analyste climat pour Nature Québec.

Les militants de Coule pas chez nous s'opposaient au tracé d'un pipeline qui aurait traversé le Québec en passant sous le fleuve Saint-Laurent. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Denis Babin
Sa collègue, Marie-Josée Béliveau, mentionne le dossier Northvolt comme un exemple frappant de la manière dont les questions écologiques ont été occultées durant la campagne.
Northvolt a été abondamment discuté, mais exclusivement sous l'angle du fiasco économique. Les partis ont fait fi de la perte de milieux humides et des questions sur l’avenir du site, fait remarquer Mme Béliveau, qui avait participé à des manifestations avant que le chantier montérégien de la filière batterie ne soit interrompu dans la foulée de la faillite de la multinationale suédoise.
Qu'est-ce qu'on va faire par la suite avec ce terrain-là qui a été en partie saccagé, mais qui possède encore beaucoup de valeurs écologiques?
s'interroge Mme Béliveau, qui est aujourd'hui enseignante au Cégep Ahuntsic.
On ne lâchera pas
, dit-elle, laissant entendre que les manifestants discutent de refaire des actions, de se faire entendre, de mobiliser les citoyens
.
Le remède contre l'écoanxiété d’Henri Jacob
Des gouvernements qui se succèdent, Henri Jacob en a vu plusieurs au fil du temps. L'homme milite depuis les années 1970 et préside aujourd’hui l’Action boréale, un organisme de défense de la forêt qu’il a cofondé avec le chanteur Richard Desjardins après son documentaire L’Erreur boréale.
Quand Radio-Canada l’a joint au téléphone, M. Jacob rentrait du bureau de scrutin. Il venait de voter par anticipation. À la question environnementale, tu essaies de voir quel [parti] est le moins dommageable
, concède-t-il.

Henri Jacob milite pour l'environnement depuis sa jeune vingtaine.
Photo : Radio-Canada / Martin Guindon
Parmi les sujets les plus pressants comptent les changements climatiques et la perte de biodiversité, deux enjeux imbriqués, explique M. Jacob.
Quand la biodiversité diminue, les écosystèmes sont moins résilients pour accumuler le CO2
, souligne-t-il en citant en exemple la question des coupes immenses
dans les forêts. La protection du territoire est l’outil tout indiqué pour se protéger des changements climatiques, affirme-t-il.
D’ailleurs, M. Jacob dit constater une augmentation de l’écoanxiété depuis qu’il a commencé à militer, surtout chez les jeunes. Comment la combattre?
Sur la question de la fatigue environnementale et de l'écoanxiété, il y a quelque chose qui fonctionne. C'est simple, c’est s’impliquer.
Tout au long de sa vie de militant, il a observé que les avancées environnementales s'obtiennent toujours grâce à la mobilisation des gens. Il encourage la population à talonner tous les ordres de gouvernement.
La nature dans la machine politique
Steven Guilbeault a lui aussi son mot à dire sur le cynisme des électeurs en matière d’environnement.
M. Guilbeault a porté certaines questions environnementales au Parlement fédéral, dans le gouvernement de Justin Trudeau, avant de quitter le caucus libéral à cause de la façon d'aborder la lutte contre les changements climatiques du nouveau premier ministre Mark Carney.
Le Canada continue de lutter contre les changements climatiques, mais beaucoup moins qu'il ne le faisait
, déclare-t-il.

Steven Guilbeault avait d'abord quitté le Conseil des ministres dans la foulée d'une entente entre Ottawa et l'Alberta ouvrant la voie à la construction d’un nouvel oléoduc. (Photo d'archives)
Photo : La Presse canadienne / Patrick Doyle
Malgré cette tournure, celui qui avait fondé Équiterre en 1993, bien avant de faire le saut en politique, persiste à croire en la machine politique comme levier de changement.
Si je n'étais pas allé en politique, je n'aurais pas pu aider à convaincre 194 pays à Montréal de s'engager à protéger 30 % de la planète.
Il défend d’autres dossiers sur lesquels il a travaillé, comme l'enchâssement du droit à un environnement sain dans la loi canadienne et l'interdiction des plastiques à usage unique.
L’important, selon M. Guilbeault, c'est que les partis se fixent des objectifs précis sur lesquels ils s’engagent à travailler. En général, les partis politiques vont respecter à peu près 80-85 % de leurs engagements
, indique-t-il.
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