Les nouvelles ambitions présidentielles de Kamala Harris
Les dernières semaines de la campagne pour les élections de mi-mandat aux États-Unis sont-elles en train de devenir l’occasion pour Kamala Harris de préparer localement son retour au-devant de la scène politique nationale ? Les signes se multiplient depuis quelques jours, laissant croire à un positionnement stratégique de la démocrate, défaite par Donald Trump en 2024, en vue du scrutin présidentiel de 2028.
La principale intéressée ne cache pas son intérêt à reprendre la longue route vers la Maison-Blanche, sans toutefois dévoiler clairement son jeu. Pour le moment.
En avril dernier, lorsque le révérend Al Sharpton lui avait demandé si elle comptait se présenter à l’élection présidentielle de 2028, elle a répondu : « C’est possible. J’y réfléchis. » C’était lors du congrès du National Action Network à New York.
La réflexion suit désormais son cours sur le terrain politique des élections de mi-mandat, où Kamala Harris a décidé d’accroître sa présence à quelques jours du vote. La semaine prochaine, l’ex-vice-présidente américaine va y accélérer sa présence en passant par le Nevada pour soutenir la candidature d’Aaron Ford au poste de gouverneur de l’État. L’homme est devenu en 2019 le premier procureur général afro-américain de cet État. Le choix du Nevada n’est pas anodin, puisqu’il constitue la deuxième étape des primaires présidentielles de 2028, juste après la Caroline du Sud.
L’emploi du temps de Kamala Harris comprend d’ailleurs à Las Vegas une rencontre avec les dirigeants et quelques membres de la Culinary Workers Union, le très puissant syndicat des travailleurs de l’hôtellerie et de la restauration, une organisation politique fortement ancrée dans le camp démocrate et incontournable pour réussir une campagne présidentielle dans ce coin de pays.
Le lendemain, Mme Harris sera au Mississippi pour soutenir la campagne de Scott Colom, étoile montante au sein du Parti démocrate. Il aspire à devenir le premier sénateur afro-américain de cet État depuis la guerre de Sécession. Elle va poursuivre sa route vers la Géorgie pour trois autres jours de campagne aux côtés des candidats démocrates locaux. De là, elle prévoit un événement virtuel pour mobiliser le vote en faveur d’Angie Nixon, candidate au poste de sénatrice de la Floride.
Mme Nixon est une figure forte de la mouvance des socialistes démocrates qui s’affirme de plus en plus au sein du parti — une frange de l’électorat dont Kamala Harris, plus proche du sérail modéré de la formation politique, va certainement avoir besoin pour remporter la primaire.
« Se rendre dans les États où se tiennent les premières primaires et caucus, comme le Nevada, est l’un des signes les plus évidents qu’un candidat envisage de se présenter à la présidence », résume le politicologue Christopher Devine, joint cette semaine par Le Devoir à l’Université de Dayton, en Ohio.
La candidate en tête
La semaine dernière, les données d’un sondage Focaldata-Financial Times plaçaient Kamala Harris en tête de file des candidats démocrates à la présidentielle de 2028. Elle est soutenue par 30 % des Américains interrogés et devance de 15 points le gouverneur de la Californie, Gavin Newsom. Elle maintient aussi la distance face à la représentante de New York Alexandria Ocasio-Cortez (9 %), à l’ex-secrétaire aux Transports Pete Buttigieg (9 %) et au sénateur de la Géorgie Jon Ossoff (8 %).
« Kamala Harris bénéficie d’une bonne popularité auprès des démocrates à l’approche des primaires présidentielles de 2028 », dit M. Devine. « Mais à ce stade du cycle électoral, il faut rester prudent. Sa défaite face à Donald Trump a réduit quelque peu son attrait pour des démocrates qui aspirent depuis à de nouveaux candidats et à une nouvelle orientation pour le parti. »
En 2024, Kamala Harris a été contrainte de mener une campagne présidentielle à la hâte — et en « 107 jours » à peine, comme le rappelle le titre d’un récent essai dans lequel elle décrypte sa défaite. Rappelons que l’ex-vice-présidente des États-Unis avait succédé au pied levé à Joe Biden après le départ soudain du président en pleine campagne électorale et au lendemain d’un débat télévisé catastrophique qui avait plus mis en lumière sa santé fragile que son bilan politique.
« Il est probable que plusieurs démocrates veulent lui donner une deuxième chance », poursuit M. Devine.
« À moins de trois semaines des élections de mi-mandat et alors que le vote anticipé a déjà commencé dans tout le pays, il est normal de voir la vice-présidente, ainsi que d’autres personnalités du Parti démocrate, mettre tout en œuvre pour encourager la participation électorale sur le terrain », tempère toutefois en entrevue la conseillère politique démocrate Donna Brazile, ex-présidente du comité national du parti. « Il y a beaucoup de spéculations sur la candidature de Kamala Harris qui détournent l’attention sur les élections de mi-mandat. La course à l’investiture est encore très ouverte et, après ces élections, nous devrions voir une augmentation significative du nombre de candidats se préparant pour la primaire présidentielle de 2028. »
L’an dernier, sur les ondes de la BBC, Kamala Harris avait assuré ne pas avoir « dit [son] dernier mot » sur la scène politique fédérale, affirmé que ses petites-nièces verraient « assurément » une femme présidente de leur vivant et noté que cette présidente pourrait « éventuellement » être elle. « J’ai consacré toute ma carrière au service des autres », avait-elle dit. « C’est dans [mon] ADN. »
Selon le Wall Street Journal, Kamala Harris a renforcé son équipe de conseillers politiques, avec une nouvelle chef de cabinet, Candace Bond, ancienne ambassadrice à Trinité-et-Tobago sous le gouvernement Biden, et un nouveau directeur des communications, Eduardo Negrón, qui a travaillé à rapprocher le vote hispanique des démocrates dans les dernières années. Elle travaille depuis un an avec Brian Fallon, un stratège démocrate qui a participé à sa campagne présidentielle de 2024 et multiplie les rencontres avec les grands donateurs du Parti démocrate tout comme les apparitions lors de plusieurs campagnes de financement partout au pays.
« Je n’ai pas encore décidé si je me représenterai », a laissé tomber Mme Harris durant un événement politique au Michigan le mois dernier. « Mais je suis convaincue que les élections de 2028 n’auront aucune importance si nous ne remportons pas celles de 2026. »
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