Les coulisses d’une nuit de crise pour tenter de boucler le budget fédéral : une menace plane sur Bart De Wever, « il pourrait donner un gros coup de pression »

Ce devait être une nuit décisive pour l’avenir du gouvernement fédéral. Elle s’est achevée sans accord. Après un week-end consacré à tenter de rapprocher les positions des cinq partis de l’Arizona, Bart De Wever avait réuni ses vice-Premiers ministres dimanche soir pour sortir de l’impasse budgétaire.
Le Premier ministre avait préparé le terrain en multipliant les entretiens bilatéraux avec ses partenaires. Dimanche soir, il leur a présenté un document qualifié de « best and final offer », autrement dit sa meilleure et dernière proposition.
Selon les informations recueillies par Sudinfo auprès d’un des vice-Premiers ministres, Bart De Wever était prêt à prolonger les discussions toute la nuit pour régler les derniers désaccords, pour autant qu’ils portent sur des montants limités. Dix, trente ou même cinquante millions d’euros pouvaient encore être négociés. Mais les divergences étaient bien plus profondes. Et, au fil des heures, le constat s’est imposé : impossible de trouver un terrain d’entente.
Le MR veut un milliard de taxes en moins
C’est notamment sur le volet fiscal que les discussions ont achoppé. Le MR, qui répète son opposition à toute augmentation de la pression fiscale, maintient une ligne particulièrement ferme.
Selon nos informations, les libéraux francophones réclament environ un milliard d’euros de recettes fiscales en moins par rapport à la proposition de Bart De Wever. Une exigence qui ne passe pas auprès des autres partenaires, lesquels considèrent qu’elle compromettrait l’équilibre général du budget.
Le dossier de la TVA constitue un autre point de crispation. Au sein de la coalition, certains reprochent au MR son intransigeance sur cette question, qui aurait privé l’État de plus de deux milliards d’euros de recettes potentielles. Et si ces recettes ne peuvent pas être obtenues de cette manière, les autres partis attendent des libéraux qu’ils acceptent des mesures alternatives.
Du côté du MR, on défend toutefois une tout autre lecture de la situation. « On monte en pression », reconnaît-on chez les libéraux. Mais le parti estime que « le volume de taxes sur la table reste beaucoup trop élevé et bien au-delà de l’accord de gouvernement ». Pour le MR, la priorité doit être donnée aux réformes structurelles permettant de réduire les dépenses publiques plutôt qu’à de nouvelles recettes fiscales. Les libéraux plaident ainsi pour une relance de la croissance, un soutien à la compétitivité des entreprises, à la création d’emplois et aux travailleurs. « Refuser de faire de véritables réformes pour réduire la dépense publique condamne le pays à creuser un déficit toujours plus grand que les impôts ne peuvent plus rattraper », insiste-t-on au MR, qui considère que seul un effort structurel sur les dépenses permettra de rétablir durablement l’équilibre budgétaire.
Des taxes qui visaient les plus riches
Contrairement à ce que pourrait laisser penser le débat politique, plusieurs propositions fiscales mises sur la table ne concernaient pas directement les travailleurs, même ceux bénéficiant de bons salaires.
Selon les informations de Sudinfo, les pistes comprenaient notamment un doublement de la taxe sur les plus-values, une augmentation de l’« exit tax », applicable lorsqu’une société quitte le pays, ou encore une taxe sur les opérations boursières (TOB). À cela s’ajoutait une limitation de certains avantages fiscaux des sociétés de management.
L’objectif était de faire contribuer davantage les contribuables les plus fortunés et certains acteurs économiques disposant de moyens importants.
Mais le MR reste opposé à plusieurs de ces mesures. Une position qui commence à sérieusement agacer ses partenaires. Certains membres du gouvernement auraient d’ailleurs mis en garde contre les risques pour la cohésion sociale si les plus favorisés ne contribuaient pas suffisamment aux efforts. La situation en France a notamment été évoquée comme un avertissement.
Les soins de santé, autre point de rupture
Le volet fiscal n’est pas le seul obstacle. Les économies envisagées dans les soins de santé constituent un autre point de blocage majeur.
Selon nos informations, le MR souhaiterait faire porter plusieurs milliards d’euros d’efforts sur ce secteur. Une orientation qui se heurte aux réticences de Vooruit et des Engagés.
Ces deux formations ne refusent pas le principe d’économies. Elles seraient notamment disposées à revoir la norme de croissance des dépenses de soins de santé, jugée trop généreuse, mais de manière nettement plus limitée.
D’autant que d’autres mesures budgétaires pourraient également peser sur le secteur, alors que le vieillissement de la population entraînera une augmentation des besoins.
C’est donc bien la répartition globale des efforts qui pose problème. D’un côté, le MR souhaite limiter les recettes fiscales. De l’autre, ses partenaires refusent de concentrer les économies supplémentaires sur des secteurs aussi sensibles que les soins de santé.
Pourquoi De Wever refuse de descendre à neuf milliards
Face à cette impasse, Bart De Wever pourrait réduire ses ambitions budgétaires pour permettre à chacun de sauver la face. Mais le Premier ministre ne veut pas entendre parler d’un tel scénario.
Selon nos informations, il refuse de ramener l’effort de dix à neuf milliards d’euros simplement pour satisfaire les exigences du MR.
Accepter une telle réduction reviendrait, à ses yeux, à reconnaître que la coalition n’est pas capable de prendre les mesures nécessaires pour redresser les finances publiques. Un signal jugé problématique, notamment vis-à-vis des marchés financiers.
Une menace plane sur l’avenir du Premier ministre
Jusqu’où cette crise peut-elle aller ? La possibilité d’une démission de Bart De Wever plane sur les négociations. Mais rien ne permet d’affirmer qu’il a décidé de franchir ce pas.
Un rendez-vous avec le Roi est prévu ce lundi matin. Une rencontre qui n’a toutefois rien d’exceptionnel : le Premier ministre dispose d’une audience hebdomadaire avec le souverain, habituellement fixée à 9h30.
Reste que le contexte politique donne à ce rendez-vous une dimension particulière. La perspective d’une crise gouvernementale pourrait aussi accentuer la pression sur les partenaires et les inciter à revoir leurs exigences.
Car, au-delà des chiffres, c’est désormais la confiance entre les cinq partis qui est mise à l’épreuve. La « dernière offre » de Bart De Wever n’a pas suffi. Et ce lundi matin, l’Arizona se retrouve toujours dans l’impasse.
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.