Des promesses aux chiffres, qui comblera l’écart en immigration?
Au lendemain des élections, les entreprises collectives cherchent à comprendre comment les promesses en immigration rejoindront la réalité des chiffres.
Quand une personne âgée ouvre sa porte à une aide à domicile, ce n’est pas une politique d’immigration qui entre chez elle. C’est une personne. Elle peut être née à Québec, à Trois-Rivières, à Dakar ou à Bogotá. Ce qui compte, c’est qu’elle soit là, avec les compétences et la volonté d’aider cette personne à demeurer chez elle le plus longtemps possible, dans la dignité.
Un nouveau gouvernement s’installe et, avec lui, l’occasion de repartir sur des bases plus claires. C’est dans cet esprit, sans procès d’intention, que nous lui posons quelques questions. Car, à ce stade, quelque chose nous échappe.
Dans bien des villages et des quartiers, le dernier service qui tient encore, l’épicerie, la résidence, l’aide à domicile, appartient à une coopérative ou à un organisme sans but lucratif. Là où le marché s’est retiré et où l’État n’agit pas, des citoyens se sont organisés pour se doter d’une réponse, ensemble, à leurs besoins. Ces entreprises collectives ont un point en commun : elles restent. Elles ne se délocalisent pas quand la rentabilité fléchit. C’est leur force, et c’est aussi ce qui les rend vulnérables aux décisions prises en matière d’immigration.
Elles ont pourtant fait ce qu’on leur demandait. Devant des postes impossibles à pourvoir localement, elles ont recruté à l’étranger, dans les règles, puis investi pour former, franciser et intégrer des personnes aujourd’hui bien ancrées dans leur milieu. En retour, elles ont eu droit à l’abolition, sans préavis, du Programme de l’expérience québécoise, à sa réintroduction partielle sous la pression, à des critères modifiés en cours de route et à des gouvernements qui se renvoyaient la balle.
Soyons clairs : la capacité d’accueil du Québec, la crise du logement et l’avenir du français sont des préoccupations légitimes. Ce n’est pas le principe d’un meilleur encadrement qui est en cause, c’est la manière. Pour une entreprise, l’imprévisibilité est toxique. Pour une entreprise collective, c’est un poison.
La seule chose qui leur reste
Une entreprise privée qui perd sa main-d’œuvre peut ralentir ou déplacer ses activités. Une entreprise collective, elle, propriété de ses membres et de sa communauté, ne le peut ni ne le veut. Il ne lui reste qu’une option : réduire les services. On le voit déjà dans les services de proximité, en agroalimentaire, en transformation, en tourisme et dans les services aux personnes. Et quand elle coupe, personne ne prend la relève. Derrière chaque poste non renouvelé, il y a des citoyennes et des citoyens qui écopent. Souvent les plus vulnérables, et souvent en région.
Quelque chose nous échappe
Partons des chiffres. Le Québec compte 123 700 postes vacants, selon l’Institut de la statistique du Québec. En 2025, on y a enregistré 78 200 naissances et 80 450 décès : il meurt désormais plus de gens qu’il n’en naît. Avec 1,36 enfant par femme, loin des 2,1 nécessaires au renouvellement des générations, le Québec ne se renouvelle plus par lui-même.
Or, le nouveau gouvernement veut abaisser le seuil d’immigration permanente à 35 000 personnes par année, contre 45 000 prévues pour 2026, et réduire de moitié l’immigration temporaire. Nous comprenons ce qui motive ces choix. Mais nous faisons le calcul, et il ne tombe pas juste. Alors, nous osons poser la question : comment va-t-on faire ? Qui occupera ces postes ? Qui sonnera chez cette dame de Rimouski, mardi matin, pour l’aider à prendre son bain ?
On nous répondra d’embaucher ici. Nous le souhaitons aussi, mais pour bon nombre de ces postes, les candidats d’ici ne sont pas présents.
Le gouvernement veut choisir ses futurs résidents permanents parmi les temporaires déjà installés ici. Tant mieux : ce sont justement ceux que nos entreprises ont formés et francisés. Mais comment compte-t-il les garder d’ici là ?
Peut-être la réponse existe-t-elle et nous ne la voyons-nous pas encore. Si c’est le cas, il faudrait nous l’expliquer.
Une question de stabilité
D’ici là, nous ne souhaitons rien de révolutionnaire : des règles stables plutôt que des revirements ; une lecture des besoins par secteurs et par régions plutôt que des moratoires mur à mur ; la priorité aux recrutements qui répondent aux besoins essentiels des communautés ; et une voie vers la permanence pour celles et ceux qui ont choisi le Québec, et que le Québec est allé chercher. Nous offrons au gouvernement toute notre collaboration pour y arriver.
Ces travailleuses et ces travailleurs ne demandent qu’une chose : rester. C’est aussi ce que les entreprises collectives font depuis plus d’un siècle. On ne délocalise pas un village. On ne devrait pas non plus le priver de celles et ceux qui lui sont indispensables.
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