Des aînés dans l’incertitude : leur résidence délabrée fermera dans 1 an

« Il faudrait que j'annonce à des gens très vulnérables que leur résidence qui est leur milieu de vie, comme leur maison, va fermer dans 12 mois et que je n'ai aucune solution. »
Au moment du passage de Radio-Canada, Bruno Dion, porte-parole de l’administration provisoire du Domaine des Pionniers, n’avait d’ailleurs pas encore osé aviser les 108 résidents qu’ils devront déménager l’automne prochain.
La seule solution viable repose sur des budgets qu’Ottawa et Québec tardent à approuver pour édifier, un jour, une nouvelle résidence.
Or, entre-temps, difficile de trouver où reloger les résidents dans une région où il y a 0,7 % de taux d'inoccupation et dont certains n'ont aucune famille
, souligne Bruno Dion.
C'est difficile de vivre ça.
Bruno Dion est porte-parole de l’administration provisoire du Domaine des Pionniers.
Photo : Radio-Canada
Un immeuble jugé non sécuritaire
Cet ancien hôtel-motel, construit en 1959, a été converti en résidence pour aînés dans les années 1990. Deux ailes y ont été ajoutées en 2007.
Toutefois, l’état actuel du bâtiment ne permet plus d’assurer la sécurité à long terme des aînés.
Des inspections effectuées à la demande de la résidence des Pionniers, en février et juin derniers, ont permis de constater une dégradation importante de plusieurs composantes
, tant dans le bâtiment d’origine que dans les ailes plus récentes.

La résidence des Pionniers, à Val-d’Or, accueille 108 résidents.
Photo : Radio-Canada
Le rapport commandé par la résidence privée pour aînés (RPA) fait état de nombreux signes d'infiltration d'eau, d'une structure de soutien extérieure installée de façon artisanale portant des fissures visibles, ainsi que d'une dégradation avancée du revêtement extérieur et de plusieurs balcons.
C’est une vétusté anormale au regard de la date de construction du bâtiment, il y a 20 ans. On n'a pas prévu un système d'évacuation de l'eau. On est un terrain en pente, on sait qu'il y a de la neige à Val-d'Or. [...] Tout est fait pour que l’eau aille vers le bâtiment.
Selon lui, il est impossible de déposer des recours, puisqu’il affirme que l’entrepreneur et l’architecte de l’époque ne sont plus dans les affaires.

Plusieurs balcons se sont grandement détériorés.
Photo : Radio-Canada
En plus de la vétusté, c’est la capacité d’évacuation des résidents, dont plusieurs sont à mobilité réduite, qui inquiète les pompiers.
C'est un bâtiment qui n'est plus adapté à des personnes âgées autonomes
, explique Éric Hébert, directeur du Service de sécurité incendie de Val-d'Or.
Il rappelle qu’une évacuation normale génère déjà des risques de 10 à 15 % de blessures, en raison de la nervosité. Mais là, on vient d'augmenter ce pourcentage-là avec des gens qui sont à mobilité réduite.
Les pompiers ont avisé la Régie du bâtiment du Québec (RBQ), qui confirme avoir été informée de la situation le 17 juillet dernier et qui suit le dossier depuis.

À certains endroits, le béton présente des fissures, et l’armature d’acier est par endroits exposée.
Photo : Radio-Canada
Des travaux en guise de soins palliatifs
pour gagner un an
Des travaux de 1,5 million de dollars ont été réalisés en ce qui a trait à la structure, au drainage, à la plomberie et à l'électricité, afin de maintenir dans un état acceptable le bâtiment pour la prochaine année, le temps de trouver comment déplacer les résidents.
Ce sont des soins palliatifs pour espérer qu’il y ait statistiquement moins de chance que les inondations du printemps dernier ne se reproduisent pas
, ajoute Bruno Dion.
Il pense ici au dernier dégel, quand il y avait eu jusqu'à 15 cm (6 po) d’eau au rez-de-chaussée et dans des logements, ce qui avait provoqué des moisissures.

La salle à manger de la résidence des Pionniers
Photo : Radio-Canada
Dans la salle à manger, les résidents interrogés lors de notre passage ne savent pas encore ce qui les attend. Cependant, l’usure des bâtiments ne les inquiète pas. Et, surtout, ils ne veulent pas déménager.
Herman Saucier souhaite rester dans la résidence qu’il habite depuis sept ans, bien que son appartement ait été inondé.
Maurice Brault, lui, a toujours vécu à Val-d'Or. Pour lui, déménager serait un gros problème
. Je devrais payer 400 $ à 500 $ de plus; je suis bien ici
, dit-il.
À mon âge, on ne bouge plus.

Thérèse Sioui Destupeau souhaite rester dans sa résidence, à proximité de sa fille.
Photo : Radio-Canada
Lorraine Audette a aussi confiance en l’avenir, car, pour plusieurs, rappelle-t-elle, cette résidence représente le dernier chez-eux de leur vie : Ils ont laissé leur loyer, ils viennent ici sans meuble ni souvenir et savent qu'ils s'en vont l'autre bord après, alors il faut respecter cela.
Quelques heures avant la diffusion du reportage, les résidents ont finalement été avisés de la situation, et des travailleurs sociaux ont été dépêchés sur place afin de les soutenir.
Une course contre la montre difficile à gagner
Il existe un espoir que les résidents puissent être relogés dans une nouvelle RPA d’ici un an, mais il est mince.
Juste après les inondations majeures, au printemps dernier, Lily-Katryne Comtois, d'Accès Patrimmo, un organisme à but non lucratif (OBNL) de la région spécialisé dans les logements abordables, a été approchée en urgence.
L’entreprise, qui travaillait déjà sur un projet, a décidé de le transformer pour y accueillir la future RPA. Or, pour livrer le tout dans un an, impossible d’opter pour une construction conventionnelle.
Avec le préfabriqué ou l'acier léger préfabriqué, ça pourrait être prêt dans un an, estime Mme Comtois. On était supposés commencer le 21 septembre pour être en mesure de terminer les fondations avant les vacances de Noël, mais [on a besoin] d'avoir au moins un financement intermédiaire pour débuter la construction.
Encore faudrait-il avoir l’argent pour le faire.
Selon l’OBNL, les 170 trois et demie prévus dans le projet coûteraient entre 9 millions et 17 millions de dollars, des montants qui doivent faire l’objet de subventions des deux ordres de gouvernement. Or, ni le programme fédéral Maisons Canada ni la Société d’habitation du Québec n’ont voulu donner de détails sur l’avancement du financement.
Ça presse. […] On ne pourra plus construire dans un mois ici
alors que l’hiver approche, fait valoir le maire Serge Allard.

Serge Allard est maire de Val-d'Or.
Photo : Radio-Canada
Si jamais on devait fermer pour cause de pérennité du bâtiment, on n'a pas d'endroit; les autres résidences sont pleines ici, il n'y a pas de logements qu'on peut faire. On ne peut pas envoyer les gens à Montréal.
Selon lui, cette situation illustre le dédain de Québec pour l'Abitibi, qu’il décrit comme une des régions les moins bien traitées en matière de santé et d'infrastructures routières.
On a quatre candidats péquistes élus, là, dit-il. J'ai hâte de voir si ça va changer par rapport aux quatre candidats caquistes qu'on avait avant.
Interrogé sur le dossier de la résidence des Pionniers, le gouvernement n’a pas souhaité réagir.
Selon le Réseau québécois des OSBL [organismes sans but lucratif] d'habitation (RQOH), ce cas illustre autant le manque de suivi dans l’entretien des infrastructures que l’incapacité du gouvernement à réagir en cas de crise.
Il nous faudrait un fonds supplémentaire pour intervenir en cas de crise en amont, bien avant qu'on en arrive à cette situation-là
, conclut Nancy Croussette, directrice générale du RQOH.
À lire aussi :
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.