Fonderie Horne à Rouyn-Noranda | Un parfum de plastique brûlé et de chlore dans l’air

(Rouyn-Noranda) Plastique brûlé et chlore : c’est ainsi que les résidants de Rouyn-Noranda décrivent les odeurs qui se sont répandues dans la ville ces derniers jours. Personne ne peut dire exactement ce qu’ils ont respiré, mais la Fonderie Horne, montrée du doigt pour ses opérations de recyclage de rebuts électroniques, affirme que les habitants n’ont rien à craindre.
Publié à
Émilie Parent-Bouchard Collaboration spéciale
Sur les réseaux sociaux, des résidants rapportent la présence d’odeurs jusqu’à Granada et D’Alembert, deux quartiers ruraux situés à 8 et 16 kilomètres de la fonderie.
« Je n’ai pas l’habitude de chialer sur l’odeur, mais [samedi], c’était vraiment dégueulasse. Ça sentait le plastique brûlé et ça pognait à la gorge », s’indignait Chantale Cormier.
On nous suggère de ne pas sortir quand il y a des incendies de forêt et ça sent [beaucoup] moins fort qu’aujourd’hui.
« Une ville au complet qui sent subitement le plastique brûlé, ce serait la moindre des choses d’être informés ! », ajoutait Valéry Sicard. L’odeur a été détectée à partir du 23 septembre et a persisté jusqu’au début de cette semaine.
La cause probable : une « réaction » dans un amas « de matériel électronique entreposé dans le secteur de réception des matériaux recyclés, qui dégageait une odeur s’apparentant à celle du chlore », a écrit à La Presse Fabrice de Dongo, porte-parole de Glencore, qui exploite la Fonderie Horne.
Dans des courriels envoyés à certains citoyens ayant signalé l’odeur, la fonderie parlait plutôt de « légère surchauffe » de tablettes, téléphones, ordinateurs périmés « dégageant une odeur qui pouvait ressembler au chlore ou au brome ».
En plus des concentrés de cuivre issus de mines, la Fonderie Horne utilise quelque 110 000 tonnes de matériel recyclé contenant du cuivre pour mener ses opérations. Cela dure depuis 1984 et pourrait aller en augmentant, la demande mondiale de cuivre étant en hausse.
L’entreprise assure que des « tests de gaz ont été effectués en continu afin de pouvoir confirmer qu’il n’y avait pas d’enjeu » et assure avoir rapidement agi pour « contenir la réaction et limiter les odeurs. Le matériel concerné a été retiré de la zone, isolé puis arrosé afin de le stabiliser », affirme M. de Dongo.
Malgré des actions d’« atténuation des odeurs » et des « mesures de qualité de l’air », comme les décrit M. de Dongo, l’odeur a perduré jusqu’au début de cette semaine.
La Direction de santé publique de l’Abitibi-Témiscamingue (DSpu-AT), qui s’est rendue sur le site de la fonderie à la suite de signalements de la population, ne peut « déterminer avec précision l’ampleur ni la nature du risque pour la santé associé aux substances qui auraient pu être émises dans l’air », nous a-t-elle informée par courriel.
Samedi, les pompiers se sont rendus sur place sans intervenir. « Il y avait de la matière recyclée d’où se dégageait une fumée sans nécessairement avoir de flammes, [mais] la situation était sous contrôle », rapporte le directeur du service de sécurité incendie Stéphane Royer, qui précise qu’un incendie survenu au site d’enfouissement technique de Rouyn-Noranda dimanche n’est pas lié aux odeurs.
Peu de moyens de savoir
La Santé publique admet que « les systèmes de surveillance en place ne permettent pas nécessairement de détecter ni de quantifier l’ensemble des contaminants pouvant être émis ». C’est que les stations d’échantillonnage de la qualité de l’air du gouvernement, comme celles de la fonderie, ne détectent qu’une poignée de contaminants comme le dioxyde de soufre, le dioxyde d’azote ou les particules fines. Et les résultats d’analyse sur les métaux et métalloïdes, comme l’arsenic qui est au cœur des débats sur la fonderie, pourraient quant à eux « nécessiter plusieurs jours, voire plusieurs semaines », écrit la Santé publique.
« Lorsque ces matières (métaux, plastiques) sont chauffées ou brûlées, elles peuvent entraîner des effets compatibles avec les symptômes » rapportés à la Santé publique, notamment des « maux de tête, des nausées et l’irritation des yeux et de la gorge », ajoute-t-on.
Le ministère provincial de l’Envronnement, qui a reçu une centaine de signalements, dit avoir « rapidement effectué un suivi de la problématique » et confirme que les « matériaux concernés ont été déplacés dans un dôme et arrosés ».
Son analyseur de gaz atmosphériques à l’état de trace (TAGA), qui permet de mesurer une trentaine d’autres contaminants atmosphériques, dont les dioxines et les furanes, n’a toutefois pas été déployé sur place. Selon Santé Canada, ces deux « substances chimiques toxiques » peuvent être générées lors d’activités métallurgiques ou l’« incinération de déchets ».
« La population de Rouyn-Noranda ne devrait pas avoir à deviner ce qu’elle respire. La combustion de certains plastiques et matériaux électroniques peut émettre des contaminants toxiques, notamment des dioxines et des furanes », fait valoir Daniel Proulx, directeur de l’Observatoire national sur les incidences des émissions de contaminants sur la santé et l’environnement (ONICSE) de l’UQAT. « Il faut se donner les moyens de vérifier si ces substances sont présentes dans l’air. »
M. Proulx ajoute que les « tests de gaz » effectués par la Fonderie Horne ne suffisent pas pour démontrer l’« innocuité des émanations ».
C’est aussi l’avis de la Santé publique, qui « estime qu’une caractérisation complémentaire de l’air ambiant aurait permis de mieux documenter les contaminants potentiellement émis ».
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