La véritable confiance prend racine dans la collaboration
Le Québec vient d’élire un gouvernement minoritaire, une possible source d’instabilité pour notre province. Cependant, j’y vois aussi une occasion pour nos élus d’apprendre à travailler ensemble pour nous, les citoyens, en reconnaissant pleinement notre diversité. Ce serait l’occasion de délaisser une logique de gouvernance héritée de l’ère industrielle pour explorer des façons de faire mieux adaptées à notre monde de plus en plus complexe et interrelié. Serait-il possible pour nos politiciens de regagner notre confiance en démontrant leur capacité à collaborer entre partis autour de thèmes rassembleurs, plutôt que de continuer à alimenter des discours populistes dans l’espoir d’obtenir une majorité aux prochaines élections ?
On m’accusera peut-être d’optimisme naïf. Je l’assume : c’est probablement une déformation professionnelle.
Je suis médecin aux soins intensifs pédiatriques. J’accompagne des enfants gravement malades et leurs familles, parfois dans les pires moments de leur vie. J’ai vu des situations qui semblaient désespérées s’améliorer bien au-delà de nos attentes. Peu de choses me touchent autant que de voir notre équipe, composée de professionnels aux expériences, aux expertises et aux opinions différentes, s’unir en situation de crise pour soutenir un enfant et sa famille. Nous ne sommes pas toujours d’accord, mais notre priorité n’est jamais de prouver qui a raison. Au contraire, nous savons qu’en confrontant nos idées et en collaborant, nous trouvons ensemble de meilleures solutions.
J’ose imaginer deux priorités autour desquelles nos élus pourraient se rassembler.
Tout d’abord, notre réseau public de la santé me semble un excellent point de départ. Investissons intelligemment, en collaboration avec les gens du terrain. Nous sommes nombreux à lever la main pour contribuer concrètement à son amélioration, à condition qu’on écoute réellement notre expertise.
Nous faisons face à des pénuries criantes de main-d’œuvre ? Pourquoi ne pas travailler à stabiliser nos effectifs en accélérant l’accès à la résidence permanente pour les travailleurs immigrants temporaires déjà présents sur notre territoire, dans nos hôpitaux et de nombreux services connexes ? Ensuite, nous devons nous pencher sur des mesures de rétention de notre personnel, plutôt que de mettre nos énergies à en former davantage.
Il nous faut également dépasser la fausse opposition entre centralisation et décentralisation. Nous avons besoin d’une coordination provinciale pour certains services, d’outils communs et d’une vision d’ensemble, tout en laissant aux équipes l’autonomie nécessaire pour prendre des décisions au plus près des patients. Je crois personnellement que Santé Québec pourrait être réorientée pour réduire l’hypercentralisation des décisions, tout en renforçant la coordination provinciale là où elle est nécessaire. Sa priorité devrait être d’améliorer l’accès aux services publics plutôt que de favoriser un recours accru au privé. Elle pourrait également contribuer à une meilleure reconnaissance des particularités des soins pédiatriques, comme l’ont demandé plus de 200 signataires d’une récente lettre ouverte.
Ensuite, j’ose espérer qu’investir dans la prévention et la santé globale de nos enfants pourrait également devenir un sujet rassembleur, même si ceux-ci n’ont pas le droit de vote. Nous savons que leur santé dépend de celle de leurs proches, de leur communauté et de l’environnement dans lequel ils grandissent. Nous devons donc veiller à ce qu’ils aient un toit, de quoi manger et un accès aux soins, mais aussi soutenir les parents, les éducatrices, les enseignants et les soignants en leur offrant des conditions de travail dignes, de l’écoute et de l’autonomie.
Après tout, un enfant ne grandit jamais seul. Comme dans une forêt, son épanouissement dépend autant de ses propres forces que de la richesse du milieu qui l’entoure.
Les enfants, comme les arbres, ne choisissent pas où ils prennent racine. Certaines graines tombent au pied de l’arbre qui les a portées, tandis que d’autres voyagent très loin avant de trouver une terre d’accueil. Mais pour grandir et s’épanouir, toutes doivent pouvoir s’enraciner dans le sol qui les accueille, apprendre à connaître et à respecter ceux qui l’habitaient avant elles et tisser des liens avec le vivant qui les entoure.
Pour faire croître une forêt résiliente, nous savons également qu’il ne suffit pas de planter des arbres identiques. Il faut permettre à chacun de trouver sa place et de contribuer à la richesse de l’ensemble. Notre force ne vient pas de notre uniformité, mais de notre capacité à cultiver la curiosité, à reconnaître notre interdépendance et à grandir ensemble. Il en va de même pour notre société.
Je suis convaincue qu’avec une collaboration sincère, un leadership humble et une véritable vision d’avenir, nos partis politiques pourraient gagner durablement la confiance des Québécois. Après tout, le leadership qui inspire le plus confiance n’est pas celui qui prétend toujours avoir raison, mais celui qui sait réunir les compétences et les perspectives de chacun pour accomplir quelque chose de plus grand que soi.
Rappelons-nous que, lorsqu’un parti est majoritaire et que tous ses députés suivent la même ligne de parti, à l’image d’une plantation d’épinettes alignées en rangs, il suffit parfois d’un fort vent électoral pour faire tomber tous les arbres d’un coup. Plutôt que de chercher à tout prix l’uniformité et la prochaine victoire électorale, ne serait-il pas plus sage de réinventer nos façons de faire pour laisser davantage de place à la diversité des idées, à la collaboration et à la capacité de changer d’avis ?
Peut-être suis-je naïve. Mais comme je le constate au sein de mon équipe aux soins intensifs pédiatriques, je sais que c’est notre capacité à agir collectivement avec compassion qui peut réellement faire des miracles.
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