Santé des enfants au Canada | Le rapport d’un organisme réclame une refonte du système

Les enfants et les jeunes attendent de plus en plus longtemps pour recevoir des soins, et leurs besoins sont trop souvent absorbés par les soins de santé chez les adultes. L’association nationale Santé des enfants Canada publie un rapport mardi dans lequel elle appelle les dirigeants à réformer la façon dont ils prennent en charge la santé des enfants.
Publié à
Katrine Desautels La Presse Canadienne
Le rapport « Le meilleur départ » est clair : les besoins en santé des enfants augmentent. On mentionne notamment que plus du quart des jeunes de 12 à 17 ans jugent leur santé mentale passable ou mauvaise (deux fois plus qu’avant la pandémie) ; plus de la moitié des enfants qui ont besoin d’une chirurgie attendent plus longtemps que ce qui est cliniquement recommandé ; et 1,5 million d’enfants canadiens n’ont pas accès à des soins primaires.
Il y a évidemment des réalités différentes selon les provinces. Néanmoins, un enfant sur cinq n’a pas de médecin traitant, c’est-à-dire un médecin de famille ou un pédiatre, déplore en entrevue Isabelle Demers, présidente-directrice générale au CHU Sainte-Justine.
Elle met de l’avant les efforts que ce centre hospitalier québécois fait pour réduire les listes d’attentes en chirurgie, indiquant qu’ils n’ont plus de patients en attente depuis plus d’un an. « On est content, mais on travaille sur nos six mois en attente, nos neuf mois en attentes et plus », dit-elle.
Au cours des dernières années, l’hôpital a aussi travaillé à mettre en place des « corridors de services avec des cliniques médicales spécialisées pour des petites chirurgies », explique Mme Demers. Par exemple, pour les cas de myringotomie, qui consiste à mettre un tube dans l’oreille. « On sait que ça peut avoir un impact important sur la clientèle, donc on essaie de faire ces chirurgies beaucoup plus rapidement », ajoute la PDG.
Elle souligne par ailleurs que les besoins des enfants sont différents des adultes, d’où l’importance d’adapter les services offerts. « Les besoins des enfants ne peuvent pas être adressés de la même façon que les besoins des adultes. Un enfant, ce n’est pas un petit adulte », fait valoir Mme Demers.
Pour se rendre au bloc opératoire, par exemple, l’enfant voudra être accompagné de ses parents, de son frère ou de sa sœur, peut-être qu’il voudra mettre son costume de superhéros et choisir une saveur pour son anesthésiant. « Tout ça, ce sont des soins adaptés aux enfants qui demandent plus de ressources spécialisées, plus d’énergie autour des enfants qui ne peuvent pas être comparables à l’adulte », explique Mme Demers.
D’ailleurs, Santé des enfants Canada propose dans son nouveau rapport cinq principes de réforme du système de santé pour améliorer les résultats des soins pour les enfants. Parmi ceux-ci, il y a de former plus de pédiatres et de sous-spécialistes et de revoir leur mode de rémunération. « Cette planification doit s’étendre aux soins infirmiers, à la santé mentale et aux soins paramédicaux, notamment le recrutement, la rétention et la rémunération », précise le document.
Des services pédiatriques au-delà des centres urbains
Un autre principe énoncé est celui de l’accès équitable aux soins de santé à travers tout le continuum. On décrie que « les services spécialisés sont souvent concentrés dans un petit nombre de centres urbains, et le code postal d’un enfant, le revenu familial et la juridiction responsable de ses soins déterminent trop souvent les services qu’il peut recevoir ».
Mme Demers est complètement d’accord, ça ne devrait pas être seulement dans les grandes villes qu’on retrouve de la pédiatrie et l’enfant devrait être pris en charge le plus près de son domicile quand c’est possible.
« Ce qu’on travaille beaucoup à (l’hôpital) Sainte-Justine, c’est d’avoir un transfert de connaissances et des discussions de cas », dit-elle, donnant l’exemple d’un enfant épileptique. En favorisant la discussion de son cas avec des hôpitaux spécialisés, on permet qu’il soit traité (jusqu’à un certain niveau) dans sa région, ce qui permet une meilleure équité d’accès.
Cet aspect fait partie des recommandations de Santé des enfants Canada aux gouvernements provinciaux. C’est-à-dire d’« élargir les services pédiatriques communautaires et en soins primaires pour réduire la dépendance à un modèle de soins hospitalo-centrique, tout en maintenant des liens solides entre les centres de spécialistes urbains et les prestataires ruraux et éloignés ».
Le Canada 22e sur 37 pays
Santé des enfants Canada demande aussi au gouvernement fédéral un investissement de 10 milliards sur dix ans par l’intermédiaire d’ententes bilatérales avec les provinces et les territoires.
Également, d’élaborer une stratégie nationale pour les enfants et les jeunes. Le projet de loi S-212, qui vise justement à établir une telle stratégie, a été adopté par le Sénat en mars dernier. Sa deuxième lecture à la Chambre des communes a été reportée à trois reprises, ce qui témoigne d’un manque d’urgence politique, selon Santé des enfants Canada.
Son rapport rappelle que le Canada tire de l’arrière en matière de santé et de bien-être des enfants, se classant au 22e rang sur 37 pays à revenu élevé, selon le plus récent Bilan Innocenti 20 de l’UNICEF.
« C’est un chiffre qui peut surprendre quand on pense au niveau de qualité de vie des enfants, des familles au Canada », commente Mme Demers. Elle rappelle que le plus tôt on prend en charge les problèmes de santé et de développement d’un enfant, moins ils seront graves une fois à l’âge adulte, sans parler de l’économie de coût que cela représente.
La couverture en santé de La Presse Canadienne est soutenue par un partenariat avec l’Association médicale canadienne. La Presse Canadienne est seule responsable de ce contenu journalistique.
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