Zelensky sous pression après un nouveau scandale de corruption: jusqu’où ira la crise en Ukraine?
Une nouvelle affaire de corruption frappe le cœur de l’appareil de pouvoir du président Volodymyr Zelensky. Sa vice-cheffe de cabinet, Iryna Moedra, est soupçonnée d’avoir contribué au blanchiment de près de 3 millions d’euros. Cet argent aurait servi à payer la caution d’un ancien ministre lui-même au centre d’une vaste enquête pour corruption. Quelques heures après que les enquêteurs ont perquisitionné son domicile, Moedra a perdu son poste. Dans le même temps, l’ancien ministre de la Défense Mykhailo Fedorov accroît la pression politique : il exige que l’Ukraine organise de nouvelles élections malgré la guerre. Zelensky se retrouve ainsi soudainement attaqué sur deux fronts. Jusqu’où ira cette crise ?
M.G
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Pour Zelensky, cette affaire est bien plus qu’un énième scandale à Kiev. Une nouvelle fois, une personne issue de son entourage direct est impliquée dans une affaire de corruption, à peine neuf mois après la perte de son puissant chef de cabinet, Andri Jermak.
Dans le même temps, Zelensky est ouvertement défié par un ancien allié politique : l’ex-ministre de la Défense Mykhailo Fedorov, qui réclame la tenue de nouvelles élections présidentielles.
“Forrest Gump”
La nouvelle affaire porte le nom de code presque léger de “Forrest Gump”, mais les accusations sont lourdes. Le Bureau national anticorruption (NABU) et le parquet spécialisé dans la lutte contre la corruption (SAPO) affirment avoir découvert une organisation criminelle réunissant des députés, de hauts responsables du cabinet présidentiel et des dirigeants d’une banque publique.
Selon les enquêteurs, le groupe aurait donné une apparence légale à 150 millions de hryvnias en liquide, soit près de 3 millions d’euros, en les faisant transiter par les comptes de sociétés écrans. Sense Bank, qui appartient entièrement à l’État ukrainien depuis 2023, aurait servi de plaque tournante.
Outre Moedra, les noms du député Vadym Stolar, de l’ancien député Maksym Mykytas et de deux hauts responsables de Sense Bank apparaissent également dans l’enquête. Une perquisition a aussi été menée chez Stolar. Celui-ci affirme coopérer pleinement avec les enquêteurs. Stolar appartenait autrefois au parti prorusse Plateforme d’opposition – Pour la vie, interdit après l’invasion russe. Il a ensuite rejoint le groupe parlementaire Restauration de l’Ukraine, principalement composé d’anciens membres de ce parti dissous.
Selon les enquêteurs, l’argent était destiné à payer la caution de Herman Halushchenko, l’ancien ministre de l’Énergie. Celui-ci fait partie des suspects dans le cadre de “l’opération Midas”, la plus importante enquête anticorruption menée sous Zelensky.
Vieil ami de Zelensky
Dans cette affaire, tout tourne autour d’Energoatom, l’entreprise publique qui exploite les centrales nucléaires ukrainiennes. Un réseau lié à l’homme d’affaires Timur Mindich aurait, pendant des années, réclamé des pots-de-vin aux entreprises souhaitant obtenir des contrats avec Energoatom. Selon les enquêteurs, les fournisseurs devaient céder 10 à 15 % de la valeur de leur contrat pour que leurs factures soient réglées. Ce système aurait permis de blanchir environ 85 millions d’euros.
Mindich n’est pas un homme d’affaires comme les autres. C’est un vieil ami et ancien partenaire commercial de Zelensky. Il était notamment copropriétaire de Kvartal 95, la société de production cofondée par le président avant d’entrer en politique. En novembre 2025, Mindich est parti en Israël, juste avant que les enquêteurs anticorruption ne viennent perquisitionner son domicile. Il nie les accusations.
Halushchenko a été libéré fin juin après le versement d’une caution de 150 millions de hryvnias. Le NABU n’a pas officiellement indiqué à qui était destiné l’argent blanchi, mais dans des conversations enregistrées, le nom de “Herman” apparaît à plusieurs reprises.
Prise de contrôle de la banque publique
Les enregistrements audio mettent, selon les enquêteurs, en lumière un autre volet de l’opération de blanchiment. Des personnes travaillant au cabinet présidentiel auraient tenté de prendre le contrôle de Sense Bank, afin d’empêcher que la banque ne passe sous l’autorité d’un autre organisme public.
Dans l’un des enregistrements, une femme, identifiée par les médias ukrainiens comme Moedra, raconte qu’une personne nommée “Timur” lui aurait demandé de placer la banque sous sa responsabilité. Il s’agirait vraisemblablement de Mindich. Dans d’autres extraits, il est question de la manière dont des paiements auraient pu être effectués en contournant les contrôles de la banque. Des tentatives visant à placer des personnes de confiance au sein des services anticorruption sont également évoquées.
Quelques heures après la perquisition, un bref décret est apparu sur le site de Zelensky : Moedra était limogée. Aucune raison n’était donnée. Moedra affirme, elle, avoir présenté elle-même sa démission. Elle souhaite pouvoir se défendre contre les accusations en tant que simple citoyenne.
Moedra confirme avoir été mise en cause, mais dément les informations selon lesquelles elle aurait été arrêtée. “Personne ne m’a arrêtée. Avec mes avocats, je me prépare tranquillement à l’audience”, a-t-elle déclaré. Sur le fond, elle ne souhaite répondre qu’après avoir pu consulter l’intégralité du dossier.
L’ombre de Jermak
Cette affaire rappelle inévitablement le cas d’Andri Jermak, pendant des années le plus proche confident de Zelensky et le deuxième homme le plus puissant d’Ukraine. À la tête du cabinet présidentiel, il exerçait une influence considérable sur la politique intérieure, la diplomatie et la prise de décision pendant la guerre.
Jermak a démissionné en novembre 2025 après que les enquêteurs anticorruption ont perquisitionné son domicile et son bureau. En mai, il a officiellement été désigné comme suspect. Il aurait participé à un réseau ayant détourné et blanchi des dizaines de millions d’euros. Jermak nie les accusations.
Le challenger
Alors que les enquêtes anticorruption se rapprochent de plus en plus de Zelensky, la pression politique augmente elle aussi. Son ancien ministre de la Défense Mykhailo Fedorov réclame que l’Ukraine organise de nouvelles élections présidentielles, malgré la guerre.
Fedorov faisait partie de l’équipe de Zelensky depuis 2019 et était considéré, depuis des années, comme l’un de ses principaux alliés politiques. Il avait commencé comme conseiller du président avant de passer par le ministère de la Transformation numérique et de devenir ministre de la Défense. En juillet, il a été limogé de manière inattendue. Cette décision avait provoqué des manifestations rassemblant des milliers de personnes, dans un rare mouvement de contestation.
Défi politique
Cette semaine, Fedorov est allé encore plus loin. Dans un message vidéo, il a averti que l’Ukraine traversait une “crise systémique de gouvernance”. “La corruption n’est qu’un symptôme. Le véritable problème est beaucoup plus profond”, a-t-il déclaré.
Les élections sont légalement impossibles pendant la période actuelle de loi martiale, et une majorité de la population souhaite attendre la fin de la guerre avant de retourner aux urnes. Son appel constitue néanmoins un défi politique direct lancé à Zelensky.
Le président lui-même n’est cité comme suspect dans aucune enquête pour corruption. Mais pour un dirigeant arrivé au pouvoir en 2019 en promettant de mettre fin au système corrompu, les dégâts politiques deviennent de plus en plus difficiles à maîtriser. D’abord, son chef de cabinet est tombé, maintenant, c’est sa vice-cheffe de cabinet. Et tandis que les enquêteurs se rapprochent toujours davantage de son entourage, un ancien allié se pose en potentiel rival.
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