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Tuesday, September 15, 2026

Le poids sur les épaules de Charles Milliard

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Les libéraux aiment bien répéter que Christine Fréchette traîne le boulet de l’impopulaire gouvernement Legault, sans pour autant noter que leur propre chef porte aussi une grande pression sur ses épaules. Charles Milliard assume le poids de l’impatience, de la frustration et de la déception des membres de son parti.

Bon nombre d’entre eux voient le début de cette campagne électorale comme une occasion importante ratée. Ils considèrent que le Parti libéral du Québec (PLQ) aurait dû occuper une position bien plus solide dans les intentions de vote face à un Parti québécois aussi décomplexé sur la question référendaire.

Depuis Jacques Parizeau, seul André Boisclair avait promis de tenir un référendum dans un premier mandat, et il avait subi un revers cinglant à l’élection de 2007, terminant au troisième rang derrière l’Action démocratique du Québec et le Parti libéral du Québec dirigé par Jean Charest.

Face à un chef péquiste qui paraît aussi déterminé à en organiser un après le départ de Donald Trump, les libéraux s’attendaient à s’implanter rapidement comme le choix indéniable des fédéralistes et des anxieux. D’autant plus que la CAQ représentait un parti moribond, usé et indigne de confiance pour une majorité de Québécois au début de l’année 2026.

Comment leur parti peut-il avoir autant de difficulté à se hisser plus haut dans les sondages? Pourquoi leur chef ne parvient-il pas à rejoindre Paul St-Pierre Plamondon et Christine Fréchette comme potentiel meilleur premier ministre aux yeux des répondants?

Le Parti libéral n’a pas manqué de temps

De nombreux libéraux à qui nous avons parlé refusent que la réponse soit que leur parti ait manqué de temps pour préparer la campagne électorale. Charles Milliard a été nommé le 13 février dernier et disposait de sept mois pour se tailler une place dans le portrait politique québécois.

Qui plus est, il bénéficiait de deux mois pour marquer son arrivée, avant de se faire voler l’attention médiatique de façon prévisible par la désignation d’un nouveau premier ministre, en avril. Encore là, bien des militants libéraux pensent qu’il a manqué l’occasion d’occuper l’espace et laissé la campagne à la chefferie caquiste lui voler la vedette.

Ceux-ci ne retrouvent pas encore en Charles Milliard le côté combatif et fougueux qu’ils avaient tant admiré chez Jean Charest. Voir leur ancien premier ministre partager son expertise ces jours-ci sur les tarifs américains les rend même nostalgiques. Voilà justement une partie du problème. Les libéraux ont cherché leur ancien leader dans tous les autres chefs qui lui ont succédé.

Malgré sa défaite en 2012, Jean Charest est toujours perçu comme un héros par une majorité des membres, qui estiment avoir remporté une victoire morale cette année-là. Même après l’annonce d’une enquête publique sur l’industrie de la construction et le conflit étudiant, le Parti libéral est parvenu à remporter 50 sièges contre 54 pour le Parti québécois de Pauline Marois, élu gouvernement minoritaire.

Après la démission de Jean Charest, aucun autre chef libéral n’a réussi à gagner le même niveau d’affection que lui. Pas même Philippe Couillard, même s’il a obtenu leur respect en gagnant l’élection de 2014.

Ensuite, ils ont été implacables pour Dominique Anglade après qu’elle a tenté de repositionner la formation politique un peu plus vers la gauche. Le conflit avec sa députée Marie-Claude Nichols a peut-être été le déclencheur qui a mené à sa démission, mais des membres du parti avaient aussi manifesté à l’interne leur désaveu pour la cheffe.

Une campagne qui a débuté trop tard

Une douzaine de figures importantes du PLQ, critiques à l’endroit de la campagne de Charles Milliard, ont confié à Radio-Canada qu’elles jugent que son équipe a pris une série de mauvaises décisions.

Sa campagne de terrain durant l’été en est un bon exemple. Les élections à date fixe donnent la possibilité à tous les partis politiques de démarrer leur campagne de manière officieuse dès le mois de juin. Ce moment clé est aussi important que le déclenchement officiel, à la fin du mois d’août.

Au cours de l’été, Charles Milliard a sillonné le Québec à la rencontre des électeurs. Le problème, c’est que les médias nationaux ne l’ont pas suivi, donnant l’impression qu’il a été absent toute la période estivale.

Sur le terrain, il reçoit pourtant un accueil assez chaleureux. Sa caravane s’est arrêtée de nombreuses fois dans des endroits publics pour lui permettre de serrer le plus de mains possible. Ses bains de foule connaissent un certain succès. Il parvient facilement à établir le contact avec les électeurs qu’il croise. 

Mais à quoi bon serrer 200 mains dans une journée si cette présence ne se transpose pas à un plus large auditoire national? Plusieurs ex-organisateurs du parti sont d’avis qu’il aurait fallu une meilleure stratégie de visibilité durant l’été, ne serait-ce que pour tester la réception des lignes politiques auprès de l’électorat. 

Et que dire de la décision, aujourd’hui infirmée, de ne pas afficher son visage sur la caravane électorale? Un manque d’expérience et de flair politique de son équipe, pensent-ils.

Il n’est pas trop tard 

Leur indulgence à l’égard de Charles Milliard dépendra du reste de sa campagne électorale. De nombreux signaux auraient été envoyés à l’équipe du chef. Lui-même dit avoir entendu le message et apporté des changements au chapitre de ses communications ces derniers jours. Des membres le trouvent trop bienveillant et courtois face à ses adversaires, et souhaitent voir ressortir un côté plus batailleur de sa personnalité.

Les trois sondages publiés lundi leur donnent un brin d’espoir, puisqu’ils indiquent que la course se resserre avec la Coalition avenir Québec pour la deuxième position dans les intentions de vote. Les effets de la guerre commerciale avec les États-Unis pourraient ne plus profiter autant à Christine Fréchette. 

Dans les rangs libéraux, la majorité est d’avis que les engagements électoraux du chef sont crédibles, bien ciblés et reflètent l’ADN économique du parti. Ils sont très fiers du recrutement de candidats de qualité, dans un contexte extrêmement difficile suivant la démission de Pablo Rodriguez. 

Pour renverser la tendance, ils s’attendent à ce que leur chef frappe dans le mille aux débats. Ils veulent le voir désarçonner Christine Fréchette, sa principale rivale qui le prive du vote de certains fédéralistes. 

Le chef d’un parti n’est jamais responsable à lui seul des difficultés d’une campagne électorale. Son entourage l’est tout autant, et c’est le chef qui le choisit. Et parfois, des circonstances exceptionnelles, comme l’imposition de tarifs américains, influencent l’humeur des électeurs. Peu importe les facteurs… au final, c’est lui qui doit porter seul cette pression sur ses épaules.

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