Une platitude assumée
Charles Milliard est un homme affable, qui ne donne pas l’impression de chercher à vendre sa salade à tout prix. À l’écouter, on arrive même à se demander s’il a quelque chose à vendre.
Le Parti québécois (PQ) est identifié sans hésitation à l’indépendance. On sait que le Parti conservateur du Québec (PCQ) veut démantibuler l’État et que Québec solidaire (QS) veut faire payer les riches. Quant à la Coalition avenir Québec (CAQ), comme tous les partis usés par le pouvoir depuis trop longtemps, elle représente tout ce dont on veut se débarrasser. Tout ce qui distingue le Parti libéral du Québec (PLQ), c’est qu’il est inconditionnellement fédéraliste et le chouchou des anglophones.
Il n’y a rien dans la plateforme du PLQ qui soit de nature à frapper l’imagination. Généraliser la télémédecine semble une mesure bien timide face à l’état actuel du réseau de la santé, tout comme la distribution de livres dans les écoles contribuera bien modestement à enrayer le déclin du français.
Durant les débats télévisés entre les chefs, M. Milliard a agréablement surpris par son ton modéré et son sens de la repartie. Il ne donnait jamais l’impression de vouloir empiéter sur le temps des autres, encore moins de chercher à mettre un adversaire K.-O. Par moments, il semblait être le seul adulte dans la pièce. « Raisonnable » est le qualificatif dont il aime se coiffer.
Tout le monde a compris depuis longtemps qu’il n’a rien d’un Doug Ford. S’il rappelle Robert Bourassa, dont il aime se réclamer, ce n’est pas par son nationalisme, pour le moins mou, mais par cette platitude parfaitement assumée que cultivait l’ancien premier ministre, qui était l’homme le plus amusant en privé, mais qui se gardait de toute déclaration le moindrement compromettante en entrevue.
Lors de son passage au Devoir, dimanche, M. Milliard m’a tout de même étonné en confiant son admiration pour l’ancien président français François Mitterrand, dont la vaste culture était en effet admirable, mais qui était surtout un véritable maître en fourberie. Si le chef du PLQ l’a pris pour modèle, il faudra peut-être apprendre à s’en méfier.
Il faut lui reconnaître d’avoir réussi à redresser une campagne qui était très mal partie. Si son parti paraît maintenant assuré de conserver son statut d’opposition officielle à l’Assemblée nationale, il ne le doit cependant qu’à l’effondrement de la CAQ. Les francophones le boudent toujours autant.
Le chef du PLQ est parfaitement conscient de cette « déconnexion ». De toute évidence, il en connaît aussi les raisons, mais il se refuse à « faire le post mortem du Parti libéral depuis les dernières années ». Il dit espérer que ses propositions recevront un meilleur accueil, mais les mêmes causes ont la fâcheuse tendance à produire les mêmes effets. M. Milliard se défend bien de vouloir charcuter la loi 96 sur la langue, mais il entend en retirer les mêmes dispositions que Dominique Anglade il y a quatre ans. Quant à la loi 21 sur la laïcité, la seule différence est que Mme Anglade voulait éliminer la disposition de dérogation dès qu’elle prendrait le pouvoir, tandis que le chef actuel se contenterait de ne pas la renouveler à son échéance, en 2029.
La « troisième voie » que préconisait la CAQ n’a mené nulle part, mais une majorité de Québécois continuent d’espérer, sans trop y croire, qu’il est encore possible de trouver un compromis entre le statu quo constitutionnel et l’indépendance.
Invité à choisir l’un ou l’autre, M. Milliard répond qu’il existe toute une gamme de possibilités entre les deux. Si le terme « autonomie » n’avait pas pris une connotation aussi partisane au fil des ans, il n’aurait sans doute pas d’objection à s’en réclamer. Après tout, c’était l’essence de l’Accord du lac Meech, dont il reprend les cinq conditions à son compte.
Cela semble toutefois relever davantage de la rhétorique que d’une réelle volonté de rouvrir le dossier. Le chef du PLQ a eu besoin d’un moment de réflexion avant de dire que Mark Carney pourrait être moins centralisateur, comme s’il n’avait pas encore réfléchi à la question.
Comme en amour, de nouvelles relations peuvent donner de meilleurs résultats, laisse entendre M. Milliard, mais il ne semble pas très empressé dans ses avances. S’il y a quelque chose à retenir de l’expérience de Robert Bourassa, c’est bien qu’il ne faut pas présumer de l’appétit du Canada anglais pour une quelconque réconciliation constitutionnelle. D’ailleurs, M. Carney ne semble pas se passionner pour le sujet.
Le chef libéral reproche à François Legault de ne pas avoir fait d’effort pour améliorer la relation du Québec avec le reste du Canada, mais les signaux en provenance d’Ottawa n’avaient rien de très encourageant. Le soupirant convaincu d’être éconduit a tendance à être moins entreprenant.
Heureusement, au cours des prochaines années, M. Milliard n’aura pas à craindre de se faire envoyer paître. Il pourra se contenter de dénoncer l’aventurisme du gouvernement péquiste et les périls de l’indépendance.
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