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Thursday, October 8, 2026

Du soutien à la hauteur de l’urgence

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On voudrait croire que l’affaire est un fait divers isolé, sans racine dans le terreau social. Hélas, l’affaire de viol collectif présumé qui secoue la prestigieuse Université Cornell, aux États-Unis, n’est que le tragique reflet d’un phénomène de banalisation des violences sexuelles, dont on ne peut détourner le regard. La montée du masculinisme jusque dans nos cours d’école appelle des actions et un soutien public qui doivent être à la hauteur de l’urgence.

Aux États-Unis, l’histoire de Jane Doe, cette jeune femme dénonçant devant les tribunaux un viol collectif qui serait survenu dans une maison de la fraternité Chi Phi, liée à l’Université Cornell, ébranle le pays. La jeune femme a déposé en septembre une poursuite civile contre sept hommes qu’elle accuse du viol collectif, contre la fraternité et contre l’université, qu’elle accuse de n’avoir pas su la protéger. L’affaire agite les hautes sphères de l’État de New York. L’université a commandé un examen indépendant, la gouverneure a nommé la procureure générale Letitia James procureure spéciale pour faire toute la lumière sur l’affaire, survenue en octobre 2024. Plusieurs hommes nient les faits qui leur sont reprochés, et aucune accusation criminelle n’a été déposée contre eux.

Les allégations lèvent le cœur, car elles racontent des agressions sexuelles commises en groupe, de manière concertée. Au cœur du récit se trouve un appel à se joindre à une activité de « free pussy » lancé sur Snapchat, dans un groupe privé de la fraternité. Apparemment, personne n’aurait songé à alerter les autorités, ce qui aurait pu instantanément mettre fin à l’histoire. On reconnaît là les dangers d’une culture de domination masculine banalisée, malheureusement de plus en plus présente dans les établissements scolaires. Pour ajouter à l’horreur, selon la poursuite, les premiers enquêteurs auraient bâclé leur travail. Les défendeurs auraient aussi reçu des punitions à géométrie variable : des expulsions, des suspensions ou encore une dissertation à écrire en guise de sanction — l’université nie toutefois cette dernière affirmation, qu’avance Jane Doe dans sa poursuite. Il s’agit de banalisation étalée en plusieurs couches.

On aurait tort de croire que ce maelstrom ne concerne que les États-Unis, et que le Québec peut s’en croire protégé. Faut-il rappeler cette troublante étude menée par le chercheur de l’UQAM Francis Dupuis-Déri pour la Fédération autonome de l’enseignement sur la montée de la misogynie, de l’homophobie et de la transphobie à l’école ? Fondée sur les témoignages percutants d’acteurs scolaires, cette recherche brossait le portrait d’une minorité agissante et insidieuse de garçons séduits par les discours masculinistes en vogue sur les réseaux sociaux.

À la fin de septembre, le directeur général de l’organisme Ensemble pour le respect de la diversité, Rafaël Provost, a raconté qu’il avait été joint par des membres du personnel d’une école secondaire désemparés par leur dernière découverte au sein de l’école : une pétition, signée par des garçons, demandant littéralement la légalisation du viol. L’histoire, qui n’a pas été rattachée à une école ni confirmée par un centre de services scolaires, illustre bien selon lui l’étendue des dommages. La pensée vile et sournoise portée par le masculinisme, selon laquelle l’égalité hommes-femmes n’est qu’une lubie, est en expansion, comme le notent plusieurs gouvernements et chercheurs, ici comme ailleurs. S’y greffe tout aussi sournoisement son corollaire, la banalisation. Si on ne condamne ni ne dénonce le vilain spectacle de la misogynie et du masculinisme, on laisse en somme la violence être tolérée. C’est le début d’une certaine normalisation, qui laisse des violences faites aux femmes se perpétrer sans conséquences. On en a vu les dommages extrêmes avec le procès des viols de Mazan, par exemple.

M. Provost croule sous les demandes d’ateliers des écoles, mais, faute de soutien gouvernemental suffisant, son organisme a du mal à répondre à la demande. La prévention dans les écoles, dès le plus jeune âge, est pourtant une des clés — en plus d’une sensibilisation à faire en famille auprès des garçons pour qu’ils osent être les premiers à dénoncer tout haut l’inacceptable sans crainte d’être raillé. Un financement à la hauteur de l’urgence, voilà ce qui manque.

Ailleurs, des gouvernements ont choisi de nommer le problème. En Angleterre, les nouvelles lignes directrices en éducation à la sexualité, obligatoires depuis septembre 2026, ciblent explicitement la « manosphère » et la culture

incel. La stratégie nationale contre les violences faites aux femmes y ajoute 20 millions de livres pour la prévention en milieu scolaire, notamment pour former les enseignants au repérage des premiers signes de misogynie chez les garçons. Même là, les groupes spécialisés jugent ces sommes insuffisantes.

En France, le programme d’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle est obligatoire depuis 2025, mais son financement reste flou. En juin 2026, le Sénat a formulé 24 recommandations pour faire du masculinisme un enjeu de politique publique. Ironiquement, il propose de s’inspirer du Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence de Montréal. Le Québec sert donc de modèle à l’étranger, mais tarde à financer ses propres organismes.

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