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Monday, August 31, 2026

Qui sont ces grands noms de la recherche qui s’installent au Québec?

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La ministre Mélanie Joly a annoncé jeudi la liste des récipiendaires de la première ronde du nouveau Programme des chaires de recherche du Canada Eddie Goldenberg, anciennement Impact+, rebaptisé en l’honneur de l’ancien proche conseiller politique de Jean Chrétien, mort récemment. 

Ce sont 64 chercheurs internationaux de haut calibre qui déménageront au pays dans les prochains mois, parfois avec conjoint et enfants, pour faire avancer des secteurs de recherche priorisés par le Canada, comme la résilience climatique, les biotechnologies ou encore l’intelligence artificielle (IA). Ils recevront chacun un financement considérable de 8 millions de dollars sur 8 ans, avec la possibilité d’une prolongation de 4 ans. 

Ce programme avait été lancé en décembre 2025 dans le but d’attirer la crème des chercheurs du monde entier, notamment dans un contexte où la recherche scientifique est malmenée aux États-Unis. D’ailleurs, 48 des nouveaux titulaires de chaires viennent des États-Unis. Le reste de la cohorte arrivera de l’Europe (10), de la Chine, du Japon, de l’Inde, du Pérou et de l’Australie. 

La ministre Mélanie Joly lors devant une affiche des Chaires de recherche du Canada Eddie Goldenberg

La ministre fédérale Mélanie Joly lors de l’annonce des résultats de la première ronde d’attribution des Chaires de recherche du Canada Eddie Goldenberg à Vancouver, le 27 août 2026.

Photo : Radio-Canada

De ce nombre, 14 chercheurs prestigieux d’horizon divers seront accueillis dans les universités québécoises. Américains fuyant un environnement peu propice à leurs travaux, Québécois revenant au bercail, Européens attirés par cette occasion : les profils de ces professionnels sont aussi impressionnants que variés. 

Chloé Arson – Université McGill 

Université de provenance : Université Cornell (États-Unis)
Pays d’origine : France 
Secteurs de recherche : Systèmes énergétiques souterrains et géomécanique 

En apprenant qu’elle obtiendrait l'une des très convoitées chaires de recherche du Canada, Chloé Arson a eu de la difficulté à y croire. Ça m’a pris un peu de temps pour réaliser que ma vie allait basculer, explique-t-elle, le regard joyeux et sérieux à la fois.

J’ai maintenant les moyens d’accomplir à très court terme une vision que j’avais depuis plusieurs années. C’est une joie énorme.

Pouvant compter sur une équipe et un financement à la hauteur de ses ambitions, elle reconnaît ressentir un peu d’angoisse devant l’ampleur de la tâche. Mais j’ai toujours été quelqu’un qui prend des risques dans la recherche, confie l'ingénieure de formation. Donc, quelque part, c’est une mission qui est faite pour moi

Ses recherches fondamentales contribuent au développement de nouvelles techniques de production d’énergies, et si possible d’énergies vertes, résume-t-elle. L'objectif ultime, c’est de développer des technologies qui seront intéressantes pour des entreprises qui veulent déployer sur le terrain la géothermie profonde ou l’extraction de l’hydrogène géologique, par exemple. Ses travaux impliquent notamment l’exploration souterraine assistée par l’IA.

Quitter les États-Unis, sa terre d’accueil des 17 dernières années, a été loin d’être une décision facile pour la Française d’origine. Elle laisse momentanément derrière elle son épouse, qui a récemment démissionné de l’administration publique américaine afin de poursuivre dans le milieu universitaire son travail de défense des politiques de vaccination, malmenées par l’administration Trump.

Quelquefois, les scientifiques doivent décider d’aller là où ils peuvent avoir le plus d’effet sur le bien de la société, dit-elle en parlant à la fois d’elle et de sa conjointe. 

J’ai décidé que j’aurais beaucoup plus d’impact au Canada pour développer des technologies de pointe dans un pays qui a la même vision que moi du progrès scientifique.

Sheryl Magzamen – Université de Montréal

Une chercheuse universitaire posant en souriant.

Sheryl Magzamen a aussi hâte de poursuivre ses recherches que d'enseigner à l'Université de Montréal.

Photo : Amélie Philibert, Université de Montréal

Université de provenance : Université d’État du Colorado (États-Unis)
Pays d’origine : États-Unis 
Secteurs de recherche : Santé publique, répercussions des facteurs environnementaux sur les populations vulnérables 

Sheryl Magzamen a les yeux rieurs et une énergie contagieuse. Elle vient d’arriver à Montréal et on la sent fébrile : Ça a été un tourbillon ces derniers mois, mais je suis ravie et tellement reconnaissante! 

La mère de famille s’installe au Québec avec son conjoint et ses jeunes enfants, qui y font leur première rentrée scolaire ces jours-ci. C’est une société accueillante, complexe, avec son héritage et sa culture propres. On est entourés de gens politisés, préoccupés par leur environnement. Et j’adore la nourriture ici!

Elle s’émeut lorsqu’on aborde les raisons qui l’ont décidé à se déraciner des États-Unis avec sa famille pour se lancer dans cette nouvelle aventure. En tant que scientifique de l’environnement, constate-t-elle, nous sommes en quelque sorte devenus des ennemis publics.

Ses travaux portent notamment sur la résilience et la justice environnementale, des thèmes qui ont été écartés des priorités de recherche par l’administration Trump. C’est très décourageant, quand on consacre sa vie à l’étude d’un phénomène et à la formation d’étudiants appelés à devenir les futurs leaders dans ce domaine, de voir nos recherches remises en question pour des raisons politiques et que leur bien-fondé est contesté, fait-elle valoir.

En écoutant le discours de Mark Carney à Davos, cet hiver, on s’est regardé avec mon conjoint et on s’est dit qu’on prenait la bonne décision de tenter de déménager au Canada. C’est ici qu’on veut vivre, dans un endroit où l'on enseigne aux enfants à ne pas capituler devant les intimidateurs.

Sheryl Magzamen rejoindra les rangs de l’École de santé publique de l’Université de Montréal. Elle s’intéresse aux répercussions de la pollution de l’air causée, notamment, par la fumée des feux de forêt sur la santé des populations vulnérables, dont les enfants. Elle prévoit créer des partenariats avec des écoles afin d’étudier les meilleurs moyens d’y assurer un environnement sain.

Parmi ses projets, Sheryl Magzamen compte aussi étudier les contaminants dans l’air dans la zone industrielle de l’est de Montréal, ainsi que les concentrations d’arsenic dans l’air à Rouyn-Noranda et leurs liens avec des maladies respiratoires.

Elle ne parle pas encore français, mais elle est très consciente de la nécessité de s’y atteler. Si je suis pour faire du travail sur le terrain dans les communautés, je veux être certaine d’être respectueuse de leur langue et capable de communiquer avec les gens, dit-elle, ajoutant : Je veux démontrer que je suis passionnée à l’idée de travailler ensemble pour résoudre des problèmes.

Je suis excitée à l’idée d’apprendre le français, ça va être amusant! Je pense que c’est une attente tout à fait normale dans une ville francophone, au sein d’une université francophone, et j’ai hâte de relever le défi.

Martin Solan – Université Laval

Un chercheur universitaire pose devant une étendue d'eau.

Le professeur écologiste Martin Solan lors de son séjour avec sa famille cet été au Québec en préparation à leur déménagement

Photo : Courtoisie de Martin Solan

Université de provenance : Université de Southampton (Royaume-Uni)
Pays d'origine : Royaume-Uni
Secteur de recherche : Écosystèmes résilients du Nord 

Il y a quelques mois encore, Martin Solan était loin de se douter qu’il retrouverait cet été dans la ville de Québec à magasiner appartement et écoles. C’est un changement complet de mode de vie auquel on se prépare en tant que famille, mais on accueille ça à bras ouverts, confie le chercheur anglais.

Si tout va bien, on restera ici au moins 12 ans. Donc, on aborde ça comme un changement permanent, et non temporaire. Je pense qu’on doit s’imprégner de ce pays et de toutes les possibilités qu’il offre, ajoute-t-il.

Pour ce qui est de l’apprentissage du français, ses enfants parlent déjà deux langues et, donc, il est convaincu qu’ils apprendront le français en un rien de temps.

C’est une situation assez magique! J’ai l’impression d’avoir gagné à la loterie; c’est vraiment une occasion fantastique, un financement de cet ordre!

Il y avait quelque chose de très naturel dans le choix du professeur Solan de s’établir au Québec, puisqu’il étudie les climats froids. Dans son nouveau rôle, l’écologiste expérimental a un objectif ambitieux : établir une présence permanente dans le nord pour y conduire des travaux sur la résilience des écosystèmes du Nord.

Une grande partie des travaux menés sur les écosystèmes arctiques sont limités à la période estivale en raison de problèmes d'accès, explique le chercheur. Le financement de l’échelle de plusieurs millions de dollars qu’il vient de toucher lui permettra de changer les choses, dit-il avec enthousiasme : Ça sera l’une des premières fois où on pourra mener des expériences manipulatrices dans le Nord sur une longue période. On veut aussi développer des technologies qui permettent de recueillir des données pas seulement en été, mais en hiver aussi, afin d’avoir une vue d’ensemble cyclique de ce qui se passe.

M. Solan ajoute qu’une autre particularité de son programme est que son équipe travaillera avec la communauté inuit et son savoir traditionnel. 

Les Inuit feront partie intégrante du programme dès le départ, de sorte que nous répondions aux questions qui les intéressent et aux préoccupations qu’ils pourraient avoir par rapport à nos travaux.

Patrick Charbonneau – Université de Montréal

Un professeur universitaire souriant.

Patrick Charbonneau est professeur de physique à l'École d'ingénierie Duke Pratt aux États-Unis et il s'installera à l'Université de Montréal dès l'an prochain.

Photo : Pierfrancesco Urbani

Université de provenance : Université Duke (États-Unis)
Pays d’origine : Canada
Secteurs de recherche : Physique des matériaux complexes et intelligence artificielle

Le physicochimiste Patrick Charbonneau reviendra bientôt chez lui, à Montréal, après avoir passé 25 ans en Caroline du Nord, aux États-Unis, là où son parcours professionnel l’avait mené à l’issue d’études à Harvard, au début 2000. C’est une belle surprise, dit-il, c’est une occasion professionnelle hors norme.

Revenir au bercail avec leurs très jeunes enfants, c’était un rêve que sa conjointe et lui chérissaient depuis un moment déjà. Son secteur de recherche fondamentale, au confluent de la physique, de la chimie et de l’IA, ne fait partie de ceux qui ont été définancés par le gouvernement américain, mais le cœur n’y était plus. 

On ressentait un certain inconfort dans la situation sociale et politique aux États-Unis depuis un certain temps. On côtoie des gens qui vivent des choses très difficiles comme jamais auparavant, des familles latino-américaines près de chez nous vivent des persécutions; c’est difficile à prendre, avoue-t-il. 

Le moment était le bon pour revenir. C’est un alignement des étoiles au niveau de nos aspirations personnelles et professionnelles.

Le professeur Charbonneau rejoindra les rangs de l’Institut Courtois de l’Université de Montréal, dont le but est d’accélérer la recherche fondamentale sur les matériaux. 

À la tête de sa nouvelle chaire, il souhaite s’attaquer à des questions complexes : Comment est-ce qu’on peut utiliser les modèles en physique statistique pour essayer de comprendre les limites et les capacités des systèmes d’intelligence artificielle? Et ensuite, quand on aura compris et développé ces nouveaux systèmes, comment est-ce qu’on peut les utiliser pour comprendre la matière complexe elle-même? 

Ses trouvailles – dans 10, 20 ou 30 ans, explique-t-il – pourront mener à des améliorations notables de contrôler les matériaux complexes, comme les verres et les gels, par exemple, pour des fins technologiques, notamment dans le domaine biomédical.

Jan Carmeliet – Université de Sherbrooke 

Un chercheur posant devant un arbre.

Jan Carmeliet est un chercheur prolifique en physique du bâtiment.

Photo : Radio-Canada / Courtoisie de Jan Carmeliet

Université de provenance : ETH Zürich (Suisse)
Pays d’origine : Belgique
Secteurs de recherche : Climat urbain et gestion des vagues de chaleur

Jan Carmeliet se trouve bien chanceux d’être parmi les dizaines de chercheurs internationaux à avoir sélectionnés par ce concours. Il préfère échanger en anglais pour le moment, le temps de se réapproprier son français et de se faire l’oreille à l’accent québécois, histoire d’expliquer avec précision la teneur de ses recherches, dont il est visiblement très passionné.

Ses sphères d’expertise sont éminemment actuelles : l’adaptation et la mitigation des vagues de chaleur et des inondations.

Ses travaux se consacrent à la résilience face aux changements climatiques des milieux urbains depuis près de trois décennies. L’atténuation de la chaleur urbaine à l’échelle du microcosme urbain, voilà ce qui l’intéresse. L’idée est d’étudier l’impact des arbres, des routes, des édifices, des gratte-ciel, de la circulation de l’air sur la gestion de la chaleur dans les quartiers, résume-t-il.

Il a passé les dernières années à créer un outil, un code qui permet de simuler ce qui se passe dans un quartier et à l’échelle d’une ville. Son souhait est d’implanter un laboratoire vivant, c’est-à-dire de travailler avec les populations et les institutions dans une logique bottom up (ascendante) pour trouver et implanter des solutions concrètes d’adaptation et de mitigation.

Où sont les îlots de chaleur, et pourquoi ils sont là? Comment peut-on utiliser le vent pour se rafraîchir? Comment créer de l’ombre, et où? Voilà des questions auxquelles il est urgent de répondre, et ça explique peut-être pourquoi on m’a donné cette chaire.

Il sait que la mission est grande, mais le chercheur est confiant en ses capacités. Je me trouve à un stade de ma carrière où je dispose de nombreux outils et de connaissances suffisantes pour gérer tout ça. 

L’Européen avait une raison bien personnelle de vouloir rejoindre le Québec : sa femme québécoise y vit. On travaille étroitement ensemble, on est un couple de chercheurs, dit-il. C’est comme si toutes les pièces du casse-tête s’assemblent et nous rassemblent.

Les universités québécoises enchantées

Les derniers mois ont été une période fascinante et excitante. On a vécu une mobilisation exceptionnelle et très intense, résume la vice-rectrice à la recherche de l’Université McGill, Dominique Bérubé. 

Son établissement avait soumis, en mars, 17 candidatures parmi le millier reçu, et 6 d’entre elles ont été sélectionnées, soit le plus grand contingent de titulaires de nouvelles chaires au Québec.

Or ce n’est que le début de l’aventure, rappelle-t-elle : Maintenant, il faut s’assurer qu’on va être capables de soutenir l’ensemble de cette entreprise de recherche, pour s’assurer que ces gens-là ont du succès.

Ces chercheurs arriveront au Canada d’ici juillet 2027. On travaille déjà avec eux, parce qu’ils auront besoin de laboratoire, d’équipement, indique Dominique Bérubé. Des équipes du fédéral et des universités s’assureront de leur accueil en les aidant dans leurs démarches d’immigration et d’intégration à leur nouveau milieu de vie et de travail.

C’est une initiative extraordinaire qui arrive absolument à point.

Vincent Poitout, vice-recteur à la recherche et à l’innovation à l’Université de Montréal, rappelle de son côté que transplanter des chercheurs établis dans un nouveau pays n’est pas un défi facile à relever. Pour moi, l’important, c’est que la greffe prenne, que ces gens-là s’implantent bien et restent ici. Ce sera ça, la mesure du succès du programme, estime-t-il.

Son établissement accueillera deux nouveaux chercheurs, mais il rappelle qu’une deuxième ronde de candidatures, dont les résultats ne sont pas encore connus, est en cours.

À l’Université Laval, où quatre nouvelles chaires se déploieront, l’accueil de ces personnes est également crucial. Ça a été très important pour nous de travailler très tôt, de manière très rapprochée, avec ces personnes pour créer des liens humains solides avec elles et s’assurer que les choses se passent bien et qu’elles puissent assez rapidement se mettre en action, affirme la vice-rectrice à la recherche, à la création et à l’innovation de l'établissement universitaire, Eugénie Brouillet.

L’apport de sang neuf de ce calibre à la recherche permettra, espère Mme Brouillet, de créer des pôles d’excellence qui profiteront tant aux étudiants et aux professeurs québécois qu’aux jeunes chercheurs émergents de l’étranger. On veut créer un écosystème où nos forces actuelles vont être maximisées, dans une perspective d’ouverture sur le monde, précise-t-elle.

Elle rappelle que cet énorme programme de recherche a été annoncé par Ottawa après que l’Université Laval, avec l’Université de Montréal, l’Université McGill et l’Université de Sherbrooke, a lancé un appel au gouvernement canadien, l’an dernier, pour saisir l’opportunité des tensions politiques aux États-Unis et réaffirmer la capacité d’attirer de grands talents de recherche au Canada.

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