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Tuesday, October 13, 2026

La littérature en péril

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Le 9 mars 2026 paraît aux Éditions du Boréal un roman : C’était ça ou mourir, dont l’auteur, natif d’Haïti, est au Québec depuis 2010. Son premier roman, est-il annoncé.

L’histoire proposée par Thélyson Orélien est un hommage à ces hommes, à ces femmes et à ces enfants qui vivent depuis des décennies les tragédies de l’exil forcé. Le personnage principal, Jonas Dorléon, fictif, est-il précisé, en est le symbole.

On ne connaît pas d’antécédents littéraires à M. Orélien, sinon des textes collectifs et quelques nouvelles envoyées à l’occasion à des médias comme La Presse et Radio-Canada.

Le lectorat québécois, séduit par une prose hors du commun et une construction étayée par des associations métaphoriques dignes des plus grandes plumes, porte l’œuvre et l’auteur aux nues. Un phénomène est né, possiblement unique dans les annales de la Francophonie. L’auteur est adoubé par les éditions Grasset. Cet éditeur publie le roman le 19 août 2026 en France. Coup de foudre du lectorat de l’Hexagone. L’œuvre est aussitôt retenue sur toutes les listes d’éligibilité aux grands prix littéraires : le Goncourt, le Médicis, le Femina, entre autres. Dès lors, le roman vaut son pesant d’or chez tous les libraires. En tête des palmarès de ventes, il le demeurera, sans concurrence, en dépit des suites très sombres.

La bombe à retardement éclate le 15 septembre 2026, à peine six mois après le lancement québécois. Une accusation d’avoir utilisé l’IA (intelligence artificielle) comme outil principal de rédaction de l’œuvre. La dénonciation ? Un compte anonyme actif, derrière lequel se trouve un journaliste réputé du quotidien français Le Figaro. L’outil de détection ? Pangram, un logiciel de détection de contenu généré avec l’IA. Le résultat ? Une certitude minimale de 94 %, avec un taux de faux positifs inférieur à 1 %.

Presque en même temps, des médias mettent à jour ce qui devait constituer la révélation documentée de recours plagiaires de l’auteur. Dès le 20 septembre 2026, des quotidiens québécois débusquent un agrégat documenté de plagiats. Ceux-là concernent huit textes plagiés entre 2013 et 2023, dont les auteurs sont philippins, brésiliens, indiens, danois et colombiens, à quoi s’ajoutent des plagiats d’œuvres littéraires d’auteurs, tels Louis Pauwels et Jacques Bergier (Le matin des magiciens) ainsi que Jacques Poulin (Wolkswagen blues).

Fort de quelques appuis prétextant une cabale sur fond de racisme, l’auteur nie le recours à l’IA, mais ignore les faits allégués de plagiats étalés à pleines pages dans plusieurs journaux. Les éditeurs nient à leur tour. Les institutions littéraires se taisent. Le lectorat s’enflamme des deux côtés de l’Atlantique. Les exemplaires s’envolent au profit de l’industrie du livre.

Silencieux jusque-là, l’académicien Dany Laferrière, d’origine haïtienne, livre son propos dans l’édition du 21 septembre 2026 du quotidien haïtien Le Nouvelliste, texte repris le 23 septembre par le quotidien Le Devoir. Il est « conquis par le style d’Orélien » et consacre ce dernier comme « un écrivain de l’avenir ». On peut présumer que M. Laferrière n’avait pas encore pris connaissance des plagiats multirécidivistes de Thélyson Orélien. Il a repris le clavier, quelques jours plus tard, toujours dans Le Nouvelliste et Le Devoir pour clarifier sa pensée : « Je crois que c’est le livre qu’il faut protéger. »

Partout ailleurs, c’est le silence. Replis stratégiques, dirons-nous. Les organismes regroupant écrivaines et écrivains (UNEQ), ceux qui représentent les éditeurs (ANEL), ceux des artistes incluant les scénaristes (UDA, SARTEC), les bureaux du droit d’auteur des universités, les représentants des librairies (ALQ), ceux des professeurs de l’enseignement du français (APEFC) s’enferment dans l’omerta.

Le plagiat est une violation du droit d’auteur, c’est-à-dire une appropriation non autorisée d’une œuvre protégée. Pour cela, il suffit de mettre en référence la Loi sur le droit d’auteur. Juridiquement, le plagiat avéré est une fraude. De sorte que « l’appropriation illicite et fallacieuse du travail intellectuel d’autrui, mots, idées, analyses ou structures argumentatives », pour citer Robert Berrouët-Oriot, ancien responsable de la coopération interuniversitaire à la Banque de terminologie du Québec de l’Office québécois de la langue française, peut entraîner des sanctions de divers ordres.

Du point de vue de l’UNEQ, « personne ne peut utiliser l’œuvre d’un créateur sans le consentement explicite du titulaire des droits d’auteur », est-il écrit dans ses documents constitutifs. Les principes clés de l’UDA et de la SARTEC se déclinent en lien direct avec la protection de l’intégrité, de l’identité et du droit d’auteur, ce qui sous-tend la défense de la création originale, le respect de la propriété intellectuelle ainsi que la vigilance face aux technologies telles l’IA.

Il s’agit d’une démonstration face à une usurpation préméditée par un auteur et d’une mise en péril de la protection indispensable de l’intégrité intellectuelle. À cet égard, l’œuvre, si chaudement reçue, doit être disqualifiée, conséquence d’une utilisation antérieure de corpus littéraires et d’une appropriation illicite d’écrits sous droit d’auteur, et ce, depuis 2012.

En pareil cas, la tolérance doit être zéro. Et pour qu’il en soit ainsi, le public doit en être le premier requérant. Un auteur, faussement célébré, s’est disqualifié aux yeux de ses pairs. Les éditeurs en cause doivent en prendre acte, autant que les libraires. Car tous réalisent des profits financiers. Une situation inacceptable en pareilles circonstances.

En amont de cette regrettable affaire se trouve la littérature. Elle fut transmise au fil des siècles à celles et ceux qui tiennent de son ADN, partageant, en dépit des autodafés et tant d’autres obstacles, la liberté d’expression et l’intégrité de la création littéraire.

Reste l’IA. Cet ensemble technologique, fait d’algorithmes aux capacités illimitées, s’est imposé dans le quotidien à l’humanité. Sans limites connues, les risques de son omniprésence mettent au défi l’intégrité de la création littéraire par ses capacités de substitution.

Un choix s’impose dès maintenant : s’en servir à tous crins ou non. Question d’éthique, de déontologie et de respect de la tradition mémorielle.

Déjà, la banalisation se pointe. Éric Duhaime, le chef du Parti conservateur du Québec, récemment élu, a lancé de manière irréfléchie : « l’IA est présente dans à peu près tous les livres », propos cités et recadrés dans l’édition du quotidien Le Devoir du 2 octobre 2026. Une sémantique inconsidérée qui sème le doute et qui laisse entrevoir que la littérature est d’ores et déjà en péril.

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