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Tuesday, October 13, 2026

Lever les yeux au ciel

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Vous arrive-t-il, après une élection, par exemple, de lever les yeux au ciel ? Vous le devriez. La vue du ciel calme. Ce doit être pour cela qu’à tous ceux qui ne connaissaient sur Terre que la misère on recommandait de penser au Ciel.

Il était à peu près 18 h 30 ce soir-là lorsque j’ai levé la tête vers le ciel. Le soleil, bien rouge, venait de se coucher. Le fond du ciel, incandescent pour un moment encore, lançait des flammes, mais faiblissait vite, avalé par la nuit noire qui s’avançait, gueule grande ouverte, pour ne faire qu’une bouchée de ce qu’avait été le jour. Le ciel ne comptait que quelques rares nuages gris souris, avec leur centre à peine plus foncé. Ces nuages qui flottaient au loin avaient des allures de ballons échappés lors d’une fête d’enfants. La nuit promettait d’être étoilée.

Depuis que j’ai entendu Robert Lamontagne, astrophysicien et professeur retraité de l’Université de Montréal, donner des explications au micro de Ça vous regarde, l’émission de Madeleine Blais-Morin, je me dis qu’il vaudrait mieux compter ces nuits étoilées, tant elles risquent bientôt d’appartenir au passé.

Notre vision des étoiles de la nuit sera de plus en plus amoindrie. Une étude de l’Observatoire européen austral (ESO), publiée en juillet dernier, estime que 1,7 million de satellites pourraient se retrouver en orbite autour de la Terre d’ici quelques années.

Aujourd’hui, il y a déjà un peu plus de 14 000 satellites. Depuis les années 1960, certains de ces engins finissent par retomber dans l’atmosphère. Leur multiplication risque d’accroître la pollution atmosphérique en y dispersant des particules métalliques et des produits toxiques. Imaginez la situation quand leur nombre dépassera le million.

La nuit venue, on risque bientôt de voir briller surtout des satellites. Une sorte de reflet éclatant de notre capacité à polluer l’univers tout entier.

La compagnie SpaceX d’Elon Musk, ce nouveau champion inattendu de l’indépendance du Québec, envisage à elle seule de déployer jusqu’à un million de satellites supplémentaires. Ces engins serviraient de relais à des centres de données.

À mesure que se multiplient ces constellations de satellites, c’est notre vision même de l’espace qui risque d’être bouleversée. Pour Robert Lamontagne, nous connaîtrons avant longtemps la fin de l’astronomie telle qu’elle s’est pratiquée durant des décennies.

Enfant, je trouvais délirant qu’on puisse abattre des rangées d’érables centenaires, entre les villages d’Island Brook et La Patrie, afin d’élargir la route qui mène à l’observatoire astronomique du mont Mégantic. Au nom du progrès, et comme si des milliers de personnes risquaient d’affluer sur cette route, on sacrifiait des arbres pour mieux regarder les étoiles. Je me dis aujourd’hui qu’on aura bientôt réussi à faire disparaître les arbres comme les étoiles.

Quelle sera la suite ?

Washington affirme disposer d’informations selon lesquelles la Russie développerait une arme nucléaire destinée à neutraliser des satellites. Dans ce scénario de la guerre des étoiles, la Russie pourrait détruire une partie des constellations de satellites occidentaux si ses exigences n’étaient pas satisfaites. On imagine sans peine que Washington se tient prêt à rendre la pareille…

Le mois dernier, le secrétaire à l’Armée de l’air, Troy Meink, a reconnu publiquement que les États-Unis disposent désormais d’armes de contrôle spatial en orbite. Le lendemain, le chef de la Space Force, le général Douglas Schiess, confirmait que des militaires américains opèrent de telles armes. Moscou a dénoncé cette annonce, mettant en garde contre les conséquences potentiellement « catastrophiques » d’un conflit dans l’espace.

Début octobre, Dmitri Medvedev, l’ancien président russe devenu vice-président du Conseil de sécurité, a fait monter les enchères. Si les Occidentaux cherchent à neutraliser la nouvelle constellation russe Rassvet, un réseau de satellites de télécommunications conçu pour concurrencer Starlink, a-t-il prévenu, cela pourrait provoquer « une guerre spatiale à grande échelle ». Les satellites Starlink américains, a-t-il ajouté, tomberaient alors « comme des jouets d’un sapin de Noël desséché ».

Un sapin de Noël… Dans ce monde de fous, qui peut bien croire encore au père Noël ? Pour les adultes, il serait temps en tout cas de recommencer à croire les enfants, puisqu’ils semblent avoir conservé un sens du bien commun qui fait si cruellement défaut aux grandes personnes.

À l’occasion des dernières élections générales québécoises, près de 80 000 enfants ont participé à une consultation organisée par Élections Québec dans ce qu’on a appelé de « petits bureaux de vote ». On ne leur demandait pas de choisir un parti ou un candidat — ce qui est déjà plein de bon sens —, mais d’affirmer ce qui détermine ce qu’est un bon citoyen.

Quatre réponses leur étaient proposées : accepter les différences, aider les personnes dans le besoin, écouter les autres et chercher des solutions aux problèmes. C’est l’entraide qui est arrivée en tête, avec 36,35 % des suffrages valides, suivie du respect des différences, avec 28,55 %. Autrement dit, près des deux tiers des enfants ont choisi de faire passer l’attention aux autres avant toute autre considération.

Pendant que les adultes se demandent comment se livrer à une guerre de satellites dans le ciel, les enfants, eux, choisissent de tendre la main à ceux qui vivent sur Terre. À condition de ne pas toujours laisser les grands de ce monde décider seuls de l’avenir — comme l’ont bien compris des lycéens français —, il reste peut-être quelque chose à espérer de la vie ici-bas.

En attendant, il y a décidément de quoi lever les yeux au ciel.

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