"C'est un film qui crée un lien entre les générations" : Marilou Aussilloux est Une femme aujourd'hui pour Robert Guédiguian

Robert Guédiguian revient au cinéma ce mercredi avec "Une femme aujourd'hui", son 24e long métrage. Marilou Aussilloux en tient le rôle principal. Interview.

De quoi ça parle ?
Juliette, 30 ans, semble avoir tout pour elle : un poste prestigieux dans la finance, une belle maison, une vie rythmée par les voyages et les amours de passage. Lorsqu’elle est agressée par un collègue, son monde s’effondre. Juliette s'engage alors sur un nouveau chemin pour redonner un sens à sa vie.
Un an après la sortie de La Pie voleuse, Robert Guédiguian est déjà de retour avec Une femme aujourd’hui, primé à Venise, section Giornate degli autori. Il s'agit du 24e long métrage de Robert Guédiguian en 45 ans de carrière ! Le grand cinéaste marseillais signe un portrait d’une jeune femme de 30 ans qui semble avoir tout pour elle. Mais sa vie va s'effondrer à la suite d’une agression.
Cette femme d’aujourd’hui est incarnée par Marilou Aussilloux, entourée de la fidèle troupe de Robert Guédiguian, dont Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Grégoire Leprince Ringuet et Gérard Meylan. Jeune talent prometteur, Marilou Aussilloux décroche ici sa première tête d'affiche au cinéma. Elle a également récemment brillé sur les planches dans une pièce de théâtre hommage à Maria Schneider. Nous nous sommes entretenus avec elle.
AlloCiné : Avec le rôle de Seule comme Maria au théâtre, et Une femme aujourd'hui au cinéma ce mercredi, c’est peut-être le hasard qui fait que ces deux rôles se suivent, mais comment choisissez-vous vos rôles ? Qu’est-ce qui est important pour vous quand vous portez une pièce ou un film ?
Marilou Aussilloux, actrice : Je suis sensible au fait de travailler avec des cinéastes qui ont une vraie vision du monde, qui sont investis et se servent de l’art pour réfléchir et se questionner sur la manière de mieux vivre ensemble. C’est quelque chose qui me touche.
Après, le rôle de Maria et celui de Juliette dans le film de Robert se sont enchaînés. Ce sont les petites magies de la vie où plusieurs rôles résonnent entre eux de façon assez logique. C’était chouette parce que dans la pièce, Maria dit à un moment : « L’une des magies de ce métier, c’est de rencontrer des gens qu’on admire et avec qui on va travailler ». C’était le cas pour moi avec Robert [Guédiguian], donc cela créait une continuité hyper belle.
J’aime choisir des scénarios et des rôles qui me touchent. Si le cinéaste a cette vision engagée, c’est un plus pour moi. J’essaie de choisir des rôles qui ont vraiment du sens et qui tentent de répondre aux questions de notre société et de notre génération.
Avez-vous eu des retours lors des avant-premières ou en festival pour Une femme aujourd’hui, en particulier de femmes qui auraient été particulièrement touchées par ce rôle ?
Oui, il y a eu énormément de retours de femmes, mais aussi d’hommes, et c’est ce qui m’a énormément touchée. Des gens venaient me voir en me disant que ça leur avait parlé. En faisant la tournée des salles, j’ai vu que cela touchait aussi bien le public habituel de Robert Guédiguian que des gens de ma génération. Cela crée un lien entre les générations.
Qu’aimez-vous particulièrement dans le cinéma de Robert Guédiguian ?
Sa grande humanité. Il réfléchit à la façon dont on vit dans le monde et dont on peut mieux vivre ensemble. Tous ses films s’intéressent aux rapports de domination, ce sont des films sociaux et très engagés.
En même temps, ils sont très lumineux : il croit en l’humain et a foi en l'autre. Ses films sont poétiques, remplis d’espoir et d’amour. Il s’intéresse aux petites gens, essaie de représenter tout le monde et délivre un message d’espoir. C’est un cinéma à la fois social et romanesque, ce qui est assez rare.
Qu’avez-vous appris sur ce tournage ? En êtes-vous ressortie grandie ?
Oui, tout à fait. C’était une des premières fois où je tenais un rôle principal au cinéma. Je l’avais fait dans des séries, mais c’est différent dans un cinéma d’auteur avec un cinéaste qui a une identité très forte.
J’ai grandi grâce à ce rôle parce qu’il y avait une certaine pression. C’est un personnage dense, complexe et ambivalent, avec beaucoup de couleurs de jeu différentes. C’était un challenge d’actrice : elle passe par des moments de fragilité, puis retrouve de la force et devient tempétueuse ; elle est parfois effacée, parfois pas du tout. C’est un rôle que j’ai beaucoup aimé et qui m’a beaucoup apporté.
D'un point de vue sociétal, il arrive parfois que certaines personnes remettent en cause les réactions des victimes.
Une personne m’a dit que c’était bizarre qu’elle ne dise pas tout de suite ce qui lui était arrivé. C’était intéressant d’expliquer qu’on avait travaillé avec Robert sur la honte associée à l'agression et sur l’incapacité de parler. Le silence est violent et la parole libère, mais ce n’est pas si simple de la prendre, d'autant plus qu'elle n'est pas toujours entendue. C'est ce que raconte le film : Juliette n'est pas écoutee tout de suite, ni par la police, ni par sa patronne.
Vous avez interprété deux personnages ancrés dans des sujets très actuels sur la libération de la parole et de l’écoute. Ressentez-vous des changements dans le milieu depuis l'émergence du mouvement MeToo ?
Il reste encore beaucoup de travail et de choses à déconstruire. En revanche, je remarque une vraie solidarité. Les actrices se parlent entre elles et se préviennent des dangers. Sur les plateaux, il y a une solidarité d’équipe et un lien qui se crée plus facilement. Tout le monde est attentif aux dangers, ce qui instaure un climat de sécurité. Le groupe et le nombre protègent. Les équipes et les partenaires masculins, notamment de ma génération, sont aussi beaucoup plus vigilants et à l’écoute.
Vous avez tourné pour le cinéma, les séries, les téléfilms et le théâtre. Ce parcours varié vous plaît-il ou y a-t-il un univers que vous privilégiez ?
Mon idéal serait de continuer à faire les deux, car ce sont deux métiers différents mais complémentaires. La façon de jouer et le rapport au public ne sont pas les mêmes, je trouve ma liberté dans l’un par rapport à l’autre. J’aimerais pouvoir faire les deux toute ma vie si possible !
Vous avez coécrit la pièce Seule comme Maria. Est-ce quelque chose que vous aimeriez poursuivre, peut-être pour le cinéma ?
J’adorerais écrire pour le cinéma, et je pense que je vais bientôt me lancer, c’est dans mes projets.
Avez-vous songé à adapter Seule comme Maria au cinéma ?
On y a pensé, mais sans trouver comment faire. La pièce s’adresse directement aux spectateurs sans quatrième mur. Au cinéma, ce quatrième mur existe forcément. Il est difficile de transposer cette adresse directe et ce regard dans les yeux qui créent quelque chose de particulier. Ce n’est donc pas d’actualité.
Vous avez récemment tourné pour Pierre Jolivet et Bastien Daret. Quels sont vos prochains projets ?
Je suis actuellement en tournage sur un film de genre horrifique intitulé Dans le nom, réalisé par Tiphaine Raffier, avec Julien De Saint Jean. J'y joue le rôle d'une agricultrice qui vit des événements traumatiques.
Ensuite, je serai au Théâtre des Bouffes du Nord en janvier pour la pièce Nous le Red Star, aux côtés d'Ariane Ascaride. J’y joue une supporter du club de foot de Lens, mère célibataire proche du burn-out. C’était un rôle très chouette et j’espère en faire d’autres.
J’ai d’autres projets de films à venir, mais par superstition, je préfère attendre d’être sur les tournages avant d’en parler.
Propos recueillis par téléphone, par Brigitte Baronnet, à Paris, le 19 octobre 2026
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.