Les Louanges et Arielle Soucy éclairent notre monde au FME
Le Festival de musique émergente d’Abitibi-Témiscamingue (FME), 24e édition du nom, a commencé jeudi soir dernier de splendide manière en réunissant sur la scène principale de la 7e rue, dans le Vieux-Noranda, Birds of Prrrey, Malaimé Soleil, Bon Enfant et Les Louanges, qui bouclait la boucle amorcée à pareille date et au même événement l’an dernier par un concert secret levant le voile sur les chansons nouvelles, toujours en cours d’écriture, de l’album Alouette !, paru en avril dernier. Qu’il fait bon de revenir à Rouyn !
Fin août l’an dernier, Les Louanges sortait de sa tanière à Rouyn-Noranda, après avoir sorti le bout de son museau sans s’annoncer au festival Colline de Lac Mégantic. Son concert au Club de curling a fait l’événement de la 23e édition : toutes oreilles grandes ouvertes, nous accueillions les ébauches de chansons de l’incroyable album à paraître l’année suivante.
Son retour vendredi soir, au terme d’une tournée de festivals et avant celle en salle qui le mènera au Théâtre Olympia début décembre pour trois concerts, témoignait de l’évolution de ces chansons en album, puis de l’album en spectacle, lui-même encore en transformation. Après l’avoir vu galvanisé au Festival d’été de Québec en juillet dernier, Vincent Roberge (Les Louanges) nous a paru plus contenu ce vendredi soir, mais non moins captivant. Plus proche du public aussi, tant celui-ci était attentif à ce qui se déroulait sur scène, jusque dans les passages plus doux.
Plus doux ou plus sérieux ? Cet album, Alouette !, interroge notre rapport au pays, questionne la définition de ce qu’est un Québécois. Question délicate en cette campagne électorale, dans laquelle Roberge se retenait d’intervenir en discutant avec le public entre les chansons « qui parlent d’elles-mêmes », a-t-il insisté. Pas besoin d’en rajouter, sinon pour remercier les travailleurs du système de santé qu’il a côtoyés à titre de proche aidant. Les mots de Les Louanges ont du poids lorsqu’on les écoute en écho aux débats auxquels se livrent aujourd’hui les chefs de partis. Nécessaire concert, que le musicien et ses accompagnateurs ont conclu avec les rythmes les plus dansants de son répertoire.
Recueillement à l’Agora des arts
La soirée hip-hop, avec Kamilou, Aswell et Koriass, affichait complet vendredi soir au site extérieur de la 7e rue ; juste en face, l’Agora des arts est devenue un refuge au tumulte festivalier alors que se sont succédé sur scène Afternoon Bike Ride et Arielle Soucy le temps d’un programme aussi magnifique que délicat.
Le trio montréalais Afternoon Bike Ride, augmenté d’un batteur pour cette tournée de l’album Running With Scissors qui prenait fin à Rouyn-Noranda, a fait comme toujours dans la dentelle, brodée autour de la belle voix de Lia Kurihara. Les chansons du trio tiennent toutes seules, une guitare (celle de David Tanton ou de Lia), une voix, et se révèlent sur scène, davantage que sur disque, dans ses habits folk ; avec délicatesse, Éloi Le Blanc-Ringuette manipule les notes en direct avec ses boîtes à effets, pose quelques notes de claviers ou un motif de mélodica, ajoutant une dimension électronique et moderne au répertoire, surtout tiré du récent album paru l’automne dernier, les belles 20 Seasons, Beautiful&Treacherous, Oh No1 et Abigail, entre autres.
Passé 21 h, Arielle Soucy a allumé les lampions au-devant de la scène et convié ses quatre accompagnateurs à la rejoindre. Dès l’introduction, on est frappé par la beauté du chœur, quatre voix s’élevant dans cette ancienne église, le genre de lieu qui sied à l’univers musical de l’autrice-compositrice-interprète ayant offert en mars dernier le superbe et mystérieux album Passage.
Droite au centre de la scène avec sa guitare, Soucy alterne entre chansons folks au ras les racines du genre et airs pastoraux aux poignants arrangements vocaux. Une contrebassiste, une choriste qui touche un peu aux percussions, une claviériste et ce Marcus Lowry, à la guitare et au harmonium : formation atypique qui traduit parfaitement la musique, à la fois charnelle et spirituelle, d’Arielle. En prime, sa version « triste » de la joyeuse Soleil, Soleil de Nana Mouskouri, commandée pour une série télé, qui vaut à elle seule le prix d’entrée pour son superbe concert.
Apéro
La série des concerts Apéros proposait vendredi en début de soirée l’occasion d’entendre pour la première fois sur scène les chansons toutes fraîches du nouvel album de Muhoza&Carson, nouvelle désignation du groupe du MC Déric Muhoza Eloundou, récipiendaire de l’édition 2025 du concours Les Francouvertes. Autoproduit, l’album Prend soin de toi a eu droit au traitement royal à Rouyn-Noranda : neuf musiciens sur scène, du saxophone, des claviers et des chœurs, pour donner des voiles au groove soul-jazz-funk des compositions.
Mal servi dans cette salle communautaire, jadis le Centre Italo-Québécois de Rouyn-Noranada, par une sonorisation ingrate, Muhoza&Carson (ce dernier étant la principale voix soul donnant la réplique aux rimes du premier) et les collègues ont néanmoins défendu avec plaisir et passion ce nouveau matériel. Il est tout court, l’album, mais ses chansons font mouche : belle première impression.
La 24e édition du Festival de musique émergente se poursuit samedi, avec Lou-Adriane Cassidy en tête d’affiche du site extérieur et le retour du fier rouyn-norandais Philippe B, et dimanche, avec un événement spécial dans le cadre des festivités du centenaire de la capitale abitibienne mettant en vedette The Sadies et les rockeuses de Taxi Girls.
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