La pinte de lait, le nouveau défi de la consigne au Québec

Dans quatre mois, la consigne sera élargie une nouvelle fois au Québec. Après un report de deux ans de cet élargissement, les contenants de boisson prête-à-boire en carton multicouche de 100 ml à 2 litres, comme les cartons de lait et de jus, seront inclus dans le système. Le montant de la consigne sera de 10 cents.
Selon les données de Consignaction, ce sont environ 600 millions de nouveaux contenants qui seront consignés. Les consommateurs pourront donc les rapporter dans les lieux de retour Consignaction ou encore chez les détaillants.
Pour l’instant, cette matière se retrouve dans la collecte sélective. On ignore où elle est acheminée par la suite et quel est le taux de recyclage. Une partie pourrait être envoyée à l’étranger.
Le défi pour Consignaction sera de trouver des débouchés localement pour ces nouveaux contenants consignés et atteindre les cibles de valorisation fixées par le précédent gouvernement.
Selon nos informations, Consignation prévoit qu’il y aura de 13 000 à 15 000 tonnes de cartons multicouches qui vont transiter annuellement dans le système de consigne. Pour la première année, l’organisme n’anticiperait recevoir que de 5000 à 8000 tonnes, le temps que les consommateurs s’habituent à cette nouvelle façon de faire.
Mais le problème pour les dirigeants de l’organisme, c’est qu’il n’y a qu’une entreprise au Québec qui peut traiter ce type de matière et la recycler. Il s’agit de Sustana, à Lévis.
En plus d’être la seule entreprise dans le domaine, elle n’a la capacité de recycler que 3000 à 4000 tonnes de contenants multicouches par année. C’est quatre fois moins que ce que va générer la consigne, ce qui fait que ce sera difficile pour Consignaction d’atteindre les objectifs fixés par le précédent gouvernement.
Le réglement exige qu’en 2030, 80 % des contenants multicouches soient valorisés localement, c'est-à-dire notamment au Québec.
Consignaction tente actuellement de trouver d’autres débouchés pour la matière.
De son côté, Sustana a un projet d’agrandissement et de modernisation de son usine de 10 millions de dollars qui lui permettrait de prendre la totalité des cartons multicouches générés au Québec. Mais selon la directrice associée au développement durable et aux affaires publiques chez Sustana, Marie-Eve Chapdelaine, le projet ne verra pas le jour d’ici le mois de mars.
C’est un projet qu’on débuterait le printemps prochain. C’est un projet d’un an et demi. On s’attend d’être capable de prendre du tonnage supplémentaire de cartons multicouches à la fin de 2028.
Pour l’instant, on n’est pas en mesure de prendre de 13 000 à 15 000 tonnes. On est limité avec les procédés.

Des ballots de matières recyclables empilés dans l'entrepôt de Fibres Sustana, à Lévis.
Photo : Radio-Canada / Maxime Denis
Il existe cinq usines qui se spécialisent dans le recyclage de ce type de contenants aux États-Unis, dont une qui appartient à Sustana, selon Mme Chapdelaine. On a une usine au Wisconsin, mais on parle de plusieurs centaines de kilomètres du Québec. Il n’y a pas beaucoup de recycleurs de ces matières-là en Amérique du Nord.
Il y a également des usines en Asie.
Le directeur général du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets, Karel Ménard, n’arrive pas à comprendre pourquoi le précédent gouvernement a voulu consigner ce type de contenants, alors qu’il n’y a pas réellement de capacité de recyclage au Québec. Si on récupère via la consigne, il faut s’assurer qu’on a un débouché, parce que récupérer pour récupérer, ça ne sert pas à grand-chose.
M. Ménard remarque qu’on va commencer à consigner les cartons de lait et de jus, alors qu’ils ne posent pas réellement de problème au niveau de la récupération et de l’environnement. Le bac de récupération fait le travail. Ces contenants-là sont principalement consommés à la maison. Je n’ai jamais vu personne boire un deux litres de lait à l’extérieur et le jeter sur le trottoir comme pour une bouteille d’eau en plastique, par exemple.
Ce n’est pas un enjeu environnemental, comme c’est le cas pour le verre dans le bac de récupération.
L’élargissement de la consigne à ces contenants suscite aussi des préoccupations chez les commerçants, alors qu’il y a encore un nombre limité de lieux de retour Consignaction. Le président-directeur général de l’Association des détaillants en alimentation du Québec, Pierre-Alexandre Blouin, se demande comment les épiceries et les dépanneurs vont pouvoir gérer et entreposer tous les cartons de lait que les consommateurs vont rapporter.
C’est un contenant qui n’est pas propre et qui prend beaucoup d'espaces d’entreposage, et quand il est souillé, ça attire la vermine. Et, ce n'est pas le genre de choses qu’on veut dans nos magasins d’alimentation.
C’est un son de cloche qui est unanime chez les détaillants. On ne veut pas de ces nouvelles matières-là. C’est incompatible avec nos opérations.
On estime qu’à compter du 1er mars, environ 5 milliards de contenants de boissons seront visés par le système de consigne. D’ici là, Consignaction poursuit le développement de son réseau de lieux de retour partout au Québec. On en compte actuellement 182 sur les 400 que doit avoir l’organisme d'ici l'élargissement de la prochaine phase de la consigne, dans quatre mois.
Un total de 1200 points de retour de contenants consignés au Québec est prévu, soit les 400 centres de Consignaction et 800 autres points de retour chez divers détaillants.
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