Êtes-vous prêts à payer jusqu’à 2000 $ pour voir des artistes décédés en hologramme?

Payer près de 2000 $ pour regarder une projection numérique capable de vous parler dans votre langue : l'industrie musicale multiplie les résurrections sur scène grâce à l'intelligence artificielle. Après Sidhu Moose Wala à Toronto et ABBA à Londres, des avatars interactifs d'artistes disparus s'apprêtent à envahir les salles de spectacle.
Ravinder Sidhu et sa sœur Nav ont fait le voyage depuis l’Inde jusqu’à Toronto pour assister, vendredi dernier, au coup d’envoi de la tournée mondiale Signed to God de Sidhu Moose Wala.
Or, ce n’était pas l’artiste lui-même qui donnait un spectacle sur scène, mais bien un hologramme.

L'hologramme du rappeur punjabi Sidhu Moose Wala sur scène lors d'un concert à Toronto le 9 octobre dernier.
Photo : Fournie par Harry Singh
Le rappeur punjabi, qui avait lancé sa carrière musicale à Brampton, en Ontario, a été tué en 2022 près de sa ville natale dans le nord de l’Inde.
Ce sera peut-être futuriste
, soutient M. Ravinder à l’extérieur de l’aréna Banque Scotia avant le spectacle.
On est bouche bée. On est surexcités.
M. Ravinder et sa sœur ont déboursé 550 $ chacun pour leurs billets.

Le rappeur Sidhu Moose Wala a été tué dans le nord de l'Inde en 2022. Quatre ans plus tard, un hologramme de l'artiste fait une tournée mondiale.
Photo : Facebook/Sidhu Moose Wala
Un autre amateur, Harry Singh, affirme avoir déboursé 270 $ pour son billet, sans compter le prix du vol depuis la Californie. Si vous aviez attendu à la dernière minute, ce même billet coûterait environ 1500 $
, a-t-il raconté quelques heures avant le spectacle. J’ai eu beaucoup de chance. Je les ai achetés à l’avance.
Certains billets coûtaient près de 2000 $ à Toronto.
Une industrie qui vaudrait des milliards
Pour Alan Cross, journaliste et historien de l'industrie de la musique, cette industrie des spectacles avec des hologrammes pourrait valoir des milliards de dollars
.
Il explique que c'est une façon pour les investisseurs qui achètent les catalogues musicaux d'artistes âgés ou décédés de tirer profit de leurs actifs avant qu'ils ne fassent partie du domaine public.
Il faut récupérer son investissement. On ne peut pas faire ressusciter l'artiste physiquement, mais on peut le faire virtuellement pour se faire de l'argent.

Un hologramme de Tupac Shakur qui donne une performance au festival Coachella en 2012 en compagnie de Snoop Dogg.
Photo : Getty Images / Christopher Polk
Selon lui, il s'agit d'ailleurs d'une industrie en plein essor devant un public habitué au numérique.
Il cite par exemple le succès commercial d’Abba voyage à Londres, lors duquel des avatars numériques rajeunis des membres du groupe pop suédois se sont produits accompagnés d’un groupe de dix musiciens en direct.
Bien avant cette tournée, des milliers d'admirateurs du célèbre rappeur Tupac Shakur ont pu voir une prestation de son hologramme lors du festival Coachella en 2012.
Pour l'expert en technologie Carmi Levy, ce spectacle utilisait des techniques très avant-gardistes pour l’époque
. La qualité de cette technologie s’est considérablement améliorée au rythme des progrès de l’intelligence artificielle (IA).
Interagir avec les hologrammes
David Nussbaum, fondateur de Proto, une entreprise spécialisée dans les hologrammes basée à Los Angeles, affirme que l’utilisation des hologrammes pour faire revivre des vedettes décédées est tout à fait logique
.
Nous travaillons actuellement avec Jack et Sharon Osbourne pour faire revivre Ozzy, qui est décédé il y a à peu près un an.
M. Nussbaum qualifie cette reproduction du chanteur de Black Sabbath réalisée par son entreprise d’avatar d’IA agentique
. Elle possède une connaissance encyclopédique de l’œuvre et de la vie publique du chanteur rock, et peut s’adresser à ses partisans dans des langues que la véritable vedette n’a jamais connues.
Si tu es Chinois et que tu poses une question en chinois, il te répondra en chinois. Si tu es Italien et que tu lui poses cette question en italien, il te répondra en italien
, déclare-t-il.
Bientôt une technologie disponible chez soi?
M. Nussbaum explique que son entreprise vise à intégrer de manière transparente
des hologrammes réalistes, alimentés par l’IA, dans de nombreux domaines.
Bien que cette technologie soit largement utilisée dans le domaine de la musique et du divertissement, c’est surtout dans le secteur des affaires qu’elle trouve son application.
Les médecins s’en servent pour se connecter à distance à des cliniques situées dans des régions rurales isolées, où les patients ont du mal à trouver des médecins spécialisés et des professionnels de la santé
, raconte-t-il. Les professeurs s’en servent pour intervenir depuis n’importe où dans le monde.
L’expert en technologie Carmi Levy affirme que ce n’est qu’une question de temps avant que les consommateurs puissent profiter d’expériences holographiques chez eux.
Si l’on considère le téléphone intelligent typique d’aujourd’hui, dont les capacités photographiques et vidéo auraient fait rougir un photographe ou un vidéaste chevronné il y a à peine quelques années, on comprend aisément qu’à un moment donné, des capacités avancées d’IA 3D — voire des capacités holographiques — finiront par être intégrées aux fonctionnalités multimédias d’un téléphone intelligent, ou de tout autre appareil qui le remplacera
, croit-il.
L’industrie s’oriente sans aucun doute vers cette évolution
, ajoute-t-il.
Avec les informations de Jeff Lagerquist et de Philippe de Montigny, CBC News
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