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Wednesday, October 28, 2026

Les entreprises européennes ont plus profité du libre-échange que celles du Québec

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Les Québécois et les Européens brassent plus d’affaires depuis la signature de l’accord de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne (UE), le 30 octobre 2016 à Bruxelles. Dix ans plus tard, les entreprises du Vieux-Continent semblent toutefois en avoir mieux tiré parti.

Les entreprises canadiennes et québécoises « ne profitent pas assez » de leur accès à un marché de 450 millions d’habitants, juge le spécialiste du droit international économique et professeur à l’Université Laval, Richard Ouellet, en entrevue. « Les chiffres montrent que les Européens gagnent plus que nous avec cet accord de libre-échange et, à certains égards, ce n’est pas normal. »

Les échanges commerciaux entre le Québec et l’Union européenne ont augmenté de près de 77 % depuis 2016 pour atteindre près de 44 milliards $ pour la catégorie des biens en 2025, selon les données de Statistique Canada.

L’AECG a facilité l’accès au marché européen, estime la présidente-directrice générale de la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ), Véronique Proulx. Les exportations québécoises vers l’Europe ont augmenté de 62 % en dix ans, selon les données de Statistique Canada. « C’est quand même significatif. »

Les entreprises européennes ont toutefois appuyé plus fortement sur l’accélérateur avec une progression de 85 %, si bien que la balance commerciale penche davantage en faveur des Européens qu’il y a dix ans.

En 2016, le déficit commercial du Québec avec l’UE pour les biens représentait 32 % de leurs échanges. Ce ratio est passé à 37 % en 2025.

Les données pour les échanges de services ne sont pas compilées par province, ont indiqué Statistique Canada et l’Institut de la statistique du Québec.

Le portrait est relativement similaire pour l’ensemble du Canada. Son déficit commercial représentait près du quart des échanges de biens et services entre les deux partenaires commerciaux en 2025.

Tout n’est pas question de gagnants ou de perdants lorsqu’on analyse la balance commerciale, nuance l’économiste Florence Jean-Jacobs, du Mouvement Desjardins.

« Une hausse des importations, ça ne veut pas dire que c’est négatif, explique-t-elle. Au contraire, ça peut vouloir dire que les entreprises sont en train d’investir pour leur croissance. »

Mme Jean-Jacobs donne l’exemple d’une entreprise qui importe des matériaux et de l’équipement, des investissements qui lui permettront d’être plus productive.

L’économiste croit, elle aussi, que les débouchés possibles de l’AECG « ne sont pas pleinement exploités ». « Il y a beaucoup de secteurs en demande en Europe », souligne-t-elle.

Elle pointe vers l’aéronautique « où il y a encore de la place pour croître ». Elle donne aussi en exemple l’aluminium, les minéraux, comme le fer, le cuivre et le nickel, les produits pharmaceutiques ainsi que la machinerie.

Des barrières en Europe

Même sans droits de douane sur la quasi-totalité des échanges, exporter en Europe n’est pas si simple pour les entreprises québécoises.

Mme Proulx souligne que 99,7 % des entreprises québécoises sont des PME de moins de 500 employés, dont à peine 3,8 % sont des exportatrices.

« Le fait qu’on ait de très petites entreprises et que peu d’entre elles exportent explique, en partie, pourquoi les Européens en ont profité plus que nous, avance-t-elle. Parce que les Européens, ce sont des exportateurs depuis toujours. »

Le libre-échange ne réduit pas la distance géographique. Il est plus coûteux d’acheminer des biens vers l’Europe que vers nos voisins du Sud, ajoute Mme Proulx.

Pour percer le marché européen, les entreprises québécoises doivent aussi naviguer à travers la complexité de la réglementation européenne.

« Faire affaire en Europe, ce n’est pas facile, constate M. Ouellet. La réglementation européenne est lourde et faire certifier des produits pour pouvoir les vendre, c’est long. Nos partenaires européens, on les aime beaucoup, mais ils sont tatillons. »

Un accord inachevé

Dix ans plus tard, l’AECG reste un accord inachevé. Dix pays européens, dont la France et l’Italie, n’ont pas notifié l’UE de la ratification de l’accord, car il n’a pas obtenu un vote favorable dans leurs parlements. L’accord est donc en vigueur de manière provisoire.

Les opposantes à l’AECG ont été plus bruyantes en Europe qu’au Canada, constate M. Ouellet. « Il y a cette espèce de paradoxe où les réticences politiques sont du côté du gagnant et celui qui perd est ravi d’être signataire de cet accord-là. »

Concrètement, cette absence n’a pas grand impact, tant qu’aucun pays ne signifie pas officiellement à l’UE qu’il s’oppose à la ratification, explique M. Ouellet.

Au moment où les Européens et le Canada se font les yeux doux et parlent d’un partenariat renforcé, le caractère « provisoire » de l’accord représente un élément d’incertitude.

Le plus grand risque serait que la France décide de se retirer après une victoire potentielle du Rassemblement national (RN) de Marine Le Pen à la présidentielle française, selon lui.

À l’approche du Sommet Canada-UE, qui aura lieu à Montréal cette semaine, le professeur croit que le gouvernement Carney devrait privilégier de plus petits accords.

« Le projet de rapprochement avec l’Union européenne est fort intéressant, mais il faut y aller prudemment, parce qu’il ne faudrait pas signer quelque chose qui appelle l’approbation de tous les parlements européens, prévient-il. On n’aura pas obtenu la prévisibilité qu’on cherche. »

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