Les hêtres se meurent, comment rendre la forêt d’Anlier plus résiliente au dérèglement climatique ?

La forêt d’Anlier est composée essentiellement de hêtres, d’épicéas et, dans une moindre mesure, de chênes sessiles. Une quasi-monoculture qui montre ses limites face aux épisodes de sécheresse qui se multiplient. Les signes de dégradation se multiplient : les hêtres présentent ce que les forestiers appellent une "descente de cime", un phénomène où les branches terminales au sommet de l’arbre perdent leurs feuilles.
"C’est une dégradation progressive, ce sont les arbres les plus âgés qui lâchent parce qu’ils sont les plus hauts", explique Patrick Verté, chef du cantonnement du DNF d’Habay. Le hêtre est une espèce particulièrement vulnérable à la sécheresse, et la répétition de ces épisodes ces dernières années accélère son déclin et avec lui, celui du massif.
Diversifier pour survivre : des espèces testées sur le terrain
Face à ce constat, la réponse des gestionnaires est claire : il faut diversifier. Mais quelles essences planter ? Les incertitudes sont nombreuses. Sur les zones mises à blanc lors de la crise du scolyte — un insecte ravageur qui a décimé les épicéas —, des expérimentations sont en cours avec des feuillus indigènes comme le châtaignier, le bouleau, l’érable sycomore, le charme, le chêne sessile ou encore le peuplier tremble. Des conifères sont également testés, dont le pin laricio, une espèce originaire de Corse.
Pin laricio de Corse planté en forêt d’Anlier © RTBF – Anaïs Stas
"Ce qui est intéressant de voir, c’est que ce qui était protégé dans la clôture a très bien poussé, comparé à ce qui est hors clôture, qui fait un tiers de la hauteur", observe Guillaume De Decker, du Parc naturel Haute Sûre Forêt d’Anlier. Après trois à quatre ans, les plants se portent globalement bien lorsqu’ils sont protégés du gibier. Le rôle des essences pionnières comme le bouleau est également remis en avant : ces arbres, absents de la monoculture de hêtres, jouent un rôle de "cicatrisant" en colonisant les trouées et en faisant de l’ombre qui bénéficiera aux autres plants.
Retenir l’eau, laisser entrer la lumière : des chantiers colossaux
À quelques kilomètres de là, d’autres travaux sont en cours. Des hêtres ont été abattus pour laisser les chênes sessiles se développer. "L’idée, c’est de laisser à nouveau la lumière pénétrer dans le sous-bois pour permettre au chêne de pousser et de se reproduire par semis naturels", indique-t-on sur le terrain. Parallèlement, les gestionnaires s’attaquent à un problème moins visible mais tout aussi crucial : les drains.
Coupes d’éclaircies pour favoriser la régénération des chênes sessiles en forêt d’Anlier. © RTBF – Anaïs Stas
"On ne dirait pas, mais si on observe la forêt avec un radar lidar, on se rend compte qu’il y a des drains partout", souligne Patrick Verté. Ces canalisations ont été installées il y a des décennies pour évacuer rapidement l’eau et améliorer le rendement des pessières. Les forestiers les rebouchent progressivement, l’objectif est de retenir l’eau dans la forêt pour constituer des réserves en cas de sécheresse, mais aussi limiter les inondations dans les villages en aval lors de fortes pluies. "C’est un travail colossal qui prendra des années, des décennies", reconnaît-il.
Un modèle économique à réinventer
Au-delà des enjeux écologiques, la transformation de la forêt d’Anlier soulève aussi des questions économiques. Aujourd’hui, la vente de bois de hêtres et d’épicéas génère environ 2 millions d’euros par an, répartis entre les différents propriétaires en indivision, soit la Région wallonne et neuf communes. Les nouvelles essences testées offriront-elles un rendement comparable ? Pour l’heure, il n’existe pas encore de marché pour ces espèces.
D’autres défis s’ajoutent à l’équation : un risque d’incendies en hausse, des aléas climatiques encore difficiles à anticiper. La forêt d’Anlier est à un tournant. Sa transformation est engagée, mais les forestiers sont engagés dans une course contre la montre : combien de temps reste-t-il avant un dépérissement global, 80 ans, 50 ans, plus ou moins ?
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