Le Canadien, imparfait et encourageant à la fois

TORONTO - Il faudra travailler un peu sur la manière et, ça tombe bien, ils en auront l’occasion dans les prochains jours, car il n’y avait rien d’éblouissant dans ce premier match de la saison du Canadien contre les Maple Leafs. Rien d’éblouissant, mais de l’efficacité par contre.
Est-ce ce court camp d’entraînement qui a joué un vilain tour au premier trio en quête de chimie avec le nouveau venu Chris Kreider? Est-ce l’atmosphère morne de cet amphithéâtre hébété qui aspire l’énergie de l’adversaire? Est-ce Uranus peut-être en Neptune ces jours-ci?
Martin St-Louis n’était pas impressionné par la prestation de sa troupe et a ressorti l’un de ses vieux classiques lorsqu’il préfère réserver ses commentaires, soit le fameux il va falloir que je regarde le match à nouveau
.
Son appréciation du travail du trio de Nick Suzuki, Cole Caufield et Kreider? Il devra revoir le match. Ne lui dites pas avant qu’il ait eu le temps de le faire, mais ce n’était guère joli. Il a tout de même admis que l’adaptation de Kreider va peut-être prendre un petit peu de temps
.
Les trois avaient les pieds dans le béton par moments, comme lorsque le capitaine, un peu trop téméraire, s’est bêtement fait déjouer par William Nylander dès la première minute de jeu, permettant aux Leafs d’ouvrir la marque. Contre le trio d’Auston Matthews, Suzuki et ses ailiers ont contrôlé moins de 25 % des tentatives de tir.
Quel est le sentiment général de l’entraîneur après cette rencontre que son équipe, il faut bien le dire, a fini par gagner 3-2? Il devra revoir le match.
Tu peux gagner des matchs même si tu n’es pas parfait
, a rappelé St-Louis.
C’était une rencontre un peu décousue
, a-t-il précisé tout en ajoutant que, dans ces cas-là, tu prends la victoire
.
À travers ce duel plutôt quelconque, il y a tout de même plusieurs aspects positifs auxquels se raccrocher.
Dobes fin prêt
À tout seigneur tout honneur.
À bout portant contre le jeune Gavin McKenna, du haut de l’enclave face à Matthews, directement devant lui aux dépens de John Tavares en désavantage numérique, de la mitaine pendant un déplacement latéral pour frustrer Kirill Marchenko, vraiment, Jakub Dobes s’est montré à la hauteur de son statut de jeune premier mardi soir.
De l’aveu même de son entraîneur, le Tchèque de 25 ans a joué un maudit bon match
.
Ça n’a pas été notre meilleur départ, a souligné Alexandre Carrier. C’était super important qu’il soit solide. Parfois, quand tu te fais marquer un premier but tôt dans le match, ça peut être un peu dur mentalement, mais je trouve qu’il a tellement bien réagi.
Je me sens bien, j’ai vu que beaucoup de gens ont pas mal d’opinions à mon sujet. Je voulais juste prouver que j’étais prêt
, a lancé Dobes, un peu énigmatique, comme toujours.
Une vidéo circulait sur les réseaux sociaux, lundi, évoquant une nonchalance de sa part lors de la séance d'entraînement avant le départ pour Toronto. Cela l’a-t-il motivé? Les voies des gardiens sont souvent impénétrables et, à l’occasion, leur filet aussi.
Toujours est-il qu’il a permis à son équipe de maintenir la tête hors de l’eau en début de rencontre lorsque les tirs étaient de 7-1 en faveur des Maple Leafs. Puis, Josh Anderson a créé l’égalité.
D’ailleurs…
Anderson, ce meneur d’hommes
Quand Josh Anderson joue de cette façon, il est particulièrement difficile à arrêter. Les Leafs n’y sont pas vraiment parvenus et Anderson a conclu sa soirée de travail avec un but, une passe, quatre mises en échec et une perdrix dans un poirier.
Il n’y a pas de secret avec le buteur de Burlington qui a modifié son approche au fil des ans. Aujourd’hui, devenu résolument un joueur de profondeur, Anderson connaît son rôle. Avec le départ de Brendan Gallagher, la direction l’a affublé du titre d’adjoint au capitaine, confirmant officiellement le rôle de leader qu’il assumait déjà sans en avoir la lettre.
Réuni au sein d’un trio avec Jake Evans et Zachary Bolduc, aussi auteur d’un but, son nouveau titre a semblé lui donner des ailes. Non pas qu’il en ait besoin d’ordinaire contre les Leafs, comme en témoignent ses 17 buts en 42 rencontres en carrière.
Ces trois joueurs avaient passé seulement 58 minutes ensemble l’an dernier; St-Louis pourrait avoir eu la main heureuse en les réunissant, la magie a opéré mardi.

Zachary Bolduc (76) avec le disque devant Gavin McKenna (92).
Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette
Bolduc, lui-même habitué à toujours être le premier joueur en échec avant, intelligemment, s’est mis à chercher les zones d’espace libre pour se faire oublier. Ç’a d’ailleurs fonctionné lors de la séquence qui a mené à son but. Le fait d’être associé à une locomotive de ce genre pourrait lui permettre de diversifier son offre.
C’est sûr que ça crée d’autres ouvertures
, a admis le Québécois.
J’aime ça jouer avec [Anderson]. Il a un coup de patin incroyable. Lui et Jake [Evans] ont un jeu qui ressemble un peu au mien. On mélange bien toutes nos forces.
[Anderson] a joué dans son ADN. C’est ce que tu aimes voir de lui. Il a poussé l’équipe ce soir. Il est capable de tirer le groupe avec son intensité, sa robustesse. Il est capable de prendre la parole. Le A, il le mérite et il a joué comme un leader ce soir
, l’a encensé St-Louis.
Un bon départ pour un joueur qui amorce la dernière année de son contrat et qui a déjà manifesté publiquement son désir de demeurer à Montréal. Même si l’équipe n’a pas beaucoup changé cet été, l’arrivée de Kreider et la progression de Florian Xhekaj, entre autres, font en sorte que le CH a beaucoup d’options à l’attaque.
Ça s’est reflété dans le temps de jeu plutôt équilibré qu’a saupoudré le patron. Les attaquants ont tous joué entre 11 et 18 minutes. Cela a le double avantage de garder tout le monde bien impliqué dans le match et de ne pas surcharger les meilleurs éléments.
Mission accomplie en désavantage
En fin de semaine dernière, le Canadien a accordé six buts aux Sénateurs en désavantage numérique dans les matchs disputés simultanément à Montréal et Ottawa. Un œil au beurre noir à la nouvelle stratégie déployée par l’entraîneur associé Derek Lalonde.
Derek a du travail à faire
, avait lancé St-Louis à la blague samedi.
Derek a travaillé, visiblement.
Montréal a été parfait en trois occasions, n’accordant que quatre lancers aux Maple Leafs durant ces six minutes d’infériorité.
Il y a beaucoup de petits détails qui font une grosse différence. On ne paniquait pas, on croyait au système, on savait que ça allait prendre du temps et c’est un pas dans la bonne direction
, a fait valoir Carrier, première étoile du match et auteur du but vainqueur.
Résumons-nous.
Ce fut une copie brouillonne, certes, mais l'élève a quand même fourni un bel effort. C'est parfois suffisant pour être récompensé.
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