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Thursday, September 17, 2026

Utilisons l’UQTR et la science pour relancer le hockey québécois

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Le recteur de l’UQTR, Christian Blanchette, était un participant particulièrement fébrile, mardi, à la conférence de presse officialisant le lancement d’une ligue masculine de hockey universitaire entièrement québécoise. Après avoir discuté avec lui, il était difficile de ne pas l’être aussi.

Comme l’écrivait hier le collègue Raphaël Massoud, ça fait plus de 40 ans qu’il n’y a plus de ligue universitaire entièrement composée de formations québécoises.

À compter de l’automne 2027, l’Université de Sherbrooke, l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) et l’École de technologie supérieure (ETS) se joindront donc à McGill, à Concordia et à l’UQTR pour former une ligue à six équipes.

Des joueurs habillés des couleurs de six équipes de hockey.

La nouvelle ligue québécoise de hockey universitaire masculin de première division regroupera six établissements : Concordia, McGill, l’UQAC, l’Université de Sherbrooke, l’ÉTS et l’UQTR.

Photo : Radio-Canada / Gabriel Claveau

Contrairement à ce l’on voit aux États-Unis, le hockey universitaire n’a jamais fait partie de la stratégie de développement des hockeyeurs au Canada. Et ce, même s’il s’agit d’un sport à développement tardif. Malgré l’enthousiasme qui régnait hier dans le milieu du hockey québécois, il ne faut toutefois pas se leurrer : le hockey universitaire ne fait toujours pas partie du plan d’excellence de notre côté de la frontière.

En plus de ce retard stratégique et philosophique, la naissance de cette ligue québécoise est annoncée deux ans après que les universités de la NCAA ont commencé à ouvrir leurs portes aux hockeyeurs issus du hockey junior majeur canadien.

Les programmes universitaires américains sont financés jusqu’aux oreilles, les joueurs-étudiants y sont même rémunérés. En plus, les ligues de la NCAA sont particulièrement valorisées par les recruteurs des équipes professionnelles. Il apparaît donc évident que la nouvelle ligue québécoise pourra difficilement retenir les meilleurs talents au Québec.

Un bandeau annonçant le balado de Radio-Canada Sports : Tellement hockey

Cela dit, le dilemme était le suivant : soit on ne faisait rien, soit on commençait quelque part. Heureusement, le réseau universitaire québécois a choisi la seconde option.

La création de cette ligue corrigera d’abord une épouvantable anomalie. Nous misons au Québec sur l’un des plus importants bassins de hockeyeurs au monde, soit environ 90 000 joueurs. Et jusqu’à l’annonce de mardi, le sommet de cette pyramide n’était constitué que de trois équipes universitaires, dont une seule représentant une université francophone : les Patriotes de l’UQTR.

Depuis longtemps, les Patriotes et l’UQTR constituent une sorte de village gaulois au sein de l’écosystème de hockey canadien. Ils refusent d’être vaincus ou laissés pour compte. Ils ne font pas beaucoup de bruit, mais, méthodiquement, ils prennent les moyens nécessaires pour continuer à exceller.

Dans un monde où les hockeyeurs québécois ne parviennent presque plus à se tailler de postes au sein des équipes nationales, et où les équipes de la LNH boudent de plus en plus le talent québécois, les exemples de programmes implantés au Québec qui dominent sur la scène canadienne se font rares.

Mais les Patriotes l’ont fait en remportant deux championnats nationaux et en participant à trois finales nationales au cours des cinq dernières années.

Le fait de compétitionner en Ontario ne nous a pas empêchés d'exceller, lance fièrement le recteur, Christian Blanchette.

Je pense que nous avons démontré que nous avions le programme de hockey universitaire masculin le plus performant. Deux championnats canadiens, une médaille d'argent et une médaille de bronze, ça nous fait quatre podiums en cinq ans. C'est majeur.

Un homme assis dans un bureau.

Le recteur de l'UQTR, Christian Blanchette

Photo : Radio-Canada / François Genest

Hors des frontières canadiennes, toutefois, c’est probablement plus à cause de l’excellence de son laboratoire de hockey (baptisé SCORE) que l’UQTR fait le plus parler d’elle lorsqu’il est question de notre sport national.

Au cours des 10 dernières années, pendant que tout le monde cherchait à comprendre pourquoi le hockey québécois déclinait, Jean Lemoyne, professeur et chef du Département des sciences de l’activité physique de l’UQTR, bâtissait, pièce par pièce, un pôle de savoir qui est devenu une référence partout dans le monde.

Il est maintenant courant de retrouver des citations provenant des travaux effectués par les chercheurs de l’UQTR dans des études étrangères ou des articles scientifiques traitant de sujets comme l’identification du talent, l’âge relatif ou le développement des athlètes.

La recherche que Jean Lemoyne fait à l'international, à travers le Québec et au Canada, c'est unique. Et donc, je pense qu'il y a lieu de construire là-dessus, de poursuivre le recteur de l’UQTR.

En écoutant parler M. Blanchette, et en sachant ce qui se trame en coulisses à Hockey Québec, on en vient à se convaincre que les astres sont enfin alignés pour donner un immense coup de barre qui repositionnerait avantageusement – et pour longtemps – le hockey québécois. On parle ici d’une sorte de big bang.

Au cours des dernières années, pendant qu’on parlait de problèmes de gouvernance, de chicanes politiques entre les régions et le siège social de Hockey Québec (HQ), du comité du premier ministre Legault, de multiples recommandations et de structures, HQ s’est aussi beaucoup rapprochée du laboratoire SCORE de l’UQTR.

L’équipe du Québec U16 et les processus d’identification et de sélection des talents sont ainsi devenus des sujets d’étude du laboratoire SCORE.

Embauché pour peaufiner le prochain système de développement québécois, Jocelyn Thibault, dit-on, n’a pas hésité à faire appel à l’expertise de l’UQTR pour s’orienter ou valider des hypothèses. Cette approche scientifique permettra sans doute d’établir des valeurs claires pour tous les intervenants quand la machine se mettra en marche.

Un match de hockey présenté devant des gradins remplis de spectateurs.

Les Patriotes en action au colisée Jean-Guy Talbot de Trois-Rivières (Photo d'archives)

Photo : Gracieuseté des Patriotes de l'UQTR

Bref, la science semble plus valorisée que jamais dans les officines de la fédération. Et c’est une nouvelle extraordinaire.

Dans ce contexte, la récente embauche de Jean-François Brunelle à titre de directeur responsable de la haute performance de HQ prend tout son sens.

Détenteur d’une maîtrise en sciences de l’activité physique, cet ancien gagnant de la Coupe Memorial (avec les Prédateurs de Granby) et ancien porte-couleurs des Patriotes de l’UQTR a été l’un des cofondateurs du laboratoire de l’UQTR. Il a d’ailleurs participé à une douzaine d’études menées par ce laboratoire. Et pendant de nombreuses années, il a fortement contribué aux succès des Patriotes sur la scène universitaire.

C’est Brunelle qui sera chargé de déployer la stratégie de développement et d’identification des talents qui sera proposée dans quelques mois par Jocelyn Thibault.

Visionnaires, les décideurs de l’UQTR veulent maintenant pousser la machine plus loin. Ça fait trois ans qu’ils planchent là-dessus.

Le recteur Blanchette rêve ainsi de construire un aréna assorti de deux gymnases sur le campus de l’UQTR. Non seulement pour offrir un véritable domicile aux Patriotes, mais surtout pour transformer ces lieux en laboratoire permanent au bénéfice des chercheurs de son université.

Nous sommes une université axée sur la santé. Le tiers de nos étudiants sont inscrits dans des programmes de santé, autant santé mentale que physique. Nous formons des professionnels dans 15 disciplines de la santé, qu’il s’agisse de thérapie du sport, de kinésiologie ou de chiropratique. Nous avons toute une série d’expertises en nutrition et en physiothérapie. Nous avons des gens qui travaillent à la fois sur les enjeux de mobilité, de réadaptation, de prévention, de développement de l'athlète, de commotions cérébrales, d’anxiété et même de coaching […]

Donc, il y a là une masse critique pour nous. Et l'idée de mettre sur pied un centre d'expertise en développement du hockey, en développement spécifique de l'athlète et du coaching prend tout son sens, explique Christian Blanchette.

Le recteur de l’UQTR dit notamment avoir entamé des discussions avec Hockey Québec, Hockey Canada et la LHJMQ quant à la vocation future de ce pôle ultra avant-gardiste. Et il croit tellement au projet que des demandes ont déjà été faites auprès du gouvernement fédéral pour une première vague de financement.

Depuis une quinzaine d'années, on voit que plusieurs pays ont changé leur modèle de développement de l'athlète. Ils ont adopté des approches que nous n’avons pas nécessairement au Québec. (…) Il y a peut-être lieu de revoir le modèle de développement du hockey au Québec, mais on ne peut pas le faire simplement avec une baguette de sourcier. La science est là.

Peu importe le domaine, on ne doit pas jouer aux dés avec nos enfants et leur développement. La science va nous permettre de nous donner un parcours beaucoup plus précis pour mieux les développer et leur permettre de se réaliser dans le sport dans un contexte de plaisir, estime Christian Blanchette.

Les gens capables de mesurer l’ampleur du déclin qu’a connu le hockey québécois depuis 25 ans auront bien de la difficulté à ne pas s’enthousiasmer – et peut-être même à s’émouvoir un brin – devant un tel projet.

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